‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 143 sur 337 · A SUIVRE LES ECOLES · texte numérisé non relu

A SUIVRE LES ECOLES

remède qu'on puisse apporter à ce désordre , est de rendre l'école obligatoire jusqu'à l'âge de douze ans révolus , c'est-à-dire , jusqu'à treize ans.

A Sedan , où les classes ouvrières sont remarquables par un esprit d'ordre , d'économie et de discipline, digne d'être offert comme modèle à beaucoup d'autres villes manufacturières, les enfans ne sont admissibles dans les fabriques bien conduites, qu'à l'âge de douze ans, et grâce au bon accord et aux exhortations des chefs d'industrie, leurs parens mettent le plus grand soin à les envoyer à l'école jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à cet âge.

Nous ferons observer à cet égard , qu'à Paris , dans toutes les industries autres que celles qui s'exercent par le moyen d'usines considérables, les enfans ne sont reçus en apprentissage, que lorsqu'ils ont fait leur première communion , c'est-à-dire , à douze ans accomplis. De deux à six ans, on les conduit dans les salles d'asile, et de six à douze ans, ils fréquentent les écoles élémentaires. Sous ce rapport, les enfans pauvres , du moins ceux dont les parens sont secourus par les Bureaux de bienfaisance , ne sont pas traités autrement que les enfans d'ouvriers élevés dans les écoles payantes. L'administration municipale a eu la sagesse de se conformer à l'usage général , non sans avoir à lutter dans plusieurs n. 4

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arrondissertiens, contre la mauvaise volonté des familles, de sorte que l'enfant ne reçoit la qualité d'apprenti que lorsqu'il a puisé, dans les écoles, les premiers rudimens de l'instruction intellectuelle et morale, qui le rendent propre à comprendre et à respecter les devoirs de la société.

L'obligation de suivre les écoles étant introduite dans la loi à intervenir , par quels moyens réussirat-on à en assurer l'accomplissement? Des mesures coërcitives nous paraissent indispensables pour cet effet, et elles doivent être dirigées tout ensemble contre les parens et contre les chefs d'industrie. L'embarrassant pour l'administration ne sera pas de faire observer la loi par la classe indigente qu'elle secourt , puisque une des conditions essentielles de l'assistance publique tend à mettre les enfans de cette classe dans l'obligation de fréquenter les écoles primaires, mais d'empêcher qu'un certain nombre de pères de famille étrangers à cette catégorie ne parviennent à éluder le voeu de la loi en faisant travailler leurs enfans chez eux. Cependant, quelque grave que puisse être cette difficulté, je ne doute pas qu'on ne soit à même de la surmonter, soit par la surveillance d'inspecteurs vigilans, soit par des secours, si, comme je l'espère, on obtient des conseils municipaux des crédits plus abondans pour la

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distribution des secours publics. En effet , la résistance n'étant à craindre que de la part des derniers degrés de la classe pauvre , il n'y a pas de meilleur moyen, pour la prévenir ou pour la vaincre, que de leur ôter tout prétexte d'en user autrement que le plus grand nombre , en les faisant participer aux libéralités réservées aux indigens. L'extension que la bienfaisance publique recevrait par ce moyen ne saurait avoir d'inconvénient, à cause des règles qui la gouvernent et qui font que l'administration restera toujours la maîtresse de la direction et de l'application de ses dons. Quelque prudence, au surplus, que l'on apporte dans la mesure projetée en faveur des enfans des fabriques et dans la combinaison de cette mesure avec les besoins et les convenances du travail industriel , on n'échappera pas à la nécessité d'augmenter les crédits des établissemens charitables. Il sera important, néanmoins, de régler l'emploi de ces crédits , de façon que leur augmentation ne dépasse pas des limites raisonnables , et c'est à quoi l'autorité doit pourvoir, afin de concilier tous les intérêts.

L'Angleterre a créé des inspecteurs pour assurer l'exécution du bill qui règle les rapports des chefs de fabrique avec les enfans qu'ils emploient ou avec leurs parens. L'activité et la vigilance de ces inspec-

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teurs ont fini par surmonter la résistance que les mesures prescrites par le bill avaient rencontrée de la part des ouvriers comme de celle des maîtres. Le gouvernement possède des documens, à cet égard, qui lui permettront d'introduire dans l'ordonnance réglementaire, qui sera publiée à la suite de la loi à intervenir , des dispositions propres à faciliter l'exécution de celle-ci dans tous les départemens manufacturiers. On pourra combiner les fonctions de ces inspecteurs avec celles des inspecteurs des écoles primaires, et arriver ainsi plus sûrement à une répression prompte des infractions faites aux réglemens mis en vigueur dans chaque localité.

Nous n'avons parlé , pendant le cours de cette section, que des enfans des fabriques mues par l'eau ou par la vapeur; mais nous nous associerions volontiers au vœu des notables commerçans qui demandent que la loi future s'applique indistinctement à toutes les grandes usines où l'on emploie des enfans , sans acception d'industrie et sans avoir égard à la nature de la force motrice.

Parmi les arts industriels, il faut distinguer ceux qui exigent l'établissement de grandes usines, tels que les fabriques et les manufactures, de ceux dont les opérations mécaniques dépendent de l'intelligence, de l'adresse et de la force de l'ouvrier. Cette

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distinction , qui tient à la différence intrinsèque des deux catégories que nous venons d'indiquer, ne permet pas de diriger l'éducation des enfans destinés à Tune ou à l'autre d'après les mêmes données. En effet, dans les manufactures, les travaux de l'enfant ou plutôt ses occupations n'exigent pas de force corporelle proprement dite ; il peut y être appliqué dès l'âge de six ans à sept ans, ce qui serait impraticable dans les autres métiers, où l'enfant n'est admissible comme apprenti qu'à un âge où il est déjà capable de quelque force et d'une certaine intelligence.

De là vient que généralement, et il faut applaudir à cet usage dans l'intérêt de l'instruction morale et religieuse des enfans du peuple, on ne reçoit dans les ateliers des apprentis que lorsqu'ils ont atteint l'âge de douze à treize ans. Il serait à désirer que le point de départ de l'apprentissage fût le même dans toutes les industries; mais l'organisation du travail dans les manufactures résiste à cette uniformité. L'éducation des enfans destinés aux grands établissemens industriels réclame donc une direction à part, une direction assez souple et assez irrégulière pour s'accommoder aux besoins et aux ressources de chaque localité. Il est probable que, dans la majeure partie des fabriques, l'instruction sera menée de front

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avec le travail industriel, et que, de ce coté, les mouvemens de vanité, l'irréflexion, l'imprudence, qui occasionnent d'ordinaire le déclassement de tant d'individus, au grand détriment de la société, ne seront pas à craindre, en raison de l'état d'indigence habituel des familles.

Quant aux enfans destinés à l'exercice de professions mécaniques, je ne pense pas qu'il y ait rien à changer à l'usage établi. Dans un âge aussi tendre que celui de l'enfance , l'éducation ne saurait être associée à l'industrie, à moins d'une impérieuse nécessité. Pour former l'esprit et le cœur de l'élève, l'instituteur a besoin de le posséder tout entier, et à chaque instant du jour; car, à cet âge, il ne s'agit de rien moins que de façonner l'homme dans l'enfant; et une tâche aussi délicate ne comporte pas d'autre influence que celle de l'instituteur, surtout quand la famille de l'élève appartient au dernier degré des classes ouvrières.

En effet, à quoi aboutiraient les efforts de l'instituteur, s'il avait à lutter non-seulement contre les défauts naturels de l'enfant, mais encore contre les mauvaises impressions que ce dernier recevrait infailliblement de l'inconduite des ouvriers employés dans le même atelier que lui? N'est-ce pas assez pour un instituteur d'être obligé de combattre au

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dedans de son élève les inclinations grossières et les idées fausses ou pernicieuses qu'il puise continuellement à son insu sous le toit paternel? Ne sait-on pas que beaucoup de parens qui envoient leurs enfans à l'école, par pure déférence pour l'administration qui les secourt, affectent, par ignorance ou par corruption , de ne tenir aucun compte de l'instruction , et qu'ils ne se font pas scrupule même d'envelopper dans leurs dédains les enseignemens les plus sacrés, qui forment la base et la sanction de toute morale ? Les choses étant ainsi , l'instituteur manquerait le but de sa mission, ou ne la remplirait qu'à demi, s'il n'était pas maître de tout le temps de son élève, jusqu'à l'âge de l'adolescence, afin de former son caractère et ses premières mœurs. Ajoutez que non-seulement le développement de l'éducation éprouverait des obstacles, par suite du concert qu'on établirait entre elle et l'apprentissage, mais que l'accroissement des forces physiques de l'enfant serait également contrarié et entravé par ce concert malentendu et intempestif.

L'union de l'apprentissage avec l'instruction n'est vraiment utile que lorsque l'enfant, pourvu des premiers élémens de celle-ci, est jugé assez fort, corporellement, pour se livrer aux fatigues d'une profession mécanique. Dès-lors, en souscrivant le contrat

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