‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 173 sur 337 · INTERVENTION DE L'ADMINISTRATION POUR LE · texte numérisé non relu

INTERVENTION DE L'ADMINISTRATION POUR LE

rains ne manqueraient pas à cet effet dans les faubourgs Saint-Marcel, Saint- Jacques, Saint-Antoine et Saint-Victor, où ils font leur résidence habituelle. Ces maisons, construites à bon marché, devraient contenir une grande cour et un préau couvert, très aéré. Le triage se ferait, l'été dans la cour, et l'hiver dans le préau. On affecterait une partie de la cour et du préau à la garde des hottes qui y seraient déposées le soir, par chaque survenant, au fur et à mesure de son arrivée. Il recevrait un numéro correspondant à celui de la case où la hotte serait déposée, et cette case devrait être disposée de manière à protéger l'orifice de la hotte contre toute soustraction. Cette précaution serait indispensable pour ôter tout sujet de crainte au déposant. Celui-ci se rendrait ensuite dans la chambrée ou le dortoir qui lui aurait été désigné. Je préférerais de grands dortoirs à des chambrées , parce que le couchage pourrait y être mieux distribué et que l'air y circulerait mieux. Enfin, pour que la maison répondît à sa destination , il faudrait que le chiffonnier y trouvât sûreté pour sa récolte et un gîte commode pour sa personne , moyennant une rétribution à-peu-près égale aux prix courans des garnis ordinaires. L'exploitation de ces maisons serait adjugée à un principal locataire par l'administration ,qui réglerait d'avance

LOGEMENT DES CLASSES INFIMES DE LA SOCIÉTÉ*. l/j.7

à l'aide d'un tarif affiché dans chaque maison , la rétrihution à payer par les sous-locataires. Elle déterminerait aussi le coucher à introduire; le hamac me paraîtrait le mode de couchage le plus économique , le plus salubre et le moins encombrant. On ferait coucher les chiffonniers en état d'ivresse , sur des lits de camp, établis le long des murs, au-dessous des hamacs, qui seraient superposés par étages, suivant l'étendue et la hauteur des salles. Il existe, dit-on, à Gênes, une caserne occupée par des marins , où l'on fait usage depuis long-temps, avec succès, de hamacs surperposés pour le coucher des habitans. Il serait aisé de se procurer, par l'entremise de notre consul, un plan figuratif de cette caserne , et surtout de sa distribution intérieure par rapport à l'entente du couchage.

À l'égard des individus malfaiteurs ou autres, qui ont coutume de loger dans les garnis de dernière classe, l'administration pourrait aussi les héberger dans de grands corps de logis qu'elle ferait construire sur des terrains vacans dans les faubourgs, et, à défaut de terrains, dans des bâtimens, ayant servi de couvent ou de fabrique, dans des localités éloignées, autant que possible, du centre de la ville. Elle adjugerait de même la location de ces établissemens à des particuliers qui les exploiteraient pour leur

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compte, d'après les prix énoncés au tarif fixé d'avance par l'administration. L'emploi des objets de literie devrait être réglé de concert avec l'administration qui déciderait du choix. Peut-être serait-il à propos d'introduire dans les maisons en question l'usage simultané des lits ordinaires et des hamacs. On se déterminerait d'après les exigences des occupans.

Il va sans dire que ces maisons seraient assujetties aux mêmes formalités légales que les hôtels et maisons garnis ordinaires.

La vigilance des agens préposés au service des rondes de nuit a fait disparaître, depuis dix ans du pavé de Paris ou des fossés des boulevards, cette nuée de misérables qui, pour donner deux ou trois sous de plus à la consommation de liqueurs fortes, se privaient volontairement d'unabripendantlanuit et dormaient à la belle étoile. Avant l'organisation de ce précieux service, les agens de police faisaient de temps en temps dans Paris ou hors du mur d'enceinte des battues qui occasionaient la capture de deux à trois cents vagabonds gisant sur la voie publique. Ces vagabonds cachaient quelquefois de véritables voleurs.

Les principales villes industrielles de l'Angleterre renferment, comme nos grandes cités, mais en beau-

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coup plus grand nombre, cette classe de gens sans aveu, qui tient l'autorité constamment en éveil pour le maintien de l'ordre social. C'est pour eux que Liverpool a créé dans son sein un asile de nuit (night àsglum), qui leur est ouvert gratuitement. Londres en a fondé trois, mais les autres grandes villes n'ont pas encore suivi leur exemple; et je crois qu'elles ont raison de ne pas se hâter. Les maisons d'asile ne datent pas d'aujourd'hui en Angleterre. Celle de Liverpool remonte à 1816, époque désastreuse pour toute l'Europe. La classe riche et bienfaisante qui conçut la pensée de cette institution, fonda jusqu'à trois asiles de nuit dans la même ville ; mais la misère ne diminuant pas , le nombre des malheureux restant le même, les souscripteurs se lassèrent en iS'jo d'entretenir ces établissemens dispendieux; ils furent alors fondus en un seul, dont la dépense fut mise à la charge du conseil municipal et de la charité publique.

Malgré le caractère touchant de l'asile de nuit , j'ai la conviction qu'il produit plus de mal que de oien. Si l'on n'avait pas eu la prudence de restreindre à cinq nuits par an, pour chaque indigent, le refuge accordé par l'établissement aux malheureux, on aurait favorisé l'intempérance et la fainéantise , au lieu de secourir la véritable infortune. Au moyen

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