‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 242 sur 337 · PREUVES · texte numérisé non relu

PREUVES

(.luire, épiera toutes les occasions de le noircir; il dénoncera au public ses méfaits passés et l'emprisonnement qu'il a subi pour les expier. Il le peindra comme un homme prenant les dehors de l'honnêteté pour mieux tromper les gens de bien; en un mot, il essaiera de soulever contre lui, s'il le peut, le mépris et la défiance du chef d'atelier qui l'emploie, de ses compagnons de travail, des personnes qui habitent la même maison que lui, de telle sorte que honni et repoussé de toutes parts , il soit contraint, pour fournir à sa subsistance et à celle de sa famille, de se jeter de nouveau, malgré les meilleures intentions , dans la carrière du crime.

Il n'est pas jusqu'au prévenu relaxé qui ne soit exposé dans le monde, par suite de sa détention, à des incidens fâcheux et à des traverses résultant des confidences indiscrètes ou malveillantes d'un codétenu libéré de sa peine.

L'idée de séparer les enfans des hommes faits, dans la distribution des prisonniers, est une des améliorations les plus importantes qui aient été introduites par la nouvelle théorie des prisons.Chacun sent ce qu'il y avait d'imprévoyance et d'immoralité dans le vieux système de la réunion de tous les âges, qu'on a pris enfin le parti d'abandonner, notamment à Paris,

où le mal était le plus désastreux.

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274 jeunes détenus;

Malgré la supériorité incontestable du nouvel ordre de choses, l'état de promiscuité existant parmi les jeunes détenus est une cause active et permanente de licence et de dépravation ; non que cette licence ait pour objet de porter ouvertement atteinte aux lois disciplinaires de la maison de réforme où ils sont enfermés , mais parce qu'elle a pour effet de corrompre les mœurs et d'exciter à la paresse. Le passage de l'ancien mode de détention au nouveau est donc un progrès; mais ce progrès, il ne faut pas se le dissimuler, est encore loin du but que doit se proposer la réforme.

Le rapprochement des jeunes détenus dans les cours paralyse l'influence salutaire du travail, des instructions et de la discipline. On travaille , on écoute les exhortations bien veill antes et morales du directeur, de l'aumônier, de l'instituteur ; mais pendant les récréations, les communications des enfans n'étant restraintes par aucune entrave, les plus pervers inoculent leurs mauvais principes à ceux qui le sont le moins. C'est ainsi que le foyer de la corruption est entretenu perpétuellement , même parmi des êtres faibles, dont plusieurs sont à peine sortis de la première enfance. Cette corruption est telle , chez quelques-uns, qu'ils pourraient le disputer aux condamnés les plus cyniques et les plus éhontés. Sans

ItfCOTVVÉNIElVS DE LA VIE COMMUNE. 1^5

vouloir, je le répète, établir la moindre comparaison entre le système disciplinaire d'autrefois et celui qui est en vigueur aujourd'hui, je tiens à constater que nos maisons actuelles de réforme pèchent par la même cause que les lieux anciens de détention, et cette cause est la vie commune des détenus. Elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle agit, sur ces derniers , au-dehors comme au-dedans de l'établissement pénal.

L'influence , hors de la maison de discipline, des rapports créés entre les détenus parla vie commune, amène de fréquentes rechutes et tend à miner sans cesse la moralité des enfans du peuple, qui jouissent, comme on sait, d'une liberté si préjudiciable à euxmêmes , à leurs parens , et à la société tout entière. Le jeune libéré, que le séjour du pénitencier n'a point corrigé , recherche des compagnons de paresse et de désordre, non moins que le libéré adulte, c'est un frai vicié et contagieux qui grossit insensiblement dans toutes les grandes villes , et qui tend à multiplier la population des malfaiteurs , sans autre impulsion que celle de ses propres vices.

L'exacte conformité qui existe sous ce rapport entre les deux classes de libérés que nous venons de peindre, nous a déterminés à les étudier du même point de vue et à faire servir, autant que

2j6 CONDITION -MATÉRIELLE DES CLASSES NÉCESSITEUSES,

possible, à l'une et à l'autre, les moyens de correction et d'amendement que nous aurons l'occasion de proposer bientôt, en examinant les divers systèmes répressifs et pénitentiaires appliqués ou projetés, soit à l'étranger, soit en France.

Qu'il nous soit permis avant de commencer cet examen , de nous arrêter quelques momens sur un fait d'économie sociale, qui, à notre gré, devraitdominer la discipline de toutes les maisons de détention , et qui, pourtant, n'a pas été peséj usqu'ici par l'administration. Je veux parler delà condition matérielle des classes nécessiteuses comparée à celledes malfaiteurs.

Quiconque a vu le pauvre dans sa demeure, et le malfaiteur dans le lieu de sa captivité, ne saurait nier que le bien-être matériel du coupable ne l'emporte de beaucoup sur celui de l'honnête indigent. Cela est principalement vrai dans les maisons centrales et même dans les bagnes, où le détenu trouve, dépendamment de la propreté et de la salubrité, des avantages domestiques dont le pauvre ne jouit pas toujours, et dont la possession certaine serait pour lui le terme de ses souhaits. Ainsi le réclusionnaire couche seul dans un bon lit, tandis que l'indigent, quand il possède un lit complet, est obligé le plus souvent, s'il est père de famille, de le partager avec sa femme et ses enfans, à moins qu'il ne

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