‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 155 sur 337 · OBSERVATIONS SUR LES ECOLES D ARTS ET METIERS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES ECOLES D ARTS ET METIERS

y acquérir des lumières plus ou moins étendues sur l'industrie, mais non la ferme volonté de s'attacher après l'achèvement de leur éducation , à un atelier privé , soit comme apprenti , soit comme ouvrier.

En subordonnant l'admission des candidats à cette double précaution , les a-t-on conduits sûrement au but qu'on a voulu atteindre ? l'apprentissage antérieur à l'admission , leur a-t-il fait contracter les habitudes simples et laborieuses des ouvriers? Si l'on répond par l'affirmative , je demanderai si ces habitudes n'ont pas été profondément altérées par le séjour de l'école.

Deux écrivains versés dans la connaissance de l'économie industrielle, le rédacteur du Phare industriel (i) et M. Monfalcon (2), ont jugé tous deux avec sévérité , l'organisation des écoles de Châlons et d'Angers. Mais la sévérité du second est plus tempérée que celle du premier, adversaire déclaré des écoles d'arts et métiers. Leur opinion est identique, cependant , sur un point : ils affirment qu'au sortir de l'école, les élèves sont peu enclins à accepter la condition d'ouvriers, qu'ils considèrent comme étant au-dessous d'eux, bien qu'ils ne doivent, pour ainsi dire, que la traverser pour se mettre en état

(1) Fuuillodu 22 août i 838.

(2) Code moral des ouvriers, 3e cdil. Lyon , i838, in-8.

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de parvenir aux premiers emplois de l'industrie. Ces opinions, publiées plusieurs années après la mise en vigueur du dernier règlement , et fortifiées par le témoignage de plusieurs autres personnes éclairées, donneraient à croire que les prévisions de ceux qui l'ont formulé ne se sont pas réalisées, et que l'influence de l'école est loin d'être en accord avec celle qu'on a dû supposer à l'apprentissage qui a précédé l'admission.

Aussi j'avouerai que j'adopte pleinement, à ce sujet, l'opinion du rédacteur du Phare, opinion qui aurait pour objet de substituer aux écoles de Châlons et d'Angers des écoles spéciales , telles que celles des Mineurs de Saint-Etienne, de teinture de Lyon et celle de dessin de Nîmes. Dans chacune de ces écoles, l'élève parcourt naturellement, ainsi que ses camarades, les premiers degrés de la hiérarchie industrielle, sans embarras ni mauvaise honte, parce que sa condition est ou a été celle de tous les autres élèves. D'apprenti, il devient ouvrier, et des fonctions de simple ouvrier, il passe à celle de contre-maître. L'instruction professionnelle lui est départie graduellement et de telle sorte, qu'en quittant l'école, il peut prétendre, dans un établissement industriel à l'emploi le plus difficile qu'il a exercé comme élève, sans être astreint à un second noviciat. Non-seu-

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lement la substitution proposée me semblerait utile pour remplacer les grandes écoles que je viens de désigner, mais elle le serait aussi pour tirer un meilleur parti des écoles primaires supérieures, dont le but est, quant à présent, tout-à-fait vague et indéterminé. L'autorité s'inquiète avec raison du déclassement d'un grand nombre de jeunes gens, qui la sollicitent pour entrer dans les cadres de l'administration, et tout en voulant remédier à cette imprudente déviation, elle ne fait que l'accroître par des établissemens scolaires, sans physionomie et sans application réelle. Réduisez le nombre des écoles primaires supérieures et créez à leur place des écoles spéciales dans chaque chef-lieu d'arrondissement ou dans chaque département, vous parviendrez ainsi à procurer aux élèves sortans, une position convenable. Us se hâteront d'entrer dans les manufactures, parce qu'ils y seront admis avec un emploi supérieur, tel que celui de contre-maître ou d'employé. Ce que je demande est, du reste , justifié par l'expérience de toutes les écoles spéciales qui intéressent les services publics ou l'armée, écoles où les élèves sont formés pour exercer à leur sortie des emplois d'ingénieurs, d'officiers de tontes armes, en un mot, des fonctions qui les mettent en état d'appliquer tout de suite et avec profit clans le monde réel les connaissances,

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qu'ils ont acquises dans les écoles préparatoires. Les directeurs d'usines ou employés et les contremaîtres sont appelés , les derniers surtout, à remplir dans les manufactures, le rôle d'administrateur et de censeur. Ce rôle est entouré de difficultés et exige, dans celui qui en est revêtu, une réunion de qualités propres à le rendre apte à manier les esprits, à les discipliner sans effort et par la seule autorité de sa parole et de son exemple , à servir les intérêts de l'ouvrier, sans nuire à ceux de l'entrepreneur, enfin à diriger le travail pour l'utilité de tous. Cet art de conduire les hommes n'est pas commun ; aussi voudrais-je que l'administration plaçât à la tête des écoles spéciales des directeurs très éclairés et capables de cultiver eux-mêmes le moral de leurs élèves en même temps qu'ils surveilleraient la culture de leur intelligence. Si l'on a le dessein d'introduire une réforme durable dans les mœurs des classes ouvrières, il faut commencer par tremper fortement celles des contre-maîtres. Il faut leur recommander sans cesse la tempérance , l'économie, la modération, l'amour de la règle, du travail, l'éloignement de toutes sortes de clubs et d'association secrètes, associations qui n'ont jamais procuré aucun avantage véritable à leurs membres et qui ne leur ont attiré que des embarras, des périls et sou-

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