‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 207 sur 337 · COURS DU SOIR · texte numérisé non relu

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et des distractions. Je ne dissimulerai pas qu'en proposant d'établir à Paris et dans les grandes villes des cercles littéraires et familiers , mon dessein a été de combattre dans la jeunesse ces habitudes de fraîche date et de la ramener à ses anciens goûts dont le type délicat, -vif, léger et brillant a toujours été français.

La vie des commis-marchands , et en général des employés des diverses maisons de commerce, est beaucoup moins indépendante que celle des étudians. Le loisir des premiers ne date que de la fin du jour, c'est-à-dire du moment où les affaires ont cessé d'avoir cours, tandis que celui des derniers dépend de leur zèle plus ou moins vif pour l'étude, et à vrai dire, de leur propre volonté. Pour l'étudiant , dont la journée est partagée entre des cours de toutes sortes , il serait superflu d'en introduire de nouveaux le soir dans le cercle auquel il appartiendrait. Ce serait grever les fonds de l'établissement de dépenses qui pourraient être remplacées par d'autres mieux assorties aux besoins réels des abonnés : aussi me suis-je abstenu de faire , à cet égard, aucune proposition.

Mais il n'en est pas de même en ce qui touche les employés des maisons de commerce. Ces employés sont peu instruits : quelques-uns sont à peine let-

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très, et pendant la journée, ils n'ont ni les moyens ni le temps de cultiver leur esprit. Pour cette classe de jeunes gens, l'enseignement du soir serait extrêmement utile, autant pour l'accroissement de leurs lumières que pour leur perfectionnement moral. Non-seulement il profiterait aux élèves, mais il tournerait à l'avantage des commerçans eux-mêmes, en occupant les loisirs de leurs employés de manière à rendre ceux-ci meilleurs.

L'établissement de ces cours n'exigerait qu'un local par arrondissement, assez vaste pour y reçe^ voir les nombreux élèves qui ne manqueraient pas de se présenter : je ne parle, au surplus, que des arrondissemens spécialement affectés au commerce. Les maires de ces arrondissemens seraient encore les personnes les plus propres à organiser les moyens d'instruction que nous venons d'indiquer; la plus grande difficulté consisterait à trouver des ressources pour y parvenir. Les demander à l'administration municipale, ce serait faire peser sur son budget une charge qu'elle ne doit pas supporter et qui n'entre pas dans la catégorie de celles que les lois imposent aux communes. L'administration ou la cité qu'elle représente est contrainte, avec raison, de procurer aux enfans de la classe pauvre les premiers élémens de l'instruction qui servent à former son cœur en

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même temps que son esprit. À Paris , et personne n'oserait le contester, elle remplit largement cette obligation, car elle ne se contente pas de fournir l'instruction à l'enfance , ainsi que le veut la loi , elle la donne aux adultes pour lesquels elle a créé des classes particulières, en ne consultant que sa propre générosité.

Les employés des maisons de commerce ne font partie ni de la classe pauvre ni de la classe aisée : ils appartiennent à une classe qui, à la vérité, se rapproche plus de la première que de la seconde, mais qui est en dehors de celle-ci , et qui , par conséquent , ne saurait prétendre aux libéralités municipales que l'état de pauvreté commande en faveur des nécessiteux. A défaut de la cité, le commerce seul serait appelé à prendre sur lui le fardeau de la dépense nécessaire pour l'établissement des cours projetés. Une cotisation annuelle, proportionnée au nombre des chefs d'industrie répandus dans les divers arrondissemens, et en rapport avec le nombre présumé des élèves, servirait à former autant de fonds distincts qu'il y aurait de cours à créer, et permettrait de réaliser une pensée éminemment morale et civilisatrice, qui ferait le plus grand honneur au commerce parisien.

Pour que le cotisable ne restât point étranger à

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l'emploi de sa contribution, il lui serait remis, par l'autorité municipale ou par le comité qui serait chargé de l'administration de chaque école commerciale, un certain nombre de cartes sans lesquelles personne ne serait admissible dans le local destiné aux cours. A l'aide de cette mesure, le commerçant aurait la certitude que le sacrifice qu'il s'imposerait profiterait à ses employés, et ceux-ci lui en sauraient d'autant plus de gré. On examinerait s'il ne serait pas convenable de graduer la quotité des taxes en raison directe du nombre d'employés que chaque commerçant aurait à envoyer aux cours.

Le programme de l'enseignement comprendrait la grammaire, le calcul, la géographie, l'histoire, des notions abrégées d'économie politique et des leçons élémentaires de législation commerciale. Les professeurs de ces cours pourraient être choisis parmi les aggrégés de l'université, qui comptent, comme on sait, des sujets distingués et impatiens de faire preuve, dans des chaires publiques, de leurs connaissances et de leurs talens. Un cours de chant, organisé d'après la méthode de M. Wilhem , viendrait tempérer la gravité des autres cours et donnerait le moyen d'offrir tour-à-tour à la jeunesse vouée aux opérations du commerce, des travaux

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