‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 132 sur 337 · ÉTAT PHYSIQUE ET MORAL DES ENFANS · texte numérisé non relu

ÉTAT PHYSIQUE ET MORAL DES ENFANS

Les fabricans, dont les ateliers sont bien aérés et réputés salubres, contestent l'exactitude de cette assertion, en ce qui les concerne, et ceux dont les établissemens ne sont pas dans des conditions aussi favorables prétendent s'absoudre du reproche d'incurie ou d'indifférence en disant que les enfans occupés dans leurs ateliers seraient moins sainement chez eux.

Dans la première hypothèse, et alors même que la salubrité de l'établissement ne serait pas douteuse, on ne saurait nier que des enfans retenus pendant douze et même quatorze heures dans le même atelier, sans changer d'air , et appliqués à un travail forcé, quelque peu pénible qu'il soit, d'ailleurs, ne subissent un genre de vie incompatible avec la faiblesse de leur âge (i). Dans les asiles et dans les écoles, les forces naissantes de l'enfant sont exercées avec bien plus de ménagement et de prudence. Outre que la diversité des leçons rend le travail plus agréable et moins fatigant, ce dernier est coupé par des temps d'arrêt pendant lesquels l'enfant se livre à la récréation ou prend ses repas. Il passe successivement de la classe à la cour ou au préau, et dans ces diverses localités, il respire un air frais et pur, ou du

du Iravail des enfans dans beaucoup de manufactures. (Ann. d'hygiène publique et de médecine légale, t. xir, pag. 272; — t. xvnr, pag. 164.)

(1) Ce travail n'est interrompu que par deux repas d'une demi-heure chacun.

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moins un air sans cesse renouvelé. Quant à la durée du travail des écoles , elle n'est pas comparable à celle du travail qui a lieu dans les fabriques : elle n'excède pas six heures.

La différence est bien plus sensible encore dans la seconde hypothèse où l'aérage des ateliers n'étant pas conforme aux lois de la salubrité, l'enfant demeure plongé dans un airvicié pendant douze heures. Un tel séjour , quoi qu'on en ait dit, sera toujours plus contraire à la santé de l'enfant que celui de la demeure paternelle, car il n'est pas vraisemblable que dans ce dernier cas , l'enfant ne pût se permettre aucun déplacement , et que les besoins de la famille ne lui fournissent pas le moyen de sortir plusieurs fois chaque jour de la chambre commune, et de respirer librement au-dehors.

Les inconvéniens du travail auquel les enfans des manufactures sont assujétis ont encore plus de gravité dans certains départ emens, tels que ceux de la Seine-Inférieure et du Haut-Rhin, à cause des distances considérables que les enfans ont à parcourir, au sortir des ateliers, pour regagner la demeure de leurs parens, située dans les champs, souvent à une lieue de la localité où la fabrique est établie. Ce trajet étant effectué chaque jour pour l'aller et le retour, on ne doit pas être surpris que la société indus-

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trielle de Mulhouse, recommandable par ses lumières , autant que par la sagesse d'esprit qui la dirige , ait la première appelé l'attention du législateur sur le sort des malheureux enfans attachés aux fabriques du lieu de son établissement.

En parlant du travail imposé aux enfans dans les fabriques, nous ne devons pas omettre de signaler un fait, qui, pour n'être qu'une exception , prouve combien il est important, pour la société, d'intervenir dans le règlement du travail industriel, au moins en ce qui touche les enfans. Ce fait n'est particulier qu'aux grands centres de fabrication , mais il n'en est pas moins significatif pour cela. Il n'est pas rare, en effet, que dans ces localités, les enfans passent à travailler la nuit du samedi au dimanche; quand l'activité est forcée et continuelle, on se pourvoit d'une seconde troupe d'enfans, et alors, chaque troupe travaille une semaine de jour et une semaine de nuit. La chambre consultative des manufactures d'Elbeuf, en répondant à diverses questions posées dans l'enquête ordonnée par le ministre du commerce, fait observer, à propos des travaux de nuit, que lorsque ces travaux deviennent nécessaires , le fabricant multiplie les moyens de production autant et plus que les forces humaines peuvent le comporter. Répétons, du reste, afin de n'être pas taxé d'exagé-

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