‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 171 sur 337 · I 11 CONSTRUCTIONS A FAIRE · texte numérisé non relu

I 11 CONSTRUCTIONS A FAIRE

deux tiers au moins des produits ordinaires des maisons construites dans Paris. Telle est l'opinion de constructeurs habiles qui ont étudié les moyens de pourvoir à l'amélioration de la demeure des classes pauvres, à l'aide de la bienfaisance publique.

On pourrait au surplus organiser la gestion de ces immeubles de manière à rassurer complètement les bailleurs de fonds sur leur mise. Un comité de surveillance choisi parmi eux contrôlerait les actes de cette gestion et veillerait à l'entretien des bâtimens, ainsi qu'à la répartition des loyers après le prélèvement de toutes dépenses. Il y a dans les quartiers qui touchent à la circonférence de la ville, d'anciennes maisons conventuelles ou d'autres grands bâtimens qu'on obtiendrait probablement à un prix raisonnable et qu'il serait aisé de convertir , à peu de frais, en habitations pour la population ouvrière. Ce mode de construction serait le plus économique de tous, et devrait fixer de préférence l'attention particulière des hommes bienfaisans, qui seraient disposés à apporter leur tribut pour l'accomplissement de cette spéculation salutaire et toute nouvelle.

Les sociétés industrielles dont j'ai proposé l'organisation, en traitant de l'industrie, seraient parfaitement propres à multiplier les constructions d'habitations pour la classe ouvrière, si le gouver-

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nement les autorisait dans l'ordonnance royale contenant l'acte de leur institution à recevoir des legs dans ce but; on fait de semblables libéralités aux hospices pour le soulagement des pauvres malades ou infirmes, pourquoi n'en ferait-on pas aux sociétés industrielles , afin de procurer aux pauvres valides et à leurs familles les avantages d'une habitation salubre et commode , moyennant un prix raisonnable? Ces avantages devraient être incontestables , afin d'ôter aux ouvriers économes et réglés toute raison de préférer leurs réduits actuels aux nouvelles demeures qui leur seraient offertes. On sent que celles-ci , malgré la défaveur attachée parmi les classes pauvres à tout ce qui est nouveau , ne tarderaient pas à être vivement recherchées. Aussi voudrais-je que les préposés des sociétés n'admissent comme locataires, dans les maisons confiées à leur surveillance, que des ouvriers munis d'un certificat de moralité de conduite régulière signé par un chef d'atelier et visé par le maire de la commune. Ce certificat devrait spécifier que l'ouvrier, chef de famille ou vivant avec une femme, est marié légitimement. Cette dernière condition éloignerait sans cloute les individus qui se plaisent dans le concubinage , mais elle aurait aussi pour effet d'exciter de se rieusesréfl exions dans l'esprit de ceux de cesindi-

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vidusquiapprécieraientl'utilité d'une habitation saine et à bon marché , et qui ne seraient pas tout-à-fait indifférens aux lois de l'honnêteté publique.

En définitive, je me persuade que lesconcurrens ne manqueraient pas pour solliciter la location de ces logemens si rares aujourd'hui et que les sociétés intéressées n'éprouveraient que l'embarras du choix. Lorsque des gens de bien s'imposent la noble tâche d'introduire ou de conserver les bonnes mœurs parmi le peuple , ils doivent mettre en honneur toutes les habitudes qui les constituent et repousser celles qui les dépravent. Un des moyens les plus propres à atteindre ce but, serait, je n'en puis douter, la propagation de l'idée fondamentale du projet que je viens d'indiquer et l'application rigoureuse des conditions exigées pour être admissible dans les maisons créées par ce projet. Je me suis d'autant plus attaché à l'espoir d'en réaliser l'exécution, qu'il porte avec lui un caractère de bienfaisance, qui n'a rien d'humiliant pour ceux en faveur desquels il a été conçu.

Combien de vieillards riches et isolés, voudraient attacher leur nom à une œuvre si morale et si élevée ! L'hôpital reçoit l'honnête ouvrier comme le vagabond, et ce mélange inévitable a quelque chose qui attriste le philanthrope , tandis que les maisons

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qu'il s'agit de fonder, seraient des asiles ouverts par privilège à de pauvres familles d'ouvriers et d'artisans honorables par leur probité et la régularité de leurs mœurs. (1) Ces fondations opposées aux fondations hospitalières, contribueraient à faire renaître l'esprit de famille dans le sein des classes laborieuses, en même temps qu'elles diminueraient à la longue les charges que les villes s'imposent pour l'entretien des hospices.

La population ouvrière est si nombreuse à Paris que dans toutes les hypothèses on ne saurait espérer de pourvoir, à l'aide des établissemens projetés, qu'à une faible partie de ses besoins. Le concours de l'industrie particulière serait donc indispensable, et dès-lors il importe de chercher à perfectionner ce concours.

La loi du 'ii juillet 1791, en déterminant les règles de la police municipale, a soumis (art. 5) les au-

(1) Voy. Lettre sur la question de savoir s'il est mieux de réunir les vieillards dans les hospices , ou de les placer en pension à la campagne. — Note relative à quelques conditions que doivent présenter les hôpitaux destinés à des individus âgés de plus de 60 aus et infirmes (Annales d'hygiène publique, t. VII, p. 218 , t. IX, p. 296}. Ce dernier mémoire a été rédigé par Parent- Duchâtelet, à l'occasion du legs de quatre millions, fait à l'administration des hospices de Paris, par M. Brazin, ancien fondeur , pour la construction et l'entretien d'un établissement de ce genre, destiné à recevoir trois cents ouvriers.

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bergistes, maîtres d'hôtels garnis et logeurs à l'obligation de tenir un registre, côté et paraphé par le commissaire de police, pour l'inscription de toutes les personnes qui coucheront chez eux, même une seule nuit.

Le Code pénal a reproduit cette disposition (art. 47Ô). Mais en ajoutant beaucoup de contraventions nouvelles à rémunération de cas prévus par la loi organique, il n'a prescrit aucune mesure pour assurer la salubrité des logemens garnis.

L'ordonnance de police du 1 5 juin 1802 a sagement étendu l'application de l'article 47 5 du Code pénal , à tous les individus qui exercent la profession de logeur habituellement ou accidentellement. Elle a réussi de la sorte à placer, sous l'inspection de la police, une foule de logeurs clandestins, qui ne louant que des appartemens ou des chambres garnis, affectaient de se croire dispensés des charges et obligations imposées en général à tous ceux qui font métier de loger chez eux des personnes étrangères. Toutefois 3 cette ordonnance s'est contentée de réglementer le régime des logemens garnis , en vue de la sûreté et de la tranquillité publiques; elle n'a rien prescrit touchant la salubrité intérieure de ces logemens. Peut-être l'insuffisance de la législation a-t-elle contraint l'auteur de l'ordonnance de

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s'abstenir, à cet égard, de toute prescription qui aurait eu pour résultat d'entraver l'usage du droit de propriété. Je ne saurais, en effet, assigner un autre motif au silence qu'il a gardé sur une question aussi importante ; mais cette lacune toute forcée qu'elle puisse être , n'en est pas moins fâcheuse, en ce qu'elle laisse sans remède un état de choses très nuisible à la santé des habitans des logemens garnis , et qui pourrait, en cas de réapparition du choléra, augmenter sensiblement son influence meurtrière. Il serait digne d'une sage administration, de préparer dès à présent les moyens capables de prévenir cette dangereuse complication. La tâche est difficile, sans doute, mais pourquoi ne pas l'aborder avec courage, et laisser subsister dans Paris, sans faire aucun effort pour les détruire, tant de foyers d'infection , qui ravalent au niveau des animaux les plus immondes les malheureux habitués à y chercher une retraite pour la nuit.

Quoique les logemens qui nous occupent n'offrent pas tous un aspect repoussant, néanmoins ils donnent tous également prise à la critique ; les uns pèchent par l'encombrement des locataires, les autres par le mode de couchage, les autres enfin, par l'absence de toute ventilation et même par le défaut complet d'air. L'encombrement est l'inconvénient

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qui domine chez tous les logeurs de dernière classe, et qui aggrave le mal résultant des autres inconvéniens auxquels ils sont sujets. Les vingt-cinq à trente mille ouvriers en bâtimens , qui affluent a Paris chaque année de certains départemens , se groupent dans des chambrées et y couchent pendant la durée de la campagne. Beaucoup de ces chambrées sont tenues par des personnes de leur pays, qui les attirent par leur probité reconnue et par les complaisances qu'elles ont pour eux. Ces chambrées abondent principalement dans le quartier del'Hôtebde-ville, pour les maçons, et dans le faubourg Saint-Martin , pour les charpentiers. Ces excellens ouvriers, par une exception qui leur est plus propre qu'à tous autres, ne visent qu'à l'économie ; ils traitent avec leurs logeurs de manière à obtenir pour six francs par mois, outre le logement, le blanchissage d'une chemise par semaine et une soupe chaque jour, dont ils fournissent le pain. Tout ce qu'ils ne destinent pas à leurs besoins généralement très bornés, est économisé pour le soutien de leurs familles ou l'accroissement de leur petit patrimoine. Les préposés de la police, nous l'avons déjà dit et nous aimons à le répéter, témoignent unanimement de l'ordre el de la concorde qui régnent dans les chambrées des ouvriers en bâtimens , ainsi

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que de leur bonne conduite au-dehors. N'est-il pas regrettable, que ces braves gens couchent ainsi agglomérés dans de petits réduits. Accoutumés à travailler au grand air, l'étroitesse de leurs logemens doit leur être plus pénible qu'à tous autres. Aussi , les fièvres typhoïdes sont-elles communes parmi eux, et attaquent-elles quelquefois une chambrée tout entière.

L'encombrement et le mauvais aérage des habitations garnies sont plus pernicieux encore aux ouvriers employés dans les fabriques et les manufactures. Ils passent en effet chaque jour d'un logement infect dans un atelier , qui , le plus souvent, n'est pas moins insalubre , et ils se trouvent ainsi prédisposés à contracter aisément des maladies contagieuses.

De toutes les classes pauvres, les chiffonniers sont ceux qui habitent les logemens les plus infects et les plus dégoûtans. On a beau descendre dans les derniers rangs de la société, l'inégalité apparaît toujours quelque part; les chiffonniers, qui l'eût imaginé, ont leurs notables; ce sont des industriels un peu plus économes, un peu plus rangés que la foule et qui jouissent d'un certain comfort. Les uns, les plus huppés, occupent une ou deux petites chambres qu'ils louent pour eux et leurs familles. Les au-

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très possèdent une paillasse qui leur sert de coucher dans la chambrée dont ils font partie ; mais cette possession est plus souvent collective que personnelle et, quoique partagée, elle ne laisse pas encore d'être convoitée par les pauvres hères qui couchent dans des espèces d'auges, sur des chiffons ou sur quelques poignées de paille dont le carreau est parsemé. Les agens de police chargés de la surveillance des logemens ou chambres garnis affectés aux chiffonniers, en font une peinture incroyable. Chaque locataire garde auprès de lui sa hotte quelquefois comble d'immondices, et de quelles immondices! Ces sauvages ne répugnent pas à comprendre dans leurs récoltes des animaux morts, et à passer la nuit à côté de cette proie puante. Lorsque les agens de police arrivent chez les logeurs pour y faire leurs relevés ordinaires ou la recherche de quelque individu suspect, ils éprouvent une suffocation qui tient de l'asphyxie. Ils ordonnent l'ouverture des croisées, quand il y a moyen de les ouvrir, et les représentations sévères qu'ils adressent aux logeurs sur cet horrible mélange d'êtres humains et de matières animales en dissolution , ne les émeuvent point. Les logeurs répondent à cela , que leurs locataires y sont accoutumés aussi bien qu'eux. Un trait de mœurs particulier aux chiffonniers, et qu'on

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pourrait appeler un de leurs passe-temps, consiste à faire la chasse aux rats dans les cours dépendantes de quelques-unes des maisons qu'ils fréquentent. Ils les attirent à l'aide de certaines substances attachées à des chiffons qu'ils ramassent dans les rues. Pour cet effet, ils placent en tas ces chiffons à proximité des crevasses des murs, et dès qu'ils peuvent supposer que les rats sont blottis dans les chiffons, ils lâchent dans la cour leurs chiens qu'ils dressent pour cette chasse, et en un clin-d'ceil,ils se rendent maîtres des rats dont ils mangent la chair et vendent la peau*

Les logemens garnis qui reçoivent la nuit le limon de la société sont de véritables égouts. Ceuxlà même qui ne sont pas fréquentés par les chiffonniers offrent, par suite de l'agglomération des locataires et de leurs sales habitudes, des foyers dangereux d'infection. Il y a des chambres garnies qui contiennent jusqu'à neuf lits séparés par de petites ruelles suffisant à peine au passage des habitans, et ces lits sont bien souvent occupés par deux personnes qui ne se connaissent pas, et ne se sont jamais vues. La différence des sexes n'est pas un obstacle à ces cohabitations nocturnes et fortuites , quoique les préposés de la police ne négligent rien pour empêcher les désordres. Parmi les chambrées de fem-

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