DES PRISONS FRANÇAISES
intéressante et vraiment sociale, et l'harmonie de leurs efforts semble garantir la solution prochaine des difficultés qui ont rendu l'opinion publique si long-temps flottante et incertaine sur le choix qu'elle devait se proposer parmi les systèmes de répression et de réforme discutés devant elle.
La discipline des prisons , après avoir été purgée, chez ces mêmes peuples, des traditions immorales et barbares du moyen âge, a été régie par des idées philanthropiques dont les conséquences ont été exagérées au préjudice de l'intimidation et de l'intérêt réel de la société. Les gouvernemens ne se sont inquiétés que des moyens d'assurer la détention du con* damné, et d'alléger la charge de son entretien mise au compte de l'état. Ils ont introduit par suite le travail dans les maisons de correction, et ils en ont réparti le produit entre les condamnés et l'administration, espérant que l'appât d'un certain bien-être dans le sein de leur captivité, et d'un pécule au moment de leur libération, inspirerait aux premiers le goût et l'habitude du travail, et les rendrait à la société, sinon tout-à-fait amendés, au moins aptes à gagner leur vie , et disposés à se soumettre à la loi commune qui est le travail. Les geôles ont été de la sorte transformées en manufactures disciplinées avec une sévère rigueur, mais privées d'un caractère
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pénal suffisant pour rendre leur séjour haïssable et propre par cela même , à ramener les condamnés à des sentimens honnêtes et h une \ie régulière.
Cet état de choses a été en empirant jusqu'à ce jour, surtout en France. Durant son dernier et court ministère, M. Gasparin, chargé du portefeuille de l'intérieur , a essayé par un nouveau règlement de détruire les abus principaux qui infectaient nos maisons centrales de détention (i). Il y a prescrit, pour cet effet, le silence absolu , excepté dans certains cas relatifs aux exigences du travail ; il a interdit, d'un autre côté, le débit et l'usage des liqueurs fermenîées que les détenus avaient la faculté de se procurer à la cantine, et il a déterminé sous certaines restrictions la nature et la quantité des alimens qui pourraient leur être vendus. Enfin , il a exigé que les fonds composant le tiers du produit du travail exécuté par les détenus et mis à leur disposition pour adoucir leur captivité, fussent déposés au greffe de la maison et qu'aucun prisonnier ne pût retirer la portion lui appartenant que sur UTi mandat du directeur.
Ces diverses mesures sont dignes d'éloges, en raison des intentions de leur auteur, à l'exception^de
(i) Décision du ii mai i83^.
DANS LES MA.1S0NS CENTRALES DE DÉTÉNTI03>r. 267
celle qîii tend à organiser le silence comwie moyen de séparation morale entre les détenus. Le silence, en diminuant les inconvéniens de la vie commune par les entraves qu'il apporte aux communications orales, est impuissant néanmoins pour prévenir les relations visuelles, et c'est en quoi le régime introduit par M. Gasparin est défectueux et caduc, et ne saurait être admis que comme palliatif, ainsi que nous aurons l'occasion de le démontrer, en examinant la théorie du silence comme système pénitentiaire. Au surplus, comme l'ancien mode d'emprisonnement, malgré les réformes qu'il a subies, conserve encore des partisans, même parmi les directeurs des maisons de détention, j'ai pensé qu'il ne serait pas inutile d'en donner au public un aperçu rapide , afin ' de le mettre en état de se prononcer, en pleine connaissance de cause , sur l'importante question du régime des prisons.
Avant la mise à exécution, dans les maisons centrales, du règlement conçu par M. Gasparin , les détenus ayant droit à un denier de poche, dont ils pouvaient disposer librement , l'esprit de philanthropie et d'industrie qui planait sur toutes les maisons de correction , y tolérait des fournitures qui excitaient les passions les plus grossières, et donnaient lieu souvent à de condamnables excès et à