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iront l'engager pour payer une dette criarde, ou pour satisfaire leurs passions. Les juifs font de fréquentes opérations usuraires avec cette classe d'étudians; ils leur vendent des bijoux sur leurs billets, à un très haut prix; et dès que les acheteurs en sont nantis, ils s'empressent de prendre le chemin du Mont-de-Piété, afin d'y contracter un emprunt.
Outre ces moyens de crédit, ils cherchent un palliatif momentané à leurs désordres dans le détournement de fonds destinés par leurs parens au paiement de leurs inscriptions. De là des suppositions de maladies et de dépenses extraordinaires, telles que achats de livres, etc., suppositions qui, étant répétées aussi souvent que les embarras eux-mêmes se reproduisent, finissent par exciter les soupçons du père, et le décident quelquefois à se rendre auprès de son fils pour vérifier les faits. Quand ces voyages foudroyans sont annoncés, celui qui en est la cause, rarement innocente, s'arrange pour obtenir de ses camarades, ou des gens de la maison qu'il habite, des témoignages de complaisance, qui attestent la réalité des maladies supposées. Il loue, peu de jours avant l'arrivée de son père, une certaine quantité de livres qu'il met en évidence dans sa chambre, et qu'il dit avoir achetés, lorsqu'il est question de justifier les prétendues dépenses ex-
traordinaires par lui alléguées. Enfin il parvient à colorer les choses, de manière que les soupçons du père se calment, et que ce dernier, fasciné d'ailleurs par la vue et les caresses de son fils, repart, sinon complètement édifié sur sa conduite, au moins satisfait jusqu'à un certain point des explications qu'il lui avait adressées originairement dans ses lettres et à la véracité desquelles il avait tout d'abord refusé de croire.
Les écarts auxquels se livrent certains étudians ne se terminent pas tous d'une manière aussi heureuse. Il en est qui, après avoir lassé la patience de leurs parens et épuisé les sacrifices dont ils étaient capables, sont abandonnés à eux-mêmes sans secours d'aucun genre; sommés de rentrer dans la maison paternelle pour tenter une autre carrière , ceux qui sont ainsi destitués de toute ressource, et qui ne renoncent pas à l'espoir de reconquérir l'affection et l'assistance de leur famille, n'ont d'appui, pendant qu'ils travaillent à obtenir leur pardon , que dans l'amitié de leurs camarades, mais cette amitié ne leur manque presque jamais , et elle se manifeste par des services journaliers. Us sont nourris et hébergés tour-à-tour par leurs amis qui les admettent même à partager leurs plaisirs, afin de leur rendre plus supportable l'amertume de leur position.
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Les étudians de première année, étrangers à la ■ville de Paris, sont les plus enclins à la dépense et au désordre, et cela se conçoit aisément. Passant de la vie de famille, dont les habitudes sont douces, mais graves, à une vie libre et indépendante, tout les convie au plaisir : l'inexpérience, l'exemple et le défaut de toute surveillance. La pente du plaisir est en effet glissante. Il n'y a pas loin de l'usage à l'excès, pour les élèves commençons, surtout quand ils ne sont pas prémunis contre certaines séductions, contre certains pièges. Parmi les étudians, comme dans toutes les agglomérations de jeunes gens ayant les mêmes habitudes et travaillant à atteindre le même but ou scientifique ou industriel , il est des individus qui affectent des allures et un train de vie à part. Soit jactance, soit vice de caractère, soit fougue immodérée des sens, ces individus se plaisent à fronder tout ce qui est, depuis les lois de l'école ou de l'industrie à laquelle ils appartiennent, jusqu'aux lois les plus simples et les plus respectées de la société. Querelleurs, ennemis du travail, épris de la vie de café, ne goûtant de plaisir que dans le cynisme, ils se font un déplorable honneur de propager leurs idées, leurs habitudes et leurs goûts. Ils attirent à eux les étudians novices pour les initier à leurs pernicieuses doctrines et à leurs honteux dés-
ordres. Du moment qu'ils sont parvenus à se rendre maîtres de leur esprit, ils les excitent à des dépenses folles qui les détournent de leurs études, en corrompant les penchans honnêtes qu'ils avaient apportés de la maison paternelle, et ils trouvent de la sorte le moyen de défrayer leurs propres vices avec une partie de ces dépenses. Ainsi, non contens de multiplier les disciples de leur dépravation, ils cèdent au besoin d'en faire des dupes, joignant à l'odieux métier de corrupteur le rôle méprisé de parasite.
Ce sont ces mêmes individus qui ont introduit l'ivresse et l'orgie parmi leurs camarades, qui insultent à la pudeur publique par des démonstrations et des actes obscènes, qu'on ne tolérerait pas dans de mauvais lieux ; qui se plaisent, en un mot, à troubler la paix de la cité, par des vociférations révoltantes et une licence sans bornes. Le petit nombre d'étudians qui se lance dans ce tourbillon, met tout en oubli: travail, devoirs, avenir et jusqu'à sa propre dignité ; heureux, lorsqu'il s'arrête à temps dans cette voie d'immoralité et de ruine. La masse des étudians réprouve de tels excès, et il faut dire à sa louange, que les jeunes éventés ou les hommes corrompus qui s'en rendent coupables, n'auraient garde d'en tirer vanité en sa présence.
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C'est à cette faible minorité qu'appartiennent les étudians amenés devant la justice, pour des larcins qu'ils ont commis dans des momens de détresse, au préjudice des restaurans ou des cafés, habituellement fréquentés par cette classe de la jeunesse, et souvent même au préjudice de leurs camarades. — Plusieurs ont été poursuivis et condamnés pour des faux. Il est triste d'avoir à révéler de tels égaremens; mais de quoi le désordre n'est-il pas capable? quelle affliction, quel deuil pour les familles frappées d'un coup si inattendu! quelle censure plus puissante du dérèglement des mœurs et de la violation des lois de la morale !
Dans tous les rangs de la jeunesse, l'effervescence de l'âge, les premiers essais de la force virile, poussent presque toujours l'homme au-delà des bornes de la sagesse. C'est un tribut que tous paient ou ont payé aux exigences des passions ; mais ces faiblesses auxquelles on n'oserait pas ne pas compatir , alors même qu'elles méritent le blâme , sont exemptes de désordre extérieur; ceux à qui on peut les reprocher recherchent l'obscurité et le mystère, et en tout cas , ils se cachent assez pour ne pas alarmer l'honnêteté publique. Ces dernières réflexions, nous ont paru nécessaires, pour montrer que nous n'avons eu ni la prétention ni même la pensée de nous
ériger en censeur des mœurs d'une classe que nous aimons et à laquelle nous tenons à honneur d'avoir appartenu. Les désordres que nous venons de signaler sont loin d'avoir été exagérés par nous; il faut qu'ils soient bien graves, puisqu'ils entraînent à des actes criminels, plusieurs de ceux qui les commettent.
Les commis marchands sont unis entre eux comme les étudians, mais cette union est moins intime, parce que le sentiment de confraternité qui les lie, a moins occasion de s'exercer. En effet, le commis marchand surtout le commis détaillant, ayant peu de loisir, n'a guère le temps de cultiver ces relations amicales qui chez l'étudiant sont, pour ainsi dire , cimentées par l'étude, autant que par le plaisir.
Quoi qu'il en soit, les commis marchands se prêtent un appui mutuel dans toutes les circonstances difficiles où ils se trouvent; ils aident les uns et les autres à leur placement. Ils subviennent à leurs besoins dans certains cas par des prêts d'argent, et ces secours deviennent des souscriptions, quand ils sont nécessaires à ces commis alertes , intelligens, d'un caractère facile et bienveillant, connus et aimés de tous , qu'une infirmité grave a obligé de renoncer au commerce ou qui ont éprouvé une perte d'argent, qui serait pour eux irréparable. La bienveil-
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lance universelle se porte même sur la famille de ces bons camarades, lorsqu'ils en étaient les seuls soutiens, et que la mort en les frappant, laisse leurs vieux parens sans support et dénués de toute ressource. Pourquoi faut-il qu'à côté de traits si honorables, nous ayons à révéler des faits qui viennent en affaiblir l'intérêt? hélas! cette révélation si pénible qu'elle soit, ne saurait altérer l'estime due aux bons sentimens de la classe que nous examinons; elle prouve seulement qu'il y a des vices et des souillures dans cette classe, comme dans tous les autres rangs de la société.
Les commis marchands appartiennent en général à des familles peu aisées. Les premières années de l'apprentissage sont rudes. Les commis les moins rétribués gagnent 3oo francs par an , ils sont en outre logés et nourris par le commerçant qui les emploie. Ces derniers avantages sont acquis également aux autres commis dont les appointemens s'élèvent par degrés jusqu'à 3,ooo francs. La mise propre et soignée de ces commis , l'habitude qu'ils ont de fréquenter les cafés, et leur goût, soit pour les spectacles, soit pour les bals publics, éveillent de bonne heure les passions de ceux qui font partie de la dernière classe et dont le traitement suffit à peine à leur entretien. Ces excitations ne sont pas toujours réprii. 9
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mées par le bon sens ou par ce sentiment calme d'impuissance qui amène d'ordinaire la résignation. Quand le jeune commis est livré à lui-même , que son courage n'est pas soutenu par les paroles affectueuses et sages de sa famille, lorsque enfin la passion est la plus forte chez lui, il se laisse aller à dérober quelques faibles articles de marchandises pour se procurer de l'argent, enhardi qu'il est par l'espoir d'échapper au soupçon 7 espoir qui se réalise, du reste , plus souvent qu'il n'est trompé, surtout dans les grandes maisons de commerce. C'est ainsi que ces jeunes gens entraînés par la fougue et l'inexpérience de leur âge, parviennent à se ménager quelques-uns des plaisirs goûtés par les autres commis. Mais leur indiscrétion et leurs vanteries à propos de ces plaisirs font jaser leurs camarades. Les caquets de ceux-ci arrivent aux oreilles du commerçant, qui cherchant à connaître la source de semblables dépenses, ne tarde pas à s'apercevoir qu'elles dérivent du vol, et congédie le malheureux commis.
Non-seulement les jeunes gens qui débutent dans le commerce ne savent pas se borner à des dépenses en rapport avec leur modeste traitement, mais les commis les mieux appointés , et qui auraient le moins de raison d'excéder leurs ressources sont enclins à les dépasser. Le goût de la toilette, l'amour
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des femmes et du plaisir, les jette dans des dépenses auxquelles ils ne peuvent suffire, et les plus déréglés recourent assez souvent au vol pour satisfaire leurs passions. Dans le commerce de nouveautés, il n'est pas rare que des femmes galantes ou des soubrettes agréables spéculent sur une intrigue amoureuse qu'elles nouent avec un commis qui leur plaît et dont elles se promettent de tirer parti pour renouveler sans frais leurs ajustemens. Ces liaisons qui peuvent ne cacher aucune arrière-pensée coupable de la part des femmes qui les font naître, ne laissent pas de produire chez leurs amans une fermentation de vanité ayant quelquefois pour effet de les exciter au vol, impuissans qu'ils sont de satisfaire par eux-mêmes à la coquetterie de leurs maîtresses; ces liaisons et ces vols s'accomplissent dans les grandes maisons de commerce beaucoup plus souvent qu'ailleurs, parce que la surveillance, quelque sévère qu'elle soit , n'y est jamais aussi continue que dans les maisons d'une importance secondaire.
En pareilles circonstances et dans d'autres où leur défiance est sérieusement excitée, les chefs de commerce qui sont sans cesse préoccupés de la crainte d'être victimes de quelques soustractions, n'attendent pas que le soupçon dont un de leurs commis
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est l'objet, soit légitimé par des indices répétés, pour l'éloigner de leur établissement; du moment que ce soupçon repose sur quelque vraisemblance, ils rompent immédiatement avec leur commis et le congédient sans explication.
Les renseignemens que nous avons recueillis sur les habitudes des commis marchands nous ont appris que parmi ceux d'entre eux qui vivent dans le désordre, on remarque les mêmes excès que nous avons signalés chez les étudians. Le cynisme et l'orgie se mêlent à leurs plaisirs. Dans les bals publics, ils sont les promoteurs ou les complices des actes les plus licencieux, surtout quant la foule peut les dérober à la surveillance des préposés de la police.