INEFFICACITÉ DE LA SURVEILLANCE
ses de l'autorité, à des traitemens qui les humilient et les révoltent, au lieu de les relever à leurs propres yeux et de les affectionner à la société.
L'opinion que j'ai conçue de l'inefficacité de la surveillance n'est pas fondée seulement sur l'étude des faits, mais sur le sentiment des personnes qui la dirigent ou qui la mettent en pratique. Il n'y a qu'une voix à l'égard de son impuissance et de la facilité qu'ont les malfaiteurs de donner le change à l'administration sur le fond de leurs projets. Ainsi, rien de plus ordinaire qu'un voleur prêt à consommer quelque tentative criminelle , ne se rende chez le commissaire de police de son quartier pour lui faire savoir qu'il a changé de demeure et pour lui indiquer sa nouvelle adresse, étant à-peu-près certain, par cette franchise apparente, de détourner les soupçons qui pourraient planer sur lui, au premier bruit de l'exécution du crime qu'il médite. Cette ruse, quoiqu'elle soit connue, ne laisse pas d'en imposer encore et d'ajourner, ne fût-ce que pendant quelques jours , les poursuites des agens de police contre le vrai coupable, qui, de la sorte, trouve le moyen de se dérober aux recherches.
La surveillance ne renferme qu'un avantage: c'est celui d'attribuer à l'autorité le droit de déterminer le nombre des libérés qui sont aptes à résider dans
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les grandes villes et de juger par elle-même de cette aptitude ; mais outre que cet avantage n'est particulier qu'aux grandes villes, il est impuissant à prévenir là où il existe un délit ou un crime de la part des libérés autorisés à résider. Quand je réfléchis qu'il suffit d'une bande de quelques malfaiteurs pour porter l'alarme dans une ville comme Paris, je ne vois pas pourquoi on tiendrait à restreindre le nombre des libérés résidans à 1,700 (1) plutôt qu'à 3,ooo ; je ne vois pas pourquoi ce nombre ne serait pas illimité. Une admission indéfinie amènerait, sans doute , dès les premiers momens, un concours assez considérable de libérés de toutes classes dans la capitale, pour y chercher des moyens d'existence et pour s'y caser; mais cette affluence ne serait que passagère, et le cours naturel des choses finirait par conduire ceux qui seraient dépourvus de travail et d'espoir à s'en procurer dans les autres grandes villes , en sorte que Paris ne tarderait pas à être déchargé de ce qu'il aurait de trop.
Dans l'état actuel de nos mœurs et de nos idées, ou plutôt de nos sentimens à l'égard des libérés, le seul moyen de faire apprécier à ceux-ci les avan-
(1) Voir le tableau que nous avons donné du nombre des libérés autorisés à résider à Paris, deuxième partie, chapitre vu, t. i. pag. 255.