PASSION DES ENFAWS DU PEUPLE
L'enfant de Paris entre de bonne heure dans la carrière de la vie active. Dès l'âge de 5 à 6 ans, il fait les commissions du ménage; il va aux empiètes chez le boulanger, la laitière, l'épicier; il est mêlé aux évènemens du quartier. Sa curiosité naïve est constamment excitée, parce que tout est nouveau autour de lui. Il est touché non-seulement des plaisirs qui sont à sa portée, mais encore de ceux qu'il n'a pas le pouvoir de se procurer, et que par cela même il convoite avec d'autant plus d'ardeur ; il sait par ses camarades que le spectacle est une chose ravissante ; ils y ont été plus d'une fois, par quels moyens? tous ne le lui dirons peut-être pas ; il s'en trouvera pourtant un moins dissimulé ou plus sincère que les autres, qui lui révélera le secret de leur jouissance; ce secret consiste à retenir quelques sous pendant la semaine sur le prix des fournitures de la famille, ou à les dérober dans l'occasion au père ou à la mère. Il y a une foule de familles pauvres atteintes par ces larcins. Beaucoup d'entre elles ne l'ignorent pas, et elles sont néanmoins impuissantes à les prévenir malgré les menaces et les châtimens.
Le goût ou plutôt la passion des enfans du pauvre pour le spectacle est une des causes les plus ordinaires de leur disparution du domicile paternel; c'est une des principales sources du vagabondage.
POUR LES SPECTACLES. igg
Cette observation ressort non-seulement des enquêtes de la société de patronage des jeunes libérés, mais aussi des revues anglaises qui s'occupent d'économie sociale. La mère de famille riche ou aisée se livre tout entière à l'éducation de ses enfans; elle ne néglige rien pour les divertir, pour captiver leur imagination naissante; elle va au-devant de leurs vœux, en calculant habilement leurs plaisirs, et c'est ainsi qu'elle les fixe auprès d'elle, qu'elle les soumet dès leur premier âge à la discipline domestique. La vie de l'enfant pauvre n'est pas arrangée avec cette sagesse : son père et sa mère ne mesurent le temps que par le travail, et quand leur journée est finie, tout leur plaisir est dans le repos; il faut donc qu'il se crée à lui-même ses amusemens et ses plaisirs : or, il ne peut les trouver que hors du logis dont la nudité et la tristesse suffiraient seules pour l'en éloigner. Le pavé de la rue, les quais, les boulevards, voilà le théâtre de ses ébats. La liberté illimitée et précoce dont il jouit dans de pareils momens lui permet de tout voir, et développe en lui une surexcitation de curiosité qui a besoin d'être satisfaite.
Cette surexcitation s'explique, en effet, par le contraste du dénûment de sa famille avec la richesse et le luxe qui l'environnent. Partout où il se montre,