‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 188 sur 337 · TRANSFORMATION DE L IMPOT EN RICHESSE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

TRANSFORMATION DE L IMPOT EN RICHESSE PUBLIQUE

ces taxes n'offrirait donc qu'une ressource illusoire.

Je me suis attaché clans ce chapitre à justifier notre système actuel d'impôts, étant convaincu qu'il est préférable de tous points aux nombreux systèmes qui l'ont précédé, et que je considère avec les financiers les plus habiles comme stériles et surannés.

Le pouvoir social peut être assimilé à un entrepreneur chargé de créer , de développer graduellement et d'entretenir le mécanisme de la société. Ses produits constituent autant de capitaux et de richesses nationales. Ce sont des halles, des marchés, des canaux, des ponts, des quais, des abattoirs, des entrepôts , des édifices religieux , des monumens d'art , des percemens pour la circulation publique , des opérations pour l'élargissement progressif des rues et des places déjà existantes , enfin tous les ouvrages que comporte une haute civilisation. Ces créations et bien d'autres que je m'abstiens de rappeler pour abréger , demandent des ressources colossales, et c'est l'impôt seul qui peut les donner.

Dans tout pays policé , il n'y a que deux manières de pourvoir aux services publics , ou par l'entremise de l'autorité , ou par celle des particuliers. L'usage de ce que l'autorité produit ne coûte rien aux citoyens , parce que c'est avec leurs subsides qu'elle a opéré, tandis que, là où l'autorité laisse faire aux

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compagnies ou aux particuliers, ceux-ci s'indemnisent de leurs fournitures , de leurs frais de production , et réalisent le bénéfice, objet de leur entreprise, par des péages et des taxes de toute sorte , qui sont payées par la masse du public , au fur et à mesure de l'usage qu'elle fait des choses d'utilité publique, et cela ne saurait être autrement. Il est aisé d'apercevoir, en définitive , que dans les deux situations, la différence n'est qu'apparente et gît dans la seule qualité du producteur. Or, que ce producteur soit un être moral, comme l'autorité, ou un être réel, comme un particulier, toujours estil qu'il lui faut de l'argent pour créer des produits, et que cet argent doit lui être fourni par l'impôt , ou rentrer dans ses mains s'il en a fait l'avance par des taxes particulières; ce qui, en réalité, est tout un. Les compagnies n'ont pas à rétribuer, il est vrai , des collecteurs pour recueillir les capitaux nécessaires à l'exécution de leurs entreprises, ainsi que le fait l'état pour la perception de l'impôt , mais elles ne se croient indemnes à l'égard du public, que lorsqu'elles ont recouvré sur le produit de leurs tarifs, et leurs avances en capital , et les intérêts de ces avances. En supposant donc que la taxe imposée aux contribuables fût assise de manière à pourvoir à deux objets de dépense , qui , sans être les mêmes,

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ne seraient pas moins utiles au public , et ne coûteraient pas plus cher, tels que le prix du travail d'une part et les frais de perception ou l'intérêt des avances, de l'autre ; n'est-il pas vrai, ainsi que je l'ai dit, que le sacrifice d'un individu qui paie à l'état ou à une compagnie pour jouir des avantages sociaux, est le même dans un cas comme dans l'autre, et qu'il n'y a de différence que dans les mots, puisque dans les deux systèmes, il existe un capital pour la production , et un prélèvement, soit pour solder l'intérêt des compagnies, soit pour payer le traitement des collecteurs?

Les gouvernemens à bon marché, chez des peuples également dotés des avantages de la civilisation, sont donc des gouvernemens fantastiques. Ces peuples peuvent être administrés avec plus d'économie les uns que les autres; mais , à coup sûr, les écrivains qui ont tant préconisé les gouvernemens dits à bon marché, et en particulier, celui de l'Amérique du nord, ne les auraient pas cités comme des gouvernemens modèles, s'ils n'avaient eu en vue, en dernier résultat, qu'une simple question d'économie comparative. Iisont cru trouver en euxlasource d'unallégement immense de l'impôt, considéré dans toutes ses branches, et en cela, iisont été dupes, je ne dirai pas de leur ignorance, mais de leur imagination.

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