CLASSES DU SOIR POUR LES ADULTES
qui les dirigent prennent soin d'y mêler des instructions morales.
Les frères ont compris que ces instructions, destinées à des élèves dont la plupart sont parvenus à lage d'homme, doivent avoir un tout autre caractère que celles que le prêtre adresse aux fidèles réunis dans les temples; et que cette distinction, utile dans tous les temps, est indispensable aux époques de tiédeur religieuse. L'indifférence qui éloigne le grand nombre de la pratique des exercices de piété n'agit pas moins sur les classes illettrées que sur le reste de la société. Le mal étant universel, il était sage, au moins dans les écoles, de baser les instructions sur la morale évangélique, ou, ce qui est la même chose, sur la philosophie chrétienne. Cette manière simple et non mystique d'enseigner la morale a produit son effet naturel sur les élèves. La prévention , dans des esprits incultes et ombrageux, a fait place à la curiosité, à l'attention. Le langage de l'instituteur religieux ressemblant à celui d'un moraliste indulgent et affectueux, les élèves ont goûté non-seulement les vérités morales éparses dans les leçons ordinaires, mais les allocutions qui leur étaient adressées les jours de paie, et qui avaient pour objet de les prémunir contre des amusemens grossiers et ruineux. Ils prennent part à la prière qui ouvre et termine le
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cours avec un recueillement égal à celui de leurs plus jeunes camarades ; et l'on dirait que ces hommes rudes et laborieux trouvent, dans les exercices passagers et innocens auxquels ils se livrent une diversion qui les arrache pour quelques momens à leur tâche pénible et journalière; ce sont des pères de famille, des jeunes gens en pleine possession de la vie , des hommes assiégés par toutes sortes de besoins, qui sortent un instant des tristes réalités de notre civilisation pour se plonger dans le monde moral, comme dans une eau pure et réparatrice.
Les instituteurs des écoles mutuelles réunissent aussi des adultes le soir; mais leurs classes paraissent moins suivies que celles des frères. L'impulsion morale y est moins forte, quoique les instituteurs ne négligent pas les occasions de cultiver l'âme de leurs élèves.
Les cours de chant se rattachent aux amusemens publics ; et c'est peut-être pour cela qu'on les a jugés avec moins de faveur que les cours d'une application utile. On a dit qu'ils n'étaient pas en rapport avec la condition de ceux auxquels ils étaient destinés. Cette objection n'est pas concluante; car les airs les plus brillans de nos opéras sont tous les jours colportés et chantés sur la voie publique. Ces airs appris par les ouvriers, pour ainsi dire à la vo-
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lée, sont répétés par eux, à l'envi, dans leurs ateliers et dans leurs modestes mansardes. Pourquoi leur interdire des chants notés et les accens harmonieux d'une composition savante, quand on ne peut les empêcher de saisir et de rendre quelquefois avec goût, à l'aide du seul instinct musical, des airs extraits des œuvres de nos meilleurs maîtres? L'administration municipale marche dans une excellente voie; ne la contrarions pas. Elle n'est peut-être pas encore bien convaincue des effets moraux et civilement utiles de la subvention qu'elle a destinée à l'établissement des cours de chant, parce qu'on est malheureusement enclin à croire, dans les classes éclairées, que le peuple n'est pas fait pour sentir le charme des nobles amusemens, des émotions de l'âme, tandis que ces amusemens ont au contraire, pour lui, un irrésistible attrait, et qu'il est toujours prêt à s'y livrer avec ardeur : les faits le prouvent complètement. Je signale cette erreur, attendu que les meilleurs esprits n'en sont pas exempts, et qu'il serait fâcheux de la laisser s'accréditer.
Les économistes et les administrateurs n'ont pas assez réfléchi sur la portée morale des amusemens publics, et en particulier, sur ceux qui peuvent convenir aux classes laborieuses. Les amusemens sont pourtant un besoin de tous les âges et de toutes