APPROPRIÉE AU RÉGIME DE LA SÉPARATION
que le calcul ne soit pas compris parmi les matières enseignées suivant la nouvelle méthode, on ne doute pas qu'elle ne puisse s'appliquer à cette partie de l'instruction élémentaire. Du reste, M. Du Villars, son auteur, se propose d'en expliquer les régies et les procédés dans un traité qu'il rendra public.
L'instruction morale et religieuse peut s'adresser dans le système de la réclusion séparée à un certain nombre de jeunes détenus répandus sur un espace déterminé, tel qu'un corridor, par exemple, ou à chaque individu isolément. Si l'exhortation est individuelle, le ministre de la religion n'est astreint à aucune préparation. Il converse de cœur avec l'enfant dont la direction morale lui est confiée, et dans ces courts momens, tout peut agir avec force sur l'esprit du détenu : un mot, un regard, un serrement de main. Si, au contraire, il est question d'instruire collectivement le petit troupeau enfermé dans les cellules, le prêtre doit employer la prédication, mais une prédication sans apprêt, simple, tendre, nourrie de vérités morales et religieuses. C'est alors qu'il peut parler avec à propos et avec fruit de la sainteté du devoir, de l'utilité du travail , de l'excellence de l'esprit d'ordre. C'est pour avoir ignoré le prix de ces vertus, ou pour n'en avoir pas tenu
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compte, que ses jeunes auditeurs ont été conduits d'égaremens en égaremens dans ce lieu d'expiation et de réforme, où ils sont appelés à recommencer une vie nouvelle qui les rende digne de rentrer dans la société et de gagner son estime. Ce langage, relevé par des sentimens religieux, et tenu à des enfans réunis, sans se connaître, dans une même infortune, produirait sur eux une vive impression.
Je n'ai parlé que d'un prêtre, parce que j'avais en vue principalement l'aumônier de la maison, mais il est sensible qu'un seul prêtre, de quelque zèle qu'il fût d'ailleurs animé, serait au-dessous de la mission de réforme qui lui aurait été confiée, s'il ne trouvait un appui suffisant dans le concours de prêtres externes appelés à partager le fardeau de son pénible ministère. En revenant donc au pénitencier que je me suis proposé pour sujet d'étude et qui comprend six divisions, il serait nécessaire, afin de donner un développement large et complet à l'instruction morale et religieuse, d'adjoindre à l'aumônier au moins deux ecclésiastiques délégués par M. l'archevêque , lesquels ne seraient point soumis au premier, quant à l'exercice de leurs fonctions, mais à l'autorité supérieure qui les aurait commis et à celle du directeur de la maison. L'aumônier demeurerait, en tous cas, chargé de l'administration des sacremens et de la
direction religieuse , soit des malades , soit des enfans mis au cachot. J'expose ces vues avec d'autant plus de confiance, qu'elles paraissent être celles de l'administration elle-même.
On s'est demandé si les enfans devraient assister à la messe le dimanche, dans la chapelle de l'établissement , ou si l'on se contenterait de leur lire la messe dans chaque corridor, en exigeant d'eux qu'ils l'entendissent à genoux. Cette question n'est pas sans importance , si l'on considère l'influence que sa solution peut exercer sur le sort du système de l'isolement.
La célébration de la messe étant le sisjne distinctif de la religion catholique , il est tout simple que l'administration prenne en considération cette partie essentielle du service divin , en construisant de nouvelles maisons de force selon le principe de l'emprisonnement séparé. Rien ne l'empêche, en effet, d'ajuster ses constructions de manière à satisfaire aux exigences du culte catholique à cet égard, puisqu'elle est libre de donner à ses plans telle ou telle direction , telle ou telle forme. Mais cette liberté cesse du moment que l'administration est commandée par la distribution intérieure d'une maison déjà existante et de nature à servir en son entier à l'application du principe dont il s'agit. Le
pénitencier des jeunes détenus , à Paris, est dans ce cas : il renferme, nous l'avons dit, une grande quantité de cellules qu'on peut augmenter encore , et il est desservi par une chapelle qui a été fréquentée par les enfans tout le temps qu'ils ont vécu en communauté , et où se rendent encore à présent ceux qui ne sont pas assujettis entièrement au régime claustral. Toutefois, on sent que ce régime serait enfreint périodiquement, si par égard pour des considérations religieuses plus orthodoxes qu'utiles, on réunissait tous les dimanches dans la chapelle, afin de leur faire entendre la messe, les enfans complètement isolés.
La difficulté de concilier les formes extérieures du culte avec l'unité du principe de la séparation cellulaire, s'est présentée dans les pays protestans, avant de se montrer dans les pays catholiques. En Angleterre, on a eu l'idée ingénieuse de construire des chapelles cellulaires où les détenus verraient le ministre sans qu'il leur fût possible de se voir entre eux, et afin que le passage de la cellule d'habitation à la chapelle, pût s'exécuter sans dommage pour la discipline, on a proposé de couvrir la tête de chaque détenu d'un capuchon (i); à l'aide de ce déguisement? le cellulage me paraîtrait inutile à la cha-
(i) Rapport de M. Moreaii-Christophe, déjà cité p. 77.
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pelle. Des eompartimens suffiraient ainsi que l'a imaginé le lieutenant John Sibly , gouverneur de la maison de correction de Brixton (i).S 'il fallait donc, par un motif de pure forme religieuse , réunir les détenus à la chapelle , le dimanche , ce qui serait plus fertile en inconvéniens qu'en avantages, j'inclinerais pour une chapelle à eompartimens, attendu qu'elle serait moins coûteuse qu'une chapelle cellulaire, et pour l'usage rigoureux du capuchon.
Mais, pourquoi adopter un semblable parti, chez nous, lorsque la position du détenu cellule réclame une exception et que cette exception est justifiée par les pratiques de l'église catholique elle-même dans des cas analogues. En effet, ne sait-on pas, que les malades , les infirmes et en général tous ceux qui par suite d'une cause indépendante de leur volonté, sont dans l'impossibilité physique de participer aux cérémonies du culte, ont la faculté d'accomplir leurs devoirs religieux par la lecture qu'on leur fait ou qu'ils font eux-mêmes delà messe. Or, les individus composant la classe dangereuse et détenus pour leurs méfaits , à titre de peine , ne sont-ils pas de véritables malades. La similitude n'est-elle pas exacte surtout à l'égard des enfans du pauvre qni débutent
(i) Rapport de M. Moreau-Cbristophe, déjà cité, p. 76.
dans la carrière du vice et qui, en raison de leur inexpérience, de l'état misérable de leurs familles et des mauvais exemples de ceux qui les entourent, sont dignes de tant de pitié.
Le clergé catholique assumerait sur lui une grave responsabilité morale, s'il venait à contrarier les essais de la réclusion séparée , par la seule raison que ce système serait incompatible avec les cérémonies du culte. Le but qu'il doit se proposer dans les prisons n'est pas d'y former des hommes religieux, mais des hommes qui à la fin de leur captivité, puissent, prendre place sans effort dans les rangs de la société qu'ils ont offensée et dont ils ont méconnu les droits. S'il a le désir, et ce doit être son vœu le plus cher, d'affermir le criminel dans la voie du bien où il l'aura conduit comme par la main, il ne faut pas lui rendre cette voie difficile à tenir , tout au contraire il importe de le familiariser avec la pensée que les devoirs de la vie sociale sont très simples; que sans faire du bien à son semblable, on peut être irréprochable, pourvu qu'on ne lui fasse pas de mal. Travailler pour gagner sa vie , ne pas nuire à autrui, lui rendre service s'il est possible : voilà ce qu'on est en droit d'attendre de chaque détenu. Quelle excuse aura-t-il pour se mal conduire hors de la prison, du moment qu'on ne lui aura recommandé autre chose
que Fexercice de vertus négatives; car le travail, quoique placé au rang des vertus, est plus encore une nécessité impérieuse de la vie humaine , un de ses ressorts organiques et fondamentaux, qu'une véritable vertu : il est indispensable de travailler, comme il est indispensable de respirer pour vivre. C'est surtout à des enfans que leurs vices plutôt que leurs méfaits ont conduits dans une maison de correction, qu'il est convenable de rendre facile la pratique des devoirs sociaux. Les exhortations morales que nous conseillons u'excluent pas, tant s'en faut, l'invocation de la protection divine. Cette invocation serait d'autant plus puissante sur l'esprit de l'enfant qu'on lui peindrait l'action de la divinité sous des couleurs plus aimables et telles qu'elles doivent appartenir à l'influence de l'être souverainement bon et indulgent. Nous concevons que le clergé ait à cœur de propager les idées et les habitudes religieuses parmi les classes honnêtes de la population. A l'égard des condamnés, il est nécessaire avant tout, pour ne pas jeter des paroles au vent, de cultiver en eux le sens moral, parce qu'il est perverti, et que dans notre société, bonne ou mauvaise, le langage qu'on parle communément en tous lieux est celui de la morale, le seul que tout homme qui prétend à l'estime soit inexcusable