INSTRUCTION PRIMAIRE
porter l'application du principe, et voilà que dès le début, nous apportons la preuve du contraire, en établissant par des réclusions plus ou moins prolongées, et dont une a duré jusqu'à dix mois, que ce principe n'est pas moins applicable aux enfans qu'aux adultes.
Les explications étendues que nous avons données, dans le chapitre précédent, sur ce qui concerne l'instruction primaire, l'instruction morale et religieuse , et l'apprentissage d'un métier , considérés dans leurs rapports avec le régime de la séparation individuelle , nous dispenseront de traiter de nouveau ces questions, qui nous conduiraient à des redites. Nous ne ferons que les effleurer ici pour mon» trer que les solutions que nous avons fournies à l'égard des jeunes délinquans sont, de tout point, admissibles, par rapport aux condamnés proprement dits.
En effet, pour ce qui est de l'instruction primaire, la nouvelle méthode introduite dans la maison des jeunes détenus, ayant été créée pour former des élèves enfermés chacun dans une cellule séparée, mais pris collectivement , il s'ensuit qu'elle doit être applicable aux condamnés adultes aussi bien qu'aux enfans , puisqu'il est question de soumettre les premiers au même mode de détention que les seconds.
3o,8 instruction morale et religieuse.
D'ailleurs, en supposant, ce que je suis éloigné de croire, que les succès croissans de cette méthode ne se soutinssent pas, faute d'un personnel enseignant, assez bien choisi et suffisamment rétribué } je ne verrais pas dans Ce mécompte un motif pour augurer moins favorablement des résultats moraux de l'emprisonnement individuel. Je pense , avec beaucoup de bons esprits, que l'instruction primaire n'est qu'un instrument dont le possesseur peut tirer un bon ou un mauvais parti, selon sa moralité , et que s'il y a de l'inconvénient à ce que les classes pauvres , mais honnêtes , ne soient pas éclairées dans une certaine mesure , il ne saurait y en avoir à ce que des criminels entrés ignorans dans une maison de force , en sortent illettrés comme ils l'étaient à l'époque de leur incarcération.
Il n'en est pas de même de l'instruction morale et religieuse. Celle-ci ne peut que cultiver ou fortifier le sens moral dans le cœur du condamné, et, à ce titre , elle doit être considérée comme le ressort le plus important et le plus efficace de l'amendement. En Amérique , le ministre du culte , là où il en existe un attaché à la prison , instruit les prisonniers collectivement par la voie de la prédication, indépendamment des entretiens familiers qu'il a avec chacun d'eux. Dans le pénitencier de Cherry-
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Hill , on use , pour cet effet } d'un procédé très simple. Le ministre se tient au centre ou à Tune des extrémités du corridor cellulaire, qui est divisé longitudinalement par un rideau suspendu à une tringle, et s'étendant d'une extrémité à l'autre. Les portes de bois des cellules sont ouvertes, afin de donner passage à la voix du ministre, et de cette manière, les détenus entendent l'instruction sans qu'il leur soit possible de se voir. Les surveillans sont d'ailleurs présens pour empêcher les conversations.
L'appareil que je viens d'indiquer est peu embarrassant , et pourrait être adopté en France sans difficulté; cependant, je préférerais une combinaison propre à la construction même de la cellule, et telle , que d'après les lois de l'acoustique , la voix de l'aumônier ou des ecclésiastiques qui lui seraient adjoints , pût être entendue distinctement par tous les détenus d'un corridor sans qu'il fût besoin d'interposer un corps quelconque entre les cellules pour prévenir les relations visuelles des détenus. M. Blouet, dans celui de ses projets qui estbasé sur la réclusion séparée, me paraît avoir pourvu convenablement à ce besoin, en fermant chaque cellule d'une double porte en bois de chêne, dont l'une, la plus rapprochée du condamné, serait garnie de barreaux de fer dans la partie supérieure. La première porte étant
entr'ou verte pendant l'instruction, il serait facile au détenu d'entendre celle-ci au moyen des interstices ménagés dans la partie supérieure de la seconde porte.
Je reviendrai encore ici sur les élémens qu'il importe de faire entrer dans le fond de cette instruction. L'amendement des malfaiteurs adultes exige sous ce rapport, de la part du directeur religieux, une connaissance approfondie de leurs mœurs, de leurs habitudes et de leurs doctrines, soit dans la société, tant qu'ils parviennent à y tromper les recherches de l'autorité ou à éviter ses soupçons, soit dans les prisons, pendant qu'ils y subissent la peine encourue par leur condamnation. L'empire des idées religieuses est sans doute très puissant, mais celui de la morale ne l'est pas moins. Il l'est d'autant plus qu'il prend son point d'appui dans les choses d'ici bas, tandis que le religion prend le sien dans la cité céleste.
Or, quelles que puissent être les terreurs de l'inconnu , je crois que les intérêts moraux de l'homme sont si étroitement liés à ses intérêts matériels, qu'il y a plus à attendre, pour l'amendement du malfaiteur, de l'action vive et soutenue du principe moral que de l'influence du sentiment religieux, lequel nous détache de ce monde par la pensée bien plus
qu'il ne nous y dirige comme citoyen. Le principe moral est sans doute moqué et foulé aux pieds par l'escroc et le voleur dans la société civile et dans la vie commune des prisons, parce qu'ils ont besoin l'un et l'autre de justifier à leurs propres yeux et à ceux de leurs pareils, les actes d'immoralité, de dépravation, et de rapine, qui caractérisent l'espèce d'hommes à laquelle ils appartiennent; mais le sophisme fait place chez eux à la droiture de la vérité morale, sitôt que leur intérêt se trouve aux prises avec celui de la société régulière. Alors ils redeviennent familiers pour se défendre, avec les mots de justice, de droit, d'humanité; eux qui tout-à-1'heure affichaient le mépris des lois , et qui les violaient à leur profit par les attentats les plus audacieux et les plus criminels, se réfugient maintenant sous leur autorité tutélaire. Ils les invoquent avec sollicitude , avec assurance.
Assis sur la sellette d'accusés, ils parlent le langage de l'innocence et de la justice, comme s'ils n'avaient pas méconnu les droits de l'une et de l'autre. C'est surtout par la bouche de leur défenseur qu'ils font entendre ce noble langage. Convaincus du crime contre lequel ils protestent, frappés d'un juste châtiment, la loi les protège alors même qu'ils sont courbés sous le joug de la peine , elle les protège ii. 26
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contre leurs gardiens, contre les employés supérieurs préposés au maintien de la discipline de la prison, elle les protège contre eux-mêmes.
L'empire des lois est une chose admirable. Malheur à ceux qui en dénient les bienfaits , qui n'en comprennent pas la dignité. C'est dans les maisons de force que cette dignité se montre avec le plus de calme et d'élévation. Le condamné y est détenu pendant toute la durée de l'expiation de son crime non comme un homme déchu de tous ses droits et voué à une sorte de sacrifice, mais comme un être égaré, qui a forfait aux lois divines et humaines , et qui , dans son infortune, est pour ces mêmes lois un être sacré. Le principe moral ne fait pas acception de la qualité des personnes ; il respecte le droit partout où il existe , il le respecte dans l'individu même qui fait profession de l'outrager chez les autres. Je ne sache pas qu'il existe dans l'ordre religieux un texte plus capable que celui-là de couvrir de confusion les malfaiteurs les plus endurcis, de leur arracher l'aveu de leur propre turpitude et de leur inspirer le respect des devoirs de la société.
La morale religieuse des prisons doit être une morale à part. Tant que le clergé n'aura pas égard à cette vérité et qu'il aura la prétention d'obtenir des condamnés ce qu'il est en droit d'attendre
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de la population honnête , il fera des efforts stériles. C'est fournir des armes aux esprits sceptiques opposés aux tentatives de réforme morale dans les prisons, que de manifester l'intention de faire d'un criminel non-seulement un homme moral, mais un homme religieux. Essayez de lui persuader , que le travail est une nécessité de notre nature, que le larcin n'est jamais permis et si vous y parvenez, vous aurez atteint le but assigné au prêtre et au moraliste par la sécurité sociale.
En parlant de l'instruction professionnelle des jeunes détenus, nous avons fait observer, que, de l'aveu de tous les entrepreneurs qui les emploient, la réclusion séparée était le mode de détention le plus favorable à l'exécution des travaux de l'industrie, en ce que l'ouvrier ou l'apprenti, soumis à ce mode de détention, produit beaucoup plus que dans la vie commune, qu'il y a moins de perte de matières pour l'entrepreneur et que l'apprentissage est à-la-fois plus prompt et plus aisé.
M. Guillot entrepreneur des maisons centrales de détention (i), dont nous avons déjà eu l'occasion d'examiner l'opinion sur la question du patronage des condamnés libérés , s'exprime dans l'une de ses
(i) Il est à ia tête de ce service depuis vingt ans, et il a eu pendant ce temps des rapports prescpue continuels avec les prisonniers.
4o4 DROIT DE LOCOMOTION.
brochures sur le système pénitentiaire, au sujet de l'influence de la réclusion individuelle sur le travail des prisonniers , de la même manière que les entrepreneurs de la maison de discipline des jeunes détenus; il y prédit avec confiance les effets avantageux obtenus de la séparation par ces entrepreneurs, quant au travail industriel. Fort de sa longue expérience, il ajoute, que le jour où le denier de poche et la masse de réserve seront supprimés, le gouvernement pourra, avec le produit du travail des détenus , assujettis au régime cellulaire complet, fournir sans bourse délier, à leur nourriture, à leur habillement et à leur coucher, quelle que soit d'ailleurs l'organisation du travail dans les maisons de détention. Il entre à l'égard de tous les services , et en particulier sur celui des ateliers, dans des détails d'exécution qui portent le caractère d'une observation aussi judicieuse qu'éclairée.
Le droit de locomotion réservé aux adultes ainsi qu'aux jeunes détenus vient compléter le tableau de la vie du prisonnier français astreint au régime cellulaire. Je ne puis que m'en rapporter, à cet égard , aux détails d'exécution que j'ai donnés précédemment, et qui démontrent que ce prisonnier, quel que soit, d'ailleurs, son âge, peut, suivant le chiffre