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raissent résignés à en subir toutes les conséquences morales. D'autres, au contraire, affligés de leurs propres lumières et de l'isolement où les laisse l'absence de toute loi religieuse , tournent les yeux vers le principe de l'autorité comme vers une planche de salut, et semblent convier le prêtre catholique à leur donner la main sur le domaine de la charité.
Voici dans quels termes un écrivain allemand, Wolfgang Menzel, qui jouit dans le monde savant d'une haute réputation de lumière et de sagacité f expose la situation de l'Allemagne, sous le rapport de la foi religieuse , dans son journal intitulé : la Feuille littéraire.
« Le christianisme nous semble dans une situa- « tion qui se rapproche beaucoup de celle que le a paganisme occupait sous Adrien. A cette dernière « époque, tous les dieux imaginables affluaient à « Rome, qui les accueillait avidement; les idoles d'E- « gypte et d'Assyrie voyaient tomber à leurs pieds « difformes la curiosité mais non la piété de l'im- « mense population. De même aujourd'hui, les direct tiens de la Germanie, incertains et indifférens sur « la confession qu'ils doivent adopter paraissent les « accueillir toutes à-la-fois. Les nuances les plus op- « posées se confondent, les catholiques marchent i. 9.6
ce dans la voie du progrès et des lumières ; les voici «bientôt devenus rationnels, modérés et paisibles « comme des protestans. Les protestans, de leur ce côté, commencent à croire qu'ils ont été trop ce loin; ils reculent, cessent de se fier au jugement ce individuel, base de leur croyance , et se rapproce chent peu-à-peu par des avances , dont la coquette terie est publique , des formes et des idées du caee tholicisrae. On ne parle plus des anciennes diffécc rences entre la communion luthérienne et la comcc munion réformée. Tout un bataillon de protescc tans du nord a fait irruption dans le catholicisme ce du midi. Les catholiques , de leur côté , possèdent ce une fraction de véritables protestans qui se nomce ment anti-célibataires. Que dire de toutes ces phice losophies à la mode en Allemagne , tantôt coce existant, tantôt se succédant, et toujours assez soucc pies pour s'adapter sans peine à quelque religion ce que ce soit. Au milieu de ce chaos, la majorité est ce indifférente, et pensant qu'il n'y a rien à gagner ce d'un côté ni de l'autre , elle reste provisoirement ce spectatrice. » (i)
La crise religieuse, qui s'opère en Allemagne, est
(i) Ce fragment est extrait de la Revue britannique, n* 32, août i838, et fait partie de l'article intitulé : du Mouvement religieux et philosophique en Allemagne^ traduit du Foreign quaterlj Review.
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finie chez nous depuis un demi-siècle. La controverse, refroidie par l'indifférence du public et lasse d'elle-même, a déserté même la Sorbonne, son antique théâtre. Est-ce à dire, cependant, que le sentiment religieux soit éteint dans les cœurs? Je suis certes bien loin de le penser. Son activité paraît suspendue, mais il n'est pas tout-à-fait oisif. Le temps, à travers l'indifférence apparente des esprits, n'a pas laissé de l'épurer; il a fait justice des blasphèmes et des ironies de Voltaire , comme il a fait justice de la superstition. Quoique les fondemens historiques de la religion chrétienne soient ébranlés, quoique beaucoup de personnes se refusent à croire à la réalité des miracles, il n'en est pas moins vrai que cette religion est considérée universellement comme un moyen incomparable de purification morale. Les philosophes, en contestant sa grandeur surnaturelle, se plaisent à rehausser sa grandeur humaine, et, s'ils ne croient pas à la divinité de son auteur, ils croient , au moins , à l'idée divine du perfectionnement de l'humanité , idée qui résume toute la loi évangélique.
Ce rationalisme, qui a pour effet de niveler en France toutes les communions chrétiennes, et qui admet sans répugnance le judaïsme lui-même, tout opposé qu'il soit au principe chrétien, dans la grande
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famille des religions dignes de la vénération des hommes, n'est pas le fruit, comme plusieurs le supposent, de l'influence du mouvement philosophique du dix-huitième siècle, mais bien des opinions protestantes; et ce qui le prouve, c'est que ces opinions sont arrivées graduellement et par des recherches aussi longues que consciencieuses, au même résultat que la philosophie plus hâtive, sans doute, que le principe protestant, mais non pas plus logique. La prédiction de Bossuet s'est accomplie, de nos jours, à quelques égards. Il y a dans le protestantisme, à côté d'une orthodoxie apparente, un principe de dissolution qui lui est inhérent; ce principe investigateur, comme la méthode analytique, a été conduit par la loi du progrès, non-seulement à modifier les croyances religieuses, qu'il a lui-même introduites et propagées, mais à les annuler; et dans un petit nombre d'églises réformées , le penseur ou îe philosophe s'est substitué au ministre. Je sais bien qu'en revanche la cause du rationalisme a éprouvé, parmi les opinions protestantes, des pertes occasionées par un retour sincère de plusieurs sectateurs de ces opinions vers les doctrines des premiers réformateurs; mais ce retour, à vrai dire, n'est luimême qu'une conséquence du principe dissolvant propre à la nature du protestantisme.
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Que faut-il conclure de l'état présent des esprits? Si les phénomènes que nous venons de signaler étaient particuliers à quelques sectes de l'Allemagne ou à une faible minorité, en France, l'orthodoxie catholique pourrait se prévaloir avec raison de l'inanité des doctrines protestantes au profit du principe de l'autorité, qui, n'admettant pas le libre examen , prévient le doute ou tout au moins la discussion. Mais il n'en est pas ainsi : les symptômes de fusion et de fraternité religieuses qui se montrent en Allemagne et en France, se révèlent également dans le reste de l'Europe. Partout, les traits particuliers , qui différenciaient les communions chrétiennes les unes des autres, tendent à s'effacer, pour ne laisser subsister que la morale religieuse et pour introniser, en quelque sorte, un christianisme général. Les Israélites eux-mêmes , qui furent si long-temps immobiles dans leur croyance, comptent aussi leurs rationalistes. Le sentiment religieux semble abjurer ses vieilles antipathies et dépouiller ses formes diverses pour renaître dans une nouvelle unité. Ceux qui s'intéressent au développement des idées religieuses et qui en étudient la marche ont pu observer un assez grand nombre de faits qui annoncent, parmi les sectateurs de tous les cultes chrétiens, un désir ou plutôt un besoin universel de
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rapprochement. Ce phénomène est le dernier terme de la transformation progressive que le christianisme a subie depuis son institution. Il semblerait prouver que le raisonnement a épuisé ses ressources dans le cercle où il s'est exercé jusqu'ici, qu'il en a même abusé, puisque chacun tend à décliner sa compétence, et que le temps est venu de renouveler les données chrétiennes en remontant à leur source primitive, qui est l'évangile.
Comment ce renouvellement peut-il s'opérer? faut-il recourir à l'autorité d'un concile universel pour atteindre un but si élevé et entouré de tant de difficultés? Supposé, que ce concile fût livré à lui-même et que les influences politiques restassent étrangères à ses délibérations, serait-on fondé à attendre de lui la solution d'un problème qui a frappé d'impuissance le génie de Bossuet et de Leibnitz? C'est au temps, au temps seul, à consommer le grand œuvre de la rénovation chrétienne.
Un concile ne pourrait procéder que par le raisonnement, et l'on sait que, dans les matières religieuses, le raisonnement n'engendre, chez les peuples vieillis dans les raffinemens de la civilisation , que la dispute et le doute. C'est par le coeur, par des actes de charité profitables à tous les chrétiens sans distinction , par des instructions et des exerci-
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ces adaptés à toutes les confessions, que le prêtre catholique peut espérer d'amener à lui et les fidèles de son église, attiédis par le scepticisme ou par l'indifférence, et les protestans , las des fluctuations et de l'insuffisance du jugement individuel. De nos jours le catholicisme ne saurait être digne de sa noble ambition qu'en se montrant plus compréhensif, c'est-à-dire plus attirant et plus universel , sans abjurer, toutefois, ses croyances dogmatiques. Ce qui se passe en Allemagne témoigne assez que cet espoir ne serait pas en France impossible à réaliser.
Il y a parmi les catholiques et parmi les réformés eux-mêmes deux classes de croyans. Les uns attachés à l'esprit de l'évangile , esprit de tolérance , de concorde et d'amour, les autres esclaves de la forme religieuse, absorbés par les idées étroites et exclusives de leur culte, sectaires plutôt qu'hommes de piété et portant dans le lieu saint où les fidèles se rassemblent le fiel et la haine, qui divisent les partis et les écoles philosophiques. Les haines religieuses sont même d'autant plus violentes que le caractère des individus qui en sont affectés est plus passionné, et que leurs lumières sont plus bornées. Sous ce rapport, les églises séparées de l'église catholique ne sont pas moins animées les unes contre les autres, que celle-ci l'est contre elles-mêmes.
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Là où le pouvoir épouse une de ces églises et tolère les autres , il est rare que l'église dominante ne soit pas oppressive. Le catholicisme s'est montré odieusement tyrannique chez nous pendant les dernières années du règne de Louis XIV, et, en Irlande, il a été opprimé à son tour par la religion anglicane, espèce de catholicisme réformé. L'émancipation des sectateurs de l'église romaine dans laGrande- Bretagne ne date que de quelques années , et elle n'est pas encore complète. L'union intime et politique des deux puissances n'a jamais produit et ne produira jamais que prééminence et faveur pour l'église élue, dépendance et humiliation pour les autres églises. Cela est si vrai que, dans les états du roi de Sardaigne où l'église catholique déploie en ce moment l'influence la plus puissante et domine tout à-la-fois la société religieuse et la société civile , les sujets non catholiques, et les juifs sont traités autrement que le reste des citoyens. Ils ne jouissent des droits civils que par exception et d'une manière très restreinte, ce qui établit entre les nationaux des différences civiles qui, par opposition aux plus saines doctrines de droit public, ont leur source dans la foi. (i)
(i) Voyez le Mémoire lu à l'Académie des sciences morales el politiques, par M. le comte Porlalis sur le Code civil nouvellcnicui promulgué dans les états