REGIME DES MAISONS CENTRALES
de sales orgies. Les habitués des prisons, qui forment la majeure partie de leurs habitans, s'apercevant que la pénalité inscrite dans les lois du pays^ n'entraînait d'autre privation que celle de la liberté; qu a l'aide du travail il leur était loisible de se procurer, malgré leur captivité, les jouissances sensuelles auxquelles ils pourvoyaient, avant leur emprisonnement, par la rapine et par le vol, avaient fini par faire violence à leur paresse pour se livrer au travail , et ils avaient arrangé leur vie de manière à subir leur incarcération le plus doucement possible. C'est avec le denier de poche qu'ils ajoutaient à la nourriture peu savoureuse de la maison , des alimens agréables , et même recherchés ; que , dans certains établissemens , ils buvaient du vin jusqu'à l'ivresse, sauf dans ce cas, à payer leur intempérance de quelques jours de cachot, punition que, d'ailleurs , ils paraissaient peu redouter. C'est avec les mêmes ressources qu'ils parvenaient à satisfaire leur passion frénétique pour le jeu et de détestables ardeurs. Il est affligeant de penser que, parmi les employés des prisons , il en est plusieurs , qui préparaient par leur entremise, ces inlimités révoltantes, et que des sommes considérables étaient absorbées par cet infâme négoce.
Voilà un échantillon du régime ancien de nos
AVANT l'application DU NOUVEAU SYSTÈME. 269
maisons centrales de détention. Si vous ajoutez à cela l'enseignement effronté de toutes les doctrines antisociales et du crime lui-même , vous aurez une peinture exacte des abus qui ont flétri le régime des prisons qu'une philanthropie inconsidérée et une fiscalité aveugle nous avaient imposées.
Ce régime n'avait pas seulement pour effet de fermer la porte au repentir chez les détenus qui dé^ butent dans la carrière du crime , mais de dévelop^ per en eux les mauvaises passions qui les avaient égarés, de les aigrir de plus en plus, et de faire sortir de la peine de nouveaux attentats, au lieu d'en faire découler de meilleurs sentimens et le ferme dessein de rentrer dans les bornes du devoir. Le nouveau règlement, bien que les distributions intérieures des maisons centrales ne se prêtent pas aisément à son observation rigoureuse, au moins, en ce qui concerne le silence , a dû mettre un terme aux discours pernicieux des docteurs d'immoralité que renferment principalement les maisons de cette catégorie, mais à coup sûr il ne réussira pas à empêcher les entretiens à voix basse, les saillies obscènes et immorales et les gestes déshonnêtes, qui seront maintenant d'autant plus familiers aux détenus les plus corrompus, qu'ils auront moins d'occisions de répandre , parmi 'leurs compagnons de
ÎI7Û INSLFFISAICCE DU NOUVEA.U UliGLEMEDÎT ;
captivité, le poison de leurs doctrines et le cynisme de leurs passe-temps. Il parviendra encore moins à empêcher les relations visuelles des condamnés , quoiqu'elles soient la source d'un grand nombre de rechutes ou de récidives, lors de l'élargissement de ceux qui ont accompli le temps de leur peine.
En effet, parmi les condamnés libérés, il n'y a g^uère que le petit nombre , dans Fordre actuel des choses, qui songe, au moment de sa mise en liberté, à se réconcilier avec la société par une conduite régulière et des habitudes laborieuses; tout le reste, imbu des idées corruptrices et malfaisantes qui circulent dans les prisons , ne rentre dans le monde qu en ennemi. Les premiers s'étudient à racheter leurs torts antérieurs par de bons sentimens et par un travail soatenu; il n'est pas rare qu'ils aient le bonheur de s'unir à une épouse honnête, et devenus pères de famille, ils s'applaudissent secrètement de leur nouvelle condition, où ils trouvent tout à-la-fois estime, sécurité et affection, mais exempts de crainte, tant qu'ils n'ont de rapports qu'avec des gens de bien, ils sont exposés à de terribles épreuves lorsqu'ils viennent à rencontrer quelques camarades de prison libérés comme eux.
Si ceux-ci ont eu la sagesse d'embrasser une profession utile et l'énergie nécessaire pour persévérer