DANS LES ÉTABLISSEMENS QUI LES EMPLOIENT
ture à répondre à toutes les objections que l'on pourrait faire contre l'adoption de la mesure proposée, et qui seraient tirées de la gêne à laquelle les apprentis seraient assujettis par leur nouvelle façon de vivre.
Au surplus , les entrepreneurs seraient juges de l'opportunité de l'application de la mesure ; ils laisseraient sans difficulté aux ouvriers économes et réglés, leurs enfans , parce qu'ils n'auraient aucun sujet de crainte à l'égard des mœurs de ces derniers; mais ceux qui, d'après leurs informations, appartiendraient à des parens livrés à des habitudes vicieuses ? ne seraient reçus dans les ateliers que sous la condition expresse d'y fixer leur demeure, et d'y vivre d'une manière conforme aux règles que les entrepreneurs auraient établies.
L'adoption d'un usage semblable aurait sans doute pour résultat de mettre fin au trafic odieux dont les enfans de la classe pauvre sont victimes dans certaines contrées , et en particulier dans l'Alsace. Ce trafic , qu'on ne peut attribuer qu'à des hommes cupides et vils , consiste à réunir des enfans en troupes, je devrais dire en troupeaux, et à les faire travailler dans des fabriques , à tout prix et à toute condition. Ces jeunes malheureux sont de véritables serfs; ils sont nourris et soignés tout juste ii. i5
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comme des bêtes de somme , et l'excédant de leur salaire profite aux trafiquans indignes qui exploitent leur faible industrie.
Une autre opinion s'est déclarée en faveur du travail en famille, afin de soustraire les apprentis aux habitudes du compagnonage, dans les métiers où le vice de l'ivrognerie domine. Cette forme de travail est incontestablement la meilleure , sous le rapport des mœurs, quand les parens mènent une conduite honnête ; mais il faut qu'ils prêchent d'exemple.
Quelques personnes ont demandé que l'on prît des mesures pour prévenir l'oisiveté absolue du dimanche, et celle de tous les autres jours de chômage, à l'aide d'occupations instructives qui tourneraient à l'avantage des mœurs, et augmenteraient, par suite, l'aisance des familles.
L'idée est excellente en elle-même. L'embarras serait de la réaliser.
Avant i83o, une association religieuse, dite de Saint- Joseph, avait entrepris de veiller à la conservation des mœurs des classes ouvrières , à Paris , et sa sollicitude s'étendait, tout à-la-fois, aux enfans et aux adultes ; elle élevait gratuitement les enfans, les plaçait en apprentissage , entretenait des classes d'adultes? et ne s'occupait pas moins d'égayer les
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loisirs de ces derniers que de les instruire dans toutes les saisons. Les ouvriers affiliés à l'association étaient reçus à la fin de leur journée par des frères de la doctrine chrétienne, dans de grands bâtimens (i) auxquels était contigu un vaste jardin. Les amusemens qui leur étaient offerts variaient suivant les saisons, et se terminaient ordinairement par une instruction morale et religieuse adaptée à leur condition et à leurs besoins. Non-seulement ils y trouvaient des moyens d'instruction et de délassement, mais on y avait même établi un restaurant, afin de les mieux captiver.
Cette association non autorisée par ordonnance royale, mais tolérée et même subventionnée soit par la charité publique , soit par les largesses de l'ancienne liste civile , a cessé d'exister sinon entièrement, du moins dans quelques-unes de ses parties. Le directeur de l'association est resté à la tête d'une maison d'éducation de trois cent cinquante enfans appartenant aux classes les plus pauvres de la population ; les fonds lui ayant manqué pour continuer aux ouvriers adultes les bienfaits de son œuvre, il s'est vu obligé de dissoudre l'association.
J'ai recherché et je crois connaître les causes qui
(1) Les bâtimens des anciens Bernardins.
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ont amené cette dissolution. Elles sont très délicates, et quoique le but de cette association me paraisse de la plus haute importance pour la moralité publique, je n'hésite pas à convenir qu'ayant été créée sous les auspices d'un prince de la dynastie déchue, elle devait subir sous la dynastie nouvelle des modifications capables de lever tous les doutes et de dissiper toutes les craintes, que son origine ou plutôt la protection signalée et les faveurs dont elle avait été l'objet, pouvaient faire naître.
Jusqu'ici aucune mesure n'a été prise pour remplacer l'association détruite. Je me trompe, on a essayé de substituer à son action une action qui sans avoir la même portée , n'est ni moins morale ni moins efficace : je veux parler de l'influence des cours établis par l'administration municipale et ouverts le soir dans quelques quartiers de Paris , aux adultes des classes laborieuses. Toutefois , ces cours où l'on a mêlé habilement l'agréable à l'utile, au moj en delacombinaisondel'instruction avec le chant, n'offrent pas un lieu de plaisance comme l'établissement qui avait été créé par l'association dont nous parlons. Il serait donc utile de rouvrir cet asile sous un autre nom, sous d'autres auspices, avec une organisation différente, et d'en établir d'autres semblables dans les quartiers les plus populeux de Paris.
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Cette institution (1) serait digne par l'importance de son but moral de prendre rang parmi les nombreux établissemens scolaires et de prévoyances, dont les classes laborieuses sont redevables à la munificence et à la sagesse éclairée de l'administration municipale de Paris. L'été comme l'hiver, elle assurerait une retraite agréable et honnête à cette masse d'ouvriers, dont le désœuvrement durant les jours de fête et de chômage, est l'occasion de tant de dépenses superflues, de désordres et de rixes; ils y trouveraient des personnes éclairées et bienveillantes qui les assisteraient de leurs conseils , en attendant qu'ils pussent reprendre le cours de leurs travaux. L'établissement fondé dans les bâtimens des Bernardins réunissait près de quatre mille ouvriers qui, au milieu des jeux les plus bruyans conservaient une décence parfaite. 11 est vrai, que les frères, qui surveillaient les jeux, y prenaient part eux-mêmes ou veillaient à les rendre réguliers autant que possible. On m'a cité des ouvriers , membres de cette association qui ont quitté Paris avec deux mille francs d'économie.
L'administration municipale, en prenant en main la haute direction de ces établissemens , pourrait les
(i) A Bordeaux, M. l'abbé Dupuch, maintenant évèquede l'Algérie, a créé un établissement semblable qui a complètement réussi.
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soumettre à une inspection et à un contrôle qui ôterait tout prétexte à la crainte et même au soupçon.
Le premier changement à faire à l'ancienne organisation serait d'en écarter tout vestige de congrégation, c'est-à-dire, tout engagement secret et tout esprit de corps. La régie des établissent ens, l'administration des fonds, la nomination des préposés laïques, en un mot toute la partie matérielle et administrative, appartiendrait à l'autorité civile, qui connaîtrait aussi des réglemens intérieurs, propres à chaque maison.
En déférant ainsi à l'autorité municipale la direction suprême des établissemens, et en réduisant le clergé à son seul ministère et à une surveillance purement morale, je n'aperçois pas quels seraient les inconvéniens qui pourraient résulter de leur réorganisation. D'ailleurs, pourquoi ne pas placer l'institution, dans sa nouvelle forme, sous la protection particulière de l'un des princes de la dynastie fondée par le vœu national ? Le patronage de cette institution toute populaire serait en parfait accord avec l'origine populaire de la dynastie elle-même.
Il serait, du reste, important de déterminer d'une manière précise l'objet des établissemens projetés, en spécifiant dans les actes d'autorisation que ce seraient des lieux de plaisance , des asiles pour les
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classes ouvrières , mais que l'entrée dans ces asiles ne donnerait droit à aucun secours, ni pendant les jours de chômage accidentel, ni encore moins pendant la durée des chômages périodiques et prolongés. Bien loin de distribuer des secours dans ces dernier cas, je pense, qu'il serait convenable au contraire, que les frères de la doctrine chrétienne qui desserviraient ce& établissemens , usassent de leiir influence pour hâter le départ des ouvriers non domiciliés à Paris, afin d'éloigner de cette ville une classe nombreuse de travailleurs inoccupés , dont la situation difficile ne pourrait qu'empirer et devenir embarrassante pour l'administration.
Il ne suffit pas de procurer des moyens de travailaux nécessiteux , il faut s'emparer aussi de leurs loisirs pour les égayer par des amusemens qui ne soient dommageables ni à la morale publique ni à leurs propres mœurs: c'est ainsi qu'on prévient la corruption et le crime. La puissance publique , depuis l'affaiblissement du principe religieux, a trop négligé l'emploi des moyens préventifs. Nos pères étaient plus clairvoyans et plus sages que nous ; ils se défiaient d'eux-mêmes, de leurs passions, et cherchaient un appui et un frein à leurs désirs dans des exercices religieux trop multipliés peut-être, mais qui purifiaient leur âme et la tenait constamment