‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 223 sur 337 · DOCTRINES PROPOSÉES · texte numérisé non relu

DOCTRINES PROPOSÉES

duite, afin de les sortir peu-à-peu de l'état d'abjection où elles sont plongées.

Les autres, au contraire, jugeraient funeste à la morale publique, toute institution de bienfaisance, qui tendrait à diminuer l'ignominie attachée dans l'opinion générale au métier de prostituée, toute coutume qui aurait pour effet d'adoucir physiquement le sort de celle-ci et de la relever jusqu'à un certain point à ses propres yeux et aux yeux du public, de la juste déchéance prononcée contre elle par le sentiment universel. Ils craindraient que, de l'état de prostituée, elle ne passât à l'état de courtisanne, que le bien-être dont elle jouirait et les talens d'agrément qu'elle aurait pu acquérir ne la rendissent l'objet de trop d'égards, de trop d'empressemens , et que sa demeure ne devînt un lieu de réunion attrayant pour les hommes, au préjudice des liens de famille et des mœurs.

Cette dernière tendance parait être celle de la préfecture de polioe, et quelque rigoureuse qu'elle soit, à mon sens, je déclare, que je respecte profondément les motifs qui lui servent de base. On aime à rencontrer un but moral sur le chemin de l'autorité, surtout lorsqu'il s'agit de mesures de polioe.

En retraçant les mœurs et les habitudes des filles publiques, nous avons fait connaître que plusieurs

POUR COaiRA.TTRE LA. PROSTITUTION. îSl

d'entreelles^appartenantà la classe des filles isolées, vivaient avec une sorte de retenue au sein du désordre; qu'elles s'efforçaient d'amasser un petit capital et qu'ensuite elles se livraient à une industrie honnête qui les conduisait souventàse marier. Sans rechercher si cette détermination a pour mobile la cupidité ou le désir de secouer le joug honteux de La prostitution, toujours est-il qu'on peut la regarder comme méritoire par ses effets, puisqu'elle tend à rendre à la vie régulière de la société une femme qui l'avait quittée pour s'adonner au vice le plus méprisable. Or, pourquoi n'encouragerait on pas de tels exemples dans toutes les classes de prostituées? n'offrentils pas un progrès naioral incontestable, et n'amènentils pas quelquefois des métamorphoses complètes?

Il y a dans le vice des nuances et des degrés qu'on ne saurait méconnaître sans préjudice pour les mœurs publiques. Le concubinage, comparé à la prostitution, n'est-il pas une amélioration sensible ? pourtant le concubinage est un état qu'on n'oserait avouer et dont l'essence est vicieuse. Dans les vieilles civilisations , l'homme d'état et le philanthrope doivent tenir compte de ces considérations, em s'occupant de corriger le vice chacun suivant la mesure de ses facultés» C'est ainsi qu'à Paris, dans les quartiers habités par la classe pauvre , les bureaux de

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