CHAPITRE V
De l'ordre et de l'économie dans leurs rapports avec le salaire. — Combien ces deux qualités sont nécessaires aux classes pauvres. — Caisses d'épargnes . — Société de prévoyance et de secours mutuels. — Succès des caisses d'épargnes. — Dépérissement successif des sociétés de secours mutuels , ses causes, moyens de consolider ces institutions, (i)
Le travail est la source du salaire , l'ordre et l'économie le conservent et le transforment peu-à-peu en capital; ces deux qualités qu'on a justement placées au rang des vertus, sont nécessaires à tous, mais principalement aux classes pauvres; car elles pourvoient aux besoins de l'avenir , elles garantissent les travailleurs contre les incertitudes et les chômages de l'industrie: enfin, elles lui permettent en cas d'inactivité momentanée , dans sa profession , de chercher provisoirement ailleurs d'autres moyens et d'autres ressources. L'avantage de l'épargne doit moins être considéré dans les conditions laborieuses, comme propre à créer des capitaux et de petits pa-
(i) Ce chapitre est neuf.
caisses d'épargnes, et de secours mutuels. 385
trimoines, que comme une réserve capable de soutenir le travailleur contre les rigueurs passagères de l'industrie.
Les caisses d'épargnes ont été instituées pour recevoir les dépôts d'argent prélevés par les classes laborieuses sur leur salaire. Ces dépôts produisent au profit des déposans des intérêts capitalisés, jusqu'au moment de la remise des fonds.
Les sociétés de prévoyance et de secours mutuels offrent aussi un emploi fructueux aux économies du pauvre. Elles tiennent à sa disposition, en cas de maladie, une rétribution qui supplée jusqu'à un certain point le salaire; elles lui assurent, en outre des médicamens, l'assistance du médecin, et en général les secours les plus nécessaires à son état. Enfin elles ont pour objet de servir aux sociétaires parvenus à un âge très avancé une pension de retraite , pendant le reste de leurs jours.
Ces deux modes de placement, quoique susceptibles l'un et l'autre d'avantages incontestables, ont obtenu néanmoins des succès divers dans les pays étrangers; et en France, les caisses d'épargnes ont partout prospéré, tandis que les sociétés de secours mutuels , organisées sur des bases erronées ou mal assises, se sont dissoutes les unes après les autres, faute de consistance et d'une direction bien entent. i5