PHASES DIVERSES
de prévenir la corruption, ne fit que la rendre plus ingénieuse et plus active par une communication toujours nouvelle.
L'administration du pénitencier espéra remédier à l'inconvénient de l'alternat des prisonniers, dans les files, par le maintien de la promenade à deux. On assortit ou l'on prétendit assortir les promeneurs par moralité, et cette répartition qui aurait du en apparence créer des relations et des sympathies moralisantes donna naissance à une telle incompatibilité d'humeur, que la plupart des détenus se promenaient sans se parler ou prenaient le parti de se promener seuls, en silence, pendant des mois entiers. Cette dernière épreuve enhardit l'administration à introduire la règle du silence dans toutes les parties de la maison , aussi bien à la promenade et au réfectoire , que dans les ateliers et dans les cellules. Il fut ordonné que pendant les heures de récréation , les détenus se promèneraient isolément laissant quelques pas de distance entre un promeneur et l'autre. On usa de beaucoup de fermeté pour assurer l'observation du silence partout ; néanmoins les efforts des surveillans et des employés de la maison échouèrent contre la ruse et les stratagèmes des détenus. Les punitions les plus sévères furent aussi impuissantes que la surveillance.
DQ PÉJJITENCIER DE LAUSANNE. 29^
Depuis 1834, la commission administrative a été autorisée à soumettre à la réclusion séparée de jour et de nuit les récidivistes qui ont subi une année de détention, ainsi que les individus réputés les plus pervers parmi les autres prisonniers. Ceux-ci continuent à vivre sous la règle du silence. Les détenus en état de récidive et ceux qui avec les premiers 0 mplètent la classe d'exception , c'est-à-dire les plus corrompus, jouissent tous les jours d'une promenade en plein air dans les cours; ils y sont conduits par escouade de quatre ou six, et peuvent comme les autres prisonniers, mais en leur absence, obtenir la faveur de cultiver un carré de jardin. Les dimanches et fêtes, ils sont, du reste, admis à tous les offices qui se célèbrent à la chapelle.
Voici, en résumé, quelles sont les principales règles du régime pénitentiaire suivi présentement à Lau« sanne, d'après le rapport que nous avons déjà cité :
I Travail obligatoire mais non déterminé en quotité y dans des ateliers communs.
1" Réclusion solitaire avec travail ^ pour les con^ damnés en première récidive qui ont subi au moins un an de détention , avec le même pécule que les autrès et trois heures d^exercice en plein air par semaine, ou une demi-heure par jour f le dimanche excepté.
296 SYSTÈME d'emprisonnement MI-PARTi
3° Réclusion solitaire et travail forcé pour les condamnés en deuxième et troisième récidive , si la première condamnation a été dbun an y au moins y avec privation de fécule,
4" Réclusion solitaire pendant un intervalle de trois à douie jours ^ pour tous les détenus sans distinction, à leur arrivée dans le pénitencier.
Silence absolu partout et pour tous , le jour cotnme la nuit.
M. le pasteur Roud pense, avec raison, que l'insuffisance de la prescription du silence comme moyen d'isolement moral , doit conduire à la séparation individuelle et absolue, de même que l'insuffisance du système des classifications a conduit graduellement au silence. (1)
L'auteur de la Théorie de l'emprisonnement , M. Charles Lucas, l'un des inspecteurs généraux des prisons du royaume, ayant eu l'occasion de visiter les pénitenciers de Genève et de Lausanne, en i834 , conçut la pensée d'un système calqué sur le régime combiné de ces deux établissemens , et il la réalisa dans la rédaction d'un programme ayant pour objet, d'organiser dans les maisons de correction et de force la discipline du silence :
(i) Voy. aux pièces justificatives, n** 2, la lettre de ce pasteur.