‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 196 sur 337 · I96 INCONVÉNIENS DE LA. MISE EN SCÈNE · texte numérisé non relu

I96 INCONVÉNIENS DE LA. MISE EN SCÈNE

morale publique, ceux-ci font pis encore; ils jettent de la gaîté et une gaîté communicative sur des scènes de vol et de meurtre. Ils frappent d'impuissance et de ridicule les agens de la force publique et livrent à la risée de leurs misérables héros les affections les plus sacrées de la nature.

Quoique les classes aisées de la société ne dédaignent pas de fréquenter les théâtres secondaires, où l'on joue ces dernières pièces, je ne crains pas que les bons motset les lazzis des malfaiteurs réussissent jamais à diminuer en elles le mépris qu'elles ont pour leur coupable industrie. Mais je nesuis pas également rassuré à l'égard des effets, que les mêmes pièces peuvent produire sur la foule ignorante et irréfléchie des spectateurs. Celle-ci, peu accoutumée à analyser ses impressions, à en pénétrer la moralité, s'abandonne sans défiance aux artifices de l'auteur ; elle ne considère pas que les personnages placés sur le premier plan de la pièce représentée devant elle sont des ennemis de la société, des malfaiteurs, des hommes déchus dans l'estime publique, que leur effronterie, leur adresse et tout le sel de leurs bons mots ne sauraient prescrire contre l'ignominie de leur condition: le vulgaire ne raisonne pas dans ses plaisirs ; diverti aux dépens d'un gendarme par les stratagèmes d'un voleur, il s'intéresse au sort de ce dernier

DES MALFAITEURS. ÎOJ

par le même motif qui nous fait désirer le succès d'un homme aux prises avec une opération difficile. Venu au spectacle pour s'égayer, il rira de tout ce qui pourra l'amuser, jusqu'à ce que les incidens de la pièce soient épuisés, et que le héros, c'est-à-dire le voleur, chargé des applaudissemens de tous les spectateurs, sorte triomphant du péril dans lequel il s'est trouvé engagé , ou y succombe avec courage. Dans ce dernier cas, il le plaindra, de même qu'il aurait vanté son habileté s'il se fût soustrait à l'action de la justice. Le peuple est ainsi fait et bon nombre d'esprits éclairés sont peuplesous ce rapport. L'homme bien élevé , l'esprit honnête , résistera aisément à ces impressions momentanées; elles n'ôteront rien à sa haine pour le crime. Leur résultat sera-t-il le même chez l'individu vicieux, chez celui qui, par paresse ou par corruption, serait porté à fouler aux pieds les lois de la société ? Sera-t-il le même chez les apprentis , dont le spectacle est la pins vive et la plus chère jouissance? On peut affirmer que les premiers puiseront dans le drame joué en leur présence des encouragemens et des leçons pour l'accomplissement de leurs mauvaises pensées, et que les seconds en rapporteront des impressions capables de fausser leurs idées sur le bien et sur le mal, et de dépraver leurs premières moeurs.

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