LEUR UTILITE MORALE. III
les conditions. Plus l'homme est pauvre et sujet au travail, plus il doit trouver de distraction et de délassement dans un amusement propre à émouvoir son âme, à l'élever, en flattant ses sens. Le cœur humain est si inquiet, si morose, si jaloux de ce qui le touche, il a tant de penchant à se faire le centre de tous ses sentimens et de toutes ses pensées, que l'homme le plus réellement heureux est celui qui trouve le plus souvent l'occasion de se détacher de sa propre personnalité pour arrêter sa pensée sur quelque chose qui ne soit pas lui. Intéressez son cœur par le récit d'une belle action , par des vers ou des chants qui expriment de nobles sentimens, qui peignent les tableaux aimables de la nature, et vous le verrez avide d'émotions, maîtrisé, et attendri par la force toute puissante des beaux arts. La musique, le plus séduisant , le plus pur de tous , est capable, plus qu'aucun autre , de plaire au peuple, et d'exciter tour-à-tour dans son âme des sentimens énergiques et délicats. Les monumens historiques de l'antiquité témoignent universellement de l'influence de cet art comme moyen de civilisation. Pourquoi rejetterions-nous ce moyen , lorsque les ressorts publics de la morale sont si affaiblis parmi nous? Si les gouvernemens veulent s'affectionner les masses, il faut qu'ils captivent leur confiance en leur procu-
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rant autant qu'il est en eux, du travail, de l'instruction et du plaisir. Il faut qu'elles puissent dire aux factieux qui les sollicitent contre eux : nous avons notre part dans la distribution des jouissances sociales; cette part est en rapport avec la simplicité de nos goûts, avec le temps dont nous pouvons disposer; elle nous suffit, et bien loin de vouloir porter atteinte à un état social où nous tenons une place honorable, nous sommes prêts à le défendre contre toute espèce d'attaque.
On se récrie contre la grossièreté des amusemens d'une partie des classes ouvrières, et quand les corps municipaux des cités les plus considérables du royaume s'efforcent de substituer à ces amusemens des habitudes plus décentes, et capables de satisfaire l'esprit sans le troubler, d'égayer l'imagination sans la souiller, on épilogue sur le choix des amusemens faute de pouvoir en critiquer le but moral. Pour moi, je me plais à dire que l'administration a sagement compris les besoins des classes ouvrières; elle a pensé, avec raison, qu'il fallait à ces classes si intéressantes, autre chose que du travail. Elle a songé à occuper leurs loisirs d'une manière agréable et utile tout à-la-fois, et elle a créé ce vaste et bel ensemble d'institutions scolaires , appropriées au sexe et à lage des élèves, institutions dont celle du
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chant n'est pas la moins brillante ni la moins morale.
La législature vote tous les ans des fonds au budget, pour subventionner les grands théâtres qui sont consacrés principalement aux plaisirs des classes aisées. Les conseils municipaux représentais de la cité, et par conséquent du pauvre comme du riche, ne sont-ils pas dans l'obligation, pour être fidèles à leur mandat, de pourvoir libéralement aux plaisirs modestes du plus grand nombre, lorsque les personnes qui le composent sont assujetties à l'impôt, aussi bien que les autres habitans plus aisés? Je ne me dissimule pas que les services publics communaux sont très divers, très nombreux, et qu'ils donnent lieu à des dépenses considérables. Je sais que parmi ces services , il en est qui méritent la primauté dans l'ordre des allocations. Mais je n'en persiste pas moins à penser que les écoles de chant, quoique d'une importance secondaire par leur objet, sont dignes de la faveur, et, j'ose dire , de la munificence des conseils municipaux.
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