‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 62 sur 156 · S MOYENS d'occuper l'oISIVETI · texte numérisé non relu

S MOYENS d'occuper l'oISIVETI

ont amené cette dissolution. Elles sont très délicates, et quoique le but de cette association me paraisse de la plus haute importance pour la moralité publique, je n'hésite pas à convenir qu'ayant été créée sous les auspices d'un prince de la dynastie déchue, elle devait subir sous la dynastie nouvelle des modifications capables de lever tous les doutes et de dissiper toutes les craintes, que son origine ou plutôt la protection signalée et les faveurs dont elle avait été l'objet, pouvaient faire naître.

Jusqu'ici aucune mesure n'a été prise pour remplacer l'association détruite. Je me trompe, on a essayé de substituer à son action une action qui sans avoir la même portée , n'est ni moins morale ni moins efficace ; je veux parler de l'influence des cours établis par l'administration municipale et ouverts le soir dans quelques quartiers de Paris , aux adultes des classes laborieuses. Toutefois , ces cours où l'on a mêlé habilement l'agréable à l'utile, au mo} en de la combinaison de l'instruction avec le chant, n'offrent pas un lieu de plaisance comme l'établissement qui avait été créé par l'association dont nous parlons. 11 serait donc utile de rouvrir cet asile sous un autre nom , sous d'autres auspices, avec une organisation différente, et d'en établir d'autres semblables dans les quartiers les plus populeux de Paris.

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Cette institution (1) serait digne par l'importance de son but moral de prendre rang parmi les nombreux établissemens scolaires et de prévoyances, dont les classes laborieuses sont redevables à la munificence et à la sagesse éclairée de l'administration municipale de Paris. L'été comme l'hiver, elle assurerait une retraite agréable et honnête à cette masse d'ouvriers , dont le désœuvrement durant les jours de fête et de chômage, est l'occasion de tant de dépenses superflues, de désordres et de rixes; ils y trouveraient des personnes éclairées et bienveillantes qui les assisteraient de leurs conseils , en attendant qu'ils pussent reprendre le cours de leurs travaux. L'établissement fondé dans les bâtimens des Bernardins réunissait près de quatre mille ouvriers qui, au milieu des jeux les plus bruyans conservaient une décence parfaite. Il est vrai, que les frères, qui surveillaient les jeux, y prenaient part eux-mêmes ou veillaient à les rendre réguliers autant que possible. On m'a cité des ouvriers , membres de cette association qui ont quitté Paris avec deux mille francs d'économie.

L'administration municipale, en prenant en main la haute direction de ces établissemens, pourrait les

(i) A Bordeaux, M. l'abbé Dupuch, maintenant évéque de l'Algérie, a créé un établbsement semblable qui a complètement réussi.

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soumettre à une inspection et à un contrôle qui ôterait tout prétexte à la crainte et même au soupçon.

Le premier changement à faire à l'ancienne organisation serait d'en écarter tout vestige de congrégation, c'est-à-dire, tout engagement secret et tout esprit de corps. La régie des établisseraens, l'administration des fonds, la nomination des préposés laïques, en un mot toute la partie matérielle et administrative, appartiendrait à l'autorité civile, qui connaîtrait aussi des réglemens intérieurs, propres à chaque maison.

En déférant ainsi à l'autorité municipale la direction suprême des établissemens, et en réduisant le clergé à son seul ministère et à une surveillance purement morale, je n'aperçois pas quels seraient les inconvéniens qui pourraient résulter de leur réorganisation. D'ailleurs, pourquoi ne pas placer l'institution, dans sa nouvelle forme, sous la protection particulière de l'un des princes de la dynastie fondée par le vœu national ? Le patronage de cette institution toute populaire serait en parfait accord avec l'origine populaire de la dynastie elle-même.

Il serait, du reste, important de déterminer d'une manière précise l'objet des établissemens projetés, en spécifiant dans les actes d'autorisation que ce seraient des lieux de plaisance, des asiles pour les

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classes ouvrières , mais que Fentrée dans ces asiles ne donnerait droit à aucun secours, ni pendant les jours de chômage accidentel, ni encore moins pendant la durée des chômages périodiques et prolongés. Bien loin de distribuer des secours dans ces dernier cas, je pense, qu'il serait convenable au ^contraire, que les frères de la doctrine chrétienne qui desserviraient ces établissemens , usassent de leur influence pour' hâter le départ des ouvriers non domiciliés à Paris, afin d'éloigner de cette ville une classe nombreuse de travailleurs inoccupés , dont la situation difficile ne pourrait qu'empirer et devenir embarrassante pour l'administration.

Il ne suffit pas de procurer des moyens de travail aux nécessiteux, il faut s'emparer aussi de leurs loisirs pour les égayer par des arausemens qui ne soient dommageables ni à la morale publique ni à leurs propres moeurs: c'est ainsi qu'on prévient la corruption et le crime. La puissance publique , depuis l'affaiblissement du principe religieux, a trop négligé l'emploi des moyens préventifs. Nos pères étaient plus clairvoyans et plus sages que nous ; ils se défiaient d'eux-mêmes, de leurs passions, et cherchaient un appui et un frein à leurs désirs dans des exercices religieux trop multipliés peut-être, mais qui purifiaient leur âme et la tenait constamment

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en haleine pour maîtriser leurs mauvaises passions. Outre ces assurances contre eux-mêmes, auxquelles ils avaient donné un si grand développement, ils avaient constitué la force légale répressive d'après des bases tellement énergiques , qu'elles touchaient à la barbarie.

Nous devons nous applaudir, sans doute, d'avoir adouci notre système pénal; mais en restituant à la justice et à l'humanité ses droits imprescriptibles, n'avons-nous pas nous-mêmes dépassé les limites imposées à la pitié par l'intérêt bien entendu de la société? C'est ce que nous aurons l'occasion d'examiner ailleurs. Pour le moment, confessons que les remparts du monde moral sont à moitié démantelés, et que le clergé, sa milice naturelle, peut seul les réparer et les affermir.

Malgré la surveillance continue et énergique dont le clergé doit être l'objet comme corps hiérarchique et puissant, il n'est pas possible de nier que son influence sur les destinées d'une nation ne soit permanente et d'autant plus active, que sondévoûment appartient sans partage à toutes les classes de la population, et plus particulièrement aux classes malheureuses. Cette abnégation personnelle, ce détachement de tout lien de famille qui fait du prêtre catholique un véritable soldat, imprime une force

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