‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 187 sur 337 · QUE LA CLASSE PAUVRE EN RETIRE. T · texte numérisé non relu

QUE LA CLASSE PAUVRE EN RETIRE. T

naissance dans des hospices , lorsque les parens ne craignent pas de les abandonner à la pitié publique ; elle les soutient et les élève jusqu'à ce qu'ils soient réclamés par eux; et s'il est des parens assez dénaturés pour abjurer tout-à-fait les sentimens et les devoirs de la paternité, elle se substitue à leur place par une magnanime fiction, et met leurs enfans à portée de se suffire un jour à eux-mêmes. Les orphelins ont droit à une égale protection.

C'est avec une sollicitude non moins attentive que l'autorité distribue aux adultes pauvres, en état de santé ou de maladie, des secours qu'ils ont la faculté, quand ils sont malades, de recevoir à domicile ou dans des établissemens hospitaliers. Plusieurs de ces établissemens sont consacrés au soulagement de la vieillesse infirme ou accablée par l'âge. Enfin le pauvre, grâce à la sage et paternelle administration des deniers publics, trouve assistance et appui dans le pouvoir, soiî pour lui-même, soit pour sa famille, depuis sa naissance jusqu'à son dernier jour. Cette protection spéciale, ne fût-elle que la compensation de l'impôt perçu indirectement sur le salaire du pauvre, il y aurait de l'injustice à ne pas la constater.

Le lecteur me saura peut-être gré de lui faire connaître sommairement les éléraens de la dépense

]8o CONTRIBUTION JNDIRI-CTF.; AVANTAGES

occasionée à la ville de Paris et à l'administration des hospices de cette grande cité, par les besoins des classes pauvres. Je ferai d'abord remarquer que cette dernière administration possède, à titre patrimonial, des biens particuliers qu'elle tient de la piété bienfaisante des riches, et dont les revenus , montant à environ 6,000,000, tournent exclusivement au profit des indigens; elle reçoit en outre, sur les produits annuels de l'octroi rangés parmi les produits des contributions indirectes, une subvention municipale quin'estpas moindre de 5, 000,000 et qu'on peut évaluer au sixième environ de l'intégralité des droits d'entrée , montant, durant les années prospères, à près de 3o,ooo,ooo; ces droits sont perçus sur 900,000 individus, formant le total de la population de Paris. Or, en admettant que la classe pauvre tout entière figure pour un tiers dans ce total, son tribut, dans le produit annuel de l'octroi, n'excéderait pas 10,000,000, dont la moite serait absorbée complètement par elle, et dont le surplus aiderait au paiement des services municipaux, qui ne lui sont pas moins utiles qu'au reste des habitans.

Quant à l'essence des droits, une longue expérience a prouvé que les réductions faibles et opérées sur quelques droits partiellement, sont presque

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toujours sans résultat propre à améliorer la condition du redevable et qu'elles profitent le plus souvent au vendeur, rarement au consommateur; que des réductions trop fortes et capables d'entraîner la suspension des travaux entrepris pour l'utilité publique communale , diminuent les produits même dans une proportion considérable, et, mettent l'administration dans la nécessité de soulager un nombre presque double d'infortunes. En matière d'octroi, il faut, pour ne rien hasarder, régler les taxes de manière à pourvoir tout ensemble au soulagement de la classe indigente , à l'intérêt du commerce et aux nécessités du service municipal. Il est aisé de jeter dans un discours sur le budget, quelques phrases éloquentes contre l'impôt qui pèse sur le pauvre; mais un homme politique ne doit pas voir seulement dans le pauvre l'individu; il doit voir aussi en lui le citoyen, lors surtout qu'il s'efforce de le rendre apte à jouir de la plénitude des avantages sociaux. Le pauvre est membre de la grande famille comme nous tous ; il paie de sa personne pour défendre l'ordre et les lois, soit dans les rangs de l'armée, soit dans les rangs de la garde civique. Pourquoi serait-il exempté de l'impôt? La contribution indirecte est une contribution éminemment appropriée à l'exiguïté des ressources du pauvre. Il l'ac-

l82 TAXES SOMPTU AIRES.

quitte tous les jours par parcelle infiniment petite et pour ainsi dire, à son insu ; l'impôt direct lui est antipathique, du moins à Paris et dans les grandes villes , précisément parce que la perception n'en est pas morcelée ni déguisée comme celle de la contri» bution indirecte. Il faut qu'au milieu d'une foule de tentations, il accumule le montant de cet impôt sans y toucher, qu'il le paie par douzième et qu'il perde pour cela une partie de son temps qui pour lui plus que pour tout autre est de l'argent. En résumé, de deux choses l'une : ou déclarez que le pauvre n'est pas imposable, ou laissez subsister l'impôt indirect, le seul qu'il puisse supporter sans en être froissé. Cambon et Robespierre me paraissent avoir résolu péremptoirement la question doctrinale de l'impôt par rapport aux classes nécessiteuses. Je ne pense pas que quelqu'un s'estime plus habile que le premier, ni plus démocrate que le second.

Avant le consulat, époque où fut créée la saine et grande administration, les taxes somptuaires furent mises en exercice , mais elles furent bientôt décrcditées, soit parce qu'elles étaient très difficiles à asseoir et à recouvrer, soit parce qu'elles avaient pour effet de détruire la matière même de l'impôt et qu'elles ne frappaient pas exclusivement sur celui que le tarif cherchait à atteindre. Le rétablissement de

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