‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 170 sur 337 · MAUVAIS ÉTAT DES HABITATIONS · texte numérisé non relu

MAUVAIS ÉTAT DES HABITATIONS

tiers : ce sont des maisons vieilles, délabrées et mal tenues. Les propriétaires, pour en tirer parti , en mettent les logemens à bas prix et y attirent ainsi des familles pauvres. Si ces logemens étaient salubres, s'ils étaient suffisans pour tous les membres de la famille, la critique n'y aurait rien à reprendre; mais ils sont sales, mal éclairés, mal fermés. Ils sont étroits, et comme les parens et les enfans vivent et couchent dans la même chambre, l'encombrement qui en résulte est une cause d'insalubrité en même temps qu'il offense les bonnes mœurs. D'un autre côté, le mauvais état et la malpropreté des allées, des latrines et des cuvettes où sont versées les eaux ménagères, donnent lieu à des exhalaisons infectes qui vicient l'air de ces humbles demeures et altèrent la santé de leurs habitans d'une manière d'autant plus fâcheuse, que la plupart de ceux-ci travaillent toute la journée dans des ateliers mal aérés et pleins de nombreux ouvriers.

La construction mal ordonnée de ces maisons et leur état de vétusté, ne permettent guère de les assainir complètement. D'ailleurs, les propriétaires, n'en retirant qu'un faible revenu, ont toujours des prétextes plus ou moins spécieux à alléguer pour refuser ou pour ajourner des réparations qui viendraient encore en atténuation de leurs produits.

Pendant les années i8a3, it\ et 25, où la construction des maisons dans Paris prit un si grand développement, les capitalistes et les constructeurs ess yèrent dans certains quartiers très populeux de bâtir quelques habitations destinées à la classe laborieuse, mais comme ces habitations ne pouvaient servir en totalité à l'usage de cette classe, à cause de la cherté des premiers étages, il fallut faire appel, pour la location de ces étages, à une autre classe de personnes qui , en raison de sa condition et de ses habitudes d'ordre et de propreté, n'ayant aucuns points de rapport avec les locataires des étages élevés, ne jugea pas à propos d'occuper les mêmes maisons qu'eux.

Les habitations construites pour l'usage des classes ouvrières ne remplirent donc pas entièrement le but de leur destination et firent peser sur ceux qui en étaient propriétaires des non-valeurs considérables. La spéculation, avertie par les premières et coûteuses expériences qu'elle avait faites, abandonna ce mode de construction } en rejetant le mauvais succès sur la difficulté de réunir sous le même toit des conditions et des fortunes trop différentes. Cette difficulté était grave en effet, et les constructeurs l'auraient peut-être évitée si, voulant, comme telle était leur intention, établir des logen. 9

l3o CONSTRUCTIONS A. FA.IRE

mens pour les classes ouvrières et les artisans, ils avaient choisi les emplacemens de leurs constructions dans les quartiers éloignés du centre de Paris, afin de les payer moins cher, et de faire refluer dans ces quartiers, par l'appât de logemens commodes et à bon marché, la partie si nombreuse de la population ouvrière qui est entassée dans les petites rues des quartiers du centre.

De l'aveu même des constructeurs, de grandes fautes ont été commises par eux dans la conception et l'exécution du plan de leurs entreprises, aux époques dont nous venons de parler; mais, quelles que soient ces fautes, s'il fut une époque inopportune pour élever des bâtimens appropriés aux besoins de la classe pauvre, ce fut sans contredit celle où toutes les puissances de la spéculation étaient dirigées vers la construction par un entraînement aveugle. Cette concurrence extraordinaire, et qui tenait de l'enivrement, occasiona une augmentation toujours croissante du prix des terrains, des matériaux et de la main-d'œuvre : augmentation hors de proportion avec le produit locatif qu'il était raisonnable d'espérer. Or, dans cet état de choses, spéculer sur les logemens des classes ouvrières dont la solvabilité est toujours si chanceuse, c'était aller bénévolement audevant des difficultés et des hasards les plus pro-

POUR LE LOGEMENT DES CLASSES LABORIEUSES. l3l

près à ruiner tout à-la-fois le capitaliste et le constructeur; et c'est ce que l'événement ne tarda pas à confirmer.

Les temps les plus favorables à ces sortes de construction, sont ceux où les terrains et les matériaux sont à bas prix ; et malgré ces avantages il serait encore douteux que des capitaux, ainsi employés, rapportassent autant qu'un placement affecté à des constructions réservées aux classes aisées ; les difficultés que les propriétaires éprouvent en général dans le recouvrement des loyers qui leur sont dus par les classes ouvrières, les détourneront toujours fortement d'une semblable spéculation, indépendamment des autres risques qui y sont attachés.

Il serait digne de la philanthropie de tenter la solution de ce problème, en appelant les capitaux non pas égoïstes, mais bienfaisans, au secours des classes ouvrières. Je suis convaincu que la générosité française ne serait pas sourde à cet appel, et qu'il se rencontrerait des personnes riches ayant à cœur de concourir à une œuvre utile à leur intérêt autant qu'à leur considération ; car le but de cette œuvre ne serait pas seulement de procurer aux familles pauvres des logemens commodes et salubres, mais d'assurer aux capitalistes un revenu net , égal aux

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