CHAPITRE UNIQUE
Objet spécial de ce chapitre. — Aspect général des catégories faisant partie de la classe vicieuse. — Raisons pour lesquelles on s'est contenté de décrire les mœurs des écrivains ou copistes, des étudians , et des commis-marchands. — Détails caractéristiques sur ces trois catégories, (r)
Il ne faut pas perdre de vue que je n'ai point à faire connaître dans ce chapitre les moyens de fraude et de dol mis en usage par les hommes immoraux appartenant aux diverses catégories des classes aisées que j'ai indiquées précédemment, mais les mœurs particulières de ces individus, ou pour mieux dire leurs vices , afin de montrer par quelle suite de désordres ils ont été conduits au crime.
Et d'abord , je ne m'occuperai point ici de ceux qui prennent la qualification de négocians, parce que, en général, ce sont des avanturiers et des malfaiteurs
(i) Ce chapitre estle complément duchap. II, lit. I de la première partie, il est aussi entièrement neuf.
étrangers au vrai commerce, et qui usurpent ce titre pour acquérir une considération et un crédit passagers dont ils se servent pour faire des dupes; leur place est marquée parmi les escros de profession, dont il sera question ultérieurement.
Quant aux autres catégories , si on en excepte les écrivains ou copistes , les étudians et les commis marchands, elles n'offrent aucun trait de mœurs saillant et digne de remarque; le vice y domine quelques individus avec assez de force pour les faire dévier du sentier de l'honneur; toutefois , les enseignemens qu'on peut tirer de leur immoralité et de leur chute , me paraissent moins étendus et moins utiles que ceux qui se trouvent renfermés dans la vie dissolue, le cynisme et les égaremens des trois catégories que je viens de nommer : je me contenterai donc de décrire avec quelque détail les mœurs de celles-ci, afin de ne pas m'exposer à des redites fastidieuses , en me livrant à une revue complète; la première de ces catégories présente le degré d'incurie, de paresse et d'abrutissement le plus bas auquel un être humain éclairé puisse descendre; les deux autres renferment dans leur sein des jeunes gens portés au désordre par la fougue des sens, le mauvais exemple et ces excitations sans nombre qui, à Paris, assaillent et tentent la jeunesse de toute
DES CLASSES AISEES. j j $
part, mais quoique le vice soit profond en eux, puisqu'il a précipité quelques-uns de ces malheureux dans le crime, on sent qu'il n'est pas sans remède • on aime à croire que l'âme n'est pas corrompue, qu'elle est affaissée, mais qu'elle peut se relever et s'ouvrir encore à de nobles émotions: c'est cette perspective consolante qui répand un si vif intérêt sur les mœurs desétudians et des commis marchands,mœurs qui chez le plus grand nombre sont exemptes de toute souillure et remarquables par l'union la pi us touchante , comme par le dévoûment le plus vrai.
Les commis aux écritures, désignés aussi sous le nom d'écrivains ou de copistes, sont très nombreux à Paris; on en compte plusieurs milliers employés dans les administrations, maisons de banque, les études de notaires, d'avoués, d'huissiers, les greffes, les cabinets d'architectes-experts , en un mot dans tous les établissemens qui ont des expéditions ou des copies à faire.
La catégorie d'écrivains ou de copistes dont je me propose de parler est celle qui travaille dans les bureaux d'entrepreneurs d'écritures. Ces bureaux ou échoppes sont en grande partfe établis sur la voie publique. Il y en a environ 1 5o à Paris. On peut évaluer le nombre des commis qu'ils occupent à près de 600. Les échoppes ou bureaux d'écrivains 1. 8
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publics sont répandus dans les quartiers populeux de la capitale, et rapprochés du centre des affaires. Us abondent principalement dans l'intérieur du Palais-de-Justice, ses dépendances et ses abords. Ils sont alimentés par le trop-plein des écritures d'avoués, de notaires, etc., indépendamment des travaux de rédaction, qui n'offrent qu'une source secondaire de profits.
Les entrepreneurs d'écritures donnent à leurs employés les deux tiers du salaire payé pour l'expédition ou la pièce d'écriture, et ils gardent l'autre, à titre d'émolumens. Les employés attachés à un bureau d'écrivain sont classés par numéros, de telle sorte que les quatre ou cinq premiers sont à-peuprès sûrs d'avoir journellement de l'ouvrage, quand la clienîeile du bureau a quelque importance. Leur rétribution s'élève de huit à quinze francs par semaine. Les plus habiles, et en particulier ceux qui excellent dans Fautographie , peuvent gagner jusqu'à quarante francs pendant le même espace de temps. Les uns sont à poste fixe, et les autres mobiles. Il existe parmi eux des clercs de toute espèce, expulsés des études où ils travaillaient pour cause de paresse ou d'abus de confiance, des instituteurs sans élèves, des sous-officiers éloignés de leurs régimens, à raison de leur vie déréglée et dissolue;