‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 323 sur 337 · O COLONIES FORCÉES · texte numérisé non relu

O COLONIES FORCÉES

que soit le mode de détention que Ton adopte, en définitive pour les jeunes délinquans, serais-je porté à demander, que les liens de la discipline, dans les maisons de réforme affectées à cette classe de détenus fussent plus resserrés. Il faudrait, sans rien outrer, imposer au régime de ces établissemens , une sévérité telle, que les parens ne fussent pas conduits par ce régime, à considérer un pénitencier comme un hospice , et encore moins comme une manufacture. Il faudrait surtout , que les enfans le prissent en aversion; car la meilleure maison de correction est celle que le détenu juge la plus mauvaise. S'il est une oeuvre qui demande de l'intelligence et du sang-froid dans l'exercice de la charité , c'est celle du patronage des jeunes libérés. L'intérêt qui s'attache à l'enfance malheureuse est si puissant, il pénètre le cœur d'une si douce impression , qu'on a besoin de toute sa raison pour respecter la limite que l'intérêt public commande de ne pas franchir.

Parmi les écrivains qui ont porté leurs méditations sur le sort des condamnés libérés, il en est qui ont cru trouver un moyen sûr de délivrer la société des craintes, que leur présence lui cause, en créant des colonies agricoles. L'idée de fonder des colonies forcées pour y recevoir les condamnés , soit pendant le cours de leurs peines, soit après leur émancipa-

CONDAMNÉS. ffi I

lion, a toujours été accueillie avec faveur, parce qu'elle plaît au cœur et à l'imagination , en même temps qu'elle a pour objet de purger la société de ses élémens les plus dangereux.

Les partisans de ce moyen de réforme ont vu, dans les condamnés et dans les libérés, des malheureux plutôt que des hommes pervers. Ils n'ont pas réfléchi que le malfaiteur de profession ne recherche que l'oisiveté , et n'est sensible qu'aux jouissances faciles et capables d'émouvoir fortement les sens. La condition de planteur sur des terres lointaines , peut avoir de l'attrait pour le pauvre cultivateur obligé de se livrer incessamment à de rudes travaux , dans le domaine d'autrui , sans autre profit qu'un faible salaire à peine suffisant pour subvenir à ses besoins. Les regrets qui accompagnent d'ordinaire l'expatriation se trouveront chez lui adoucis et balancés par la perspective des charmes de la propriété , et d'un avenir indépendant. De plus , si le lieu de son exploitation est une terre inculte, et qui exige, pour être mise en valeur, un défrichement pénible , il ne reculera pas devant les difficultés, parce qu'il pourra s'en rendre compte et en calculer le terme avec connaissance de cause. Mais comment espérer qu'un homme étranger aux travaux de la terre , inhabile à manier les instrumens

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qui servent à sa culture; comment espérer que cet homme, nourri depuis son enfance dans le tumulte des grandes villes, et livré de bonne heure aux hasards d'une vie vagabonde et désordonnée , appréciera le calme et la simplicité de la vie des champs , et supportera aisément la rudesse des travaux agricoles !

Ces raisons et d'autres considérations qui militent contre l'application aux condamnés et aux libérés du système colonial, n'ont pas détourné l'Angleterre de transporter ses convicts dans la Nouvelle-Galles du Sud, et ceux qui connaissent l'histoire de Botany- Bay savent quelle a été l'inefficacité de cette mesure (i). Les faits ont démontré que, si les établissemens coloniaux fondés par les Anglais dans l'Australie pour y rejeter l'écume de leur population, ont acquis quelque consistance par les soins du gouvernement britannique, ils la doivent, non pas à la réforme des déportés, mais à l'activité et à la bonne conduite des émigrans libres. L'énergie morale de ceux-ci a neutralisé ou, du moins, considérablement affaibli l'influence corruptrice des convicts qui habitent le pays conjointement avec eux. Les enquêtes faites par les soins du gouvernement bri-

(i) Histoire de Botany-Bay, par M. de la Pilorgerie, Paris (i836).

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