SYSTÈME CA.TH0L1QUE ; SES VICISSITUDES
nisme lui-même. La philosophie armée de toutes pièces attaqua l'établissement de ce dernier dans ses propres bases, et au lieu de se borner à faire triompher le principe du libre examen, qu'il eût été digne d'elle de consolider par des garanties durables, elle exagéra et le principe et ses conséquences, en telle sorte qu'elle finit par professer en matière de religion , ou le scepticisme , ou l'indifférence, ou l'athéisme. La révolution française vint clore l'œuvre de la philosophie , ou plutôt la rectifier en reconstituant, tout ensemble, la société civile et la société religieuse. La liberté de conscience fut gravée sur les tables de la loi fondamentale du pays, et malgré d'épouvantables convulsions , malgré d'affreux déchiremens, cette liberté nous est restée.
La France a été depuis cette époque, militaire, politique et industrielle ; ces deux dernières qualités dominent aujourd'hui chez elle. Les idées religieuses restaurées par Napoléon , furent circonscrites avec soin dans le sanctuaire, pour éviter le renouvellement des collisions qui avaient existé jadis entre les deux puissances. Cette limitation de l'influence ecclésiastique était l'expression des théories créées par la philosophie du dix-huitième siècle et par la révolution. Les frais du culte catholique, de même que ceux des églises réformées, furent supportés par
SYSTÈME CATHOLIQUE; SES VICISSITUDES. 3o,7
l'état, qui assura indistinctement aux ministres de ces différens cultes un traitement convenable. En couvrant d'une protection égale des cultes long-temps ennemis, le gouvernement fit preuve d'une tolérance louable ; mais si la liberté de conscience fut alors définitivement fondée, le sentiment religieux ne reçut pas de l'affermissement de cette précieuse garantie , la chaleur et l'énergie qui lui manquaient; il était tiède dans les écoles , malgré le respect apparent qu'on y professait pour les formes extérieures du culte; il l'était plus encore dans les familles, quoique la population tout entière eût applaudi à la réouverture des temples.
Sous la restauration, le catholicisme ayant été proclamé la religion de l'état, eut une supériorité marquée sur les autres cultes. Le clergé essaya à plusieurs reprises de tirer les fidèles de l'engourdissement où ils étaient plongés, par le rétablissement des missions , des couvens et des congrégations , mais ses paroles n'avaient plus d'attrait, sa voix, j'ai peine à le dire, n'était même pas écoutée. Elle l'était d'autant moins , qu'il déguisait mal son aversion pour le nouvel ordre de choses créé par la révolution , laquelle en le dépossédant de ses biens au profit de l'état , avait distrait aussi de son autorité toutes les attributions qui ne se rattachaient pas directement
à l'exercice du culte. Il est à regretter que les ministres d'une religion aussi détachée des biens temporels que le christianisme, n'aient pas effacé de leur mémoire le souvenir d'une opulence et d'une domination perdues sans retour , pour ne s'occuper que des intérêts de la foi. Ils n'auraient eu à combattre que le scepticisme , tandis qu'en faisant revivre sourdement, mais d'une manière non équivoque, des prétentions incompatibles avec les théories politiques de l'ordre social nouvellement établi, ils ont excité contre eux dans tous les rangs de la société , les défiances les plus fâcheuses et qu'ils ont à lutter aujourd'hui tout à-la-fois et contre le doute et contre de profondes inimitiés politiques.
Le septicisme est un état inerte, négatif, et qui laisse l'âme sans activité et sans nourriture. Comment remplir ce vide dans la vie morale ? Est-ce par le raisonnement, par la controverse? Faut-il former de nouveaux docteurs, instituer une nouvelle Sorbonne, et tenter d'opérer la conversion des cœurs par la science. Le syllogisme scolastique a fait son temps et n'aurait aucune valeur dans la direction actuelle des idées. Le langage mystique, quoiqu'il ait été employé par de grands esprits, lorsque la pensée religieuse était la pensée dominante de la
VERS ITN CHRISTIANISME GENERAL. 3o,0,
société , ne serait pas accueilli avec plus de faveur. Le catholicisme, depuis la querelle immortalisée par Pascal, et depuis les débats célèbres de Bossuet et de Fénélon, a dépouillé, en France, insensiblement la forme contentieuse et dogmatique pour se renfermer dans la morale évangélique. L'orthodoxe, le grave Bossuet, qui avait pressenti ce changement avant qu'il ne se manifestât par des indices certains, redoublait de vigilance pour le maintien de la tradition ; et le moraliste Labruyère, dans l'intérêt de l'art plus peut-être que dans l'intérêt de la religion, semblait regretter, de son côté, les teintes austères et tristes de l'ancienne éloquence sacrée, teintes qui allaient s' affaiblissant à l'époque où il dessinait avec tant de finesse et d'élégance les caractères de ses contemporains. La transformation ébauchée par le dix-septième siècle a été consommée par le siècle suivant, et l'on peut affirmer à présent que l'ère du christianisme moral est arrivée; tout l'annonce, le sentiment public et l'opinion même des écrivains les plus dévoués à la cause du catholicisme.
La tendance commune des esprits ou plutôt des cœurs vers la morale chrétienne, me paraît devoir rapprocher les unes des autres, dans un temps qui n'est peut-être pas éloigné , toutes les églises nées de l'évangile. Jusqu'ici, leurs pasteurs et les fidèles
eux-mêmes ont été enclins à ne voir entre elles que des différences, des oppositions, sans s'apercevoir des points de rapport qui les unissaient, ou, pour parler plus exactement, sans vouloir en tenir compte. Cette illusion ou, si l'on veut, ce parti pris est près de céder à une direction plus éclairée, plus sociale, et, tranchons le mot, plus véritablement pieuse. En Allemagne , où les doctrines religieuses font partie de l'enseignement scolaire dans tous ses degrés , où les théologiens des facultés protestantes aussi bien que des facultés catholiques commentent le texte des écritures avec un zèle minutieux et infatigable, plusieurs de ces théologiens, appartenant aux cultes réformés, ont été emportés par l'esprit de recherche et d'analyse jusqu'à dépouiller la loi mosaïque et l'évangile de tout caractère divin , jusqu'à nier nonseulement la divinité, mais la personnalité de Jésus- Christ. Ils ont vu dans les écritures des allégories , des symboles, une épopée, dans le Christ un mythe, c'est-à-dire un être fantastique , issu des croyances et des traditions populaires. Dans le nombre de ces mêmes théologiens , il en est qui , en regrettant la foi passive et docile de leurs aïeux comme plus consolante et mieux assortie à la faiblesse naturelle de l'homme, n'ont pas cessé néanmoins de poursuivre avec opiniâtreté l'œuvre de la science, et pa-