‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 332 sur 337 · Ô04 CONCLUSION · texte numérisé non relu

Ô04 CONCLUSION

vélations , qu'au temps où nous sommes. La vie des peuples libres est une vie ouverte à tous les yeux, et, pour ainsi dire, percée à jour. La liberté qui en rend le mouvement si actif, si original, et quelquefois si orageux, est un frein, en même temps qu'elle est une source de caprices et de désordre. Si l'homme vicieux et passionné ne craint pas d'affronter la censure , l'homme moral veille sur lui-même, et secondent d'autant plus que ses écarts offriraient plus de prise à la malignité publique. Les actions du premier deviennent, au moyen de la publicité, la pâture du médisant et de l'homme oisif. Celles du second restent ignorées, ou du moins elles ne sont connues que de lui et de ceux qu'il a édifiés par ses exemples , qu'il a obligés par ses services. De là vient que les personnes qui ne jugent pas froidement le monde de leur époque, le calomnient. Ne faudrait-il pas désespérer de la nature humaine, si l'on ne s'en formait une idée que d'après ses faiblesses, ses travers et ses vices ?

Non, l'homme n'est pas ainsi fait: il y a en lui autant de grandeur que de bassesse; ses instincts moraux ne l'abandonnent jamais. Us se montrent, ils jettent de l'éclat jusque dans les prisons , jusque dans les bagnes , et les manifestations auxquelles ils donnent lieu dans ces demeures du crime , sont la preuve la plus irréfragable et la plus imposante

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de leur réalité et de leur empire. J'ai parlé des classes dangereuses que la ville de Paris renferme dans son sein , de leurs excès et de leurs attentats; mais je n'ai point parlé des hommes de bien fournis par la population tout entière , qui se dévouent avec ardeur au soulagement des malheureux, qui surveillent avec prudence l'éducation des enfans du pauvre, contribuent à leur placement, et qui administrent avec sollicitude le fruit de ses économies. Je n'ai point parlé des femmes vertueuses qui , pour honorer les devoirs de la maternité et resserrer les liens de la famille, assurent des secours à l'enfant du pauvre , dès le berceau , ainsi qu'à sa mère , soutiennent ses premiers pas dans l'asile, président à l'éducation des jeunes filles dans les écoles , et aident à placer les plus malheureuses. La charité , dont la pratique est si naturelle et si douce, a trouvé des disciples fervens même parmi de jeunes personnes à peine sorties de l'enfance. Initiées dans les exercices de cette vertu par leurs propres mères, elles apprennent à connaître, sous leurs yeux, les tristes inégalités de la vie humaine, à les adoucir, et à se contenter de la condition où la providence les a fait naître.

La force et la puissance d'un peuple , consistant dans sa dignité morale et dans les efforts qu'il fait

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pour la maintenir, c'est aux ministres de la religion, c'est aux écrivains à veiller à la conservation de ce dépôt sacré. Je ne répéterai pas ici les observations que j'ai présentées, dans le cours de cet ouvrage, sur la direction qu'il convient d'imprimer à la religion pour lui rendre l'ascendant qui lui appartient. Je ne nierai pas que l'observation des lois divines ne conduise à l'exacte observation des lois humaines ou de la morale ; mais je suis convaincu qu'à une époque de scepticisme comme la nôtre, le prêtre doit être moins théologien que moraliste , et que pour ne pas déroger à l'orthodoxie , il prive le christianisme d'une foule de sectateurs, qui, reculant devant la profondeur impénétrable de ses mystères, se rallieraient avec joie à ses préceptes, comme à la source la plus pure des vérités morales. En admettant donc qu'une religion ne saurait être altérée dans ses dogmes , sans déchoir en quelque sorte de la hauteur de sa mission, je crois néanmoins que, selon les temps, l'élément moral doit y dominer l'élément dogmatique, et que cette nécessité existe maintenant pour la France.

Sans vouloir affaiblir le respect dû à la religion , et sans nier l'étendue de son influence, j'ai la ferme/persuasion que, dans l'état actuel des croyances et des mœurs nationales, la presse, considérée

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comme agent moral, exercerait plus d'empire sur l'esprit des masses que la religion. Les intérêts politiques et les intérêts matériels l'ont absorbée jusqu'à présent. La littérature, et surtout la littérature légère, a fixé son attention en même temps que ces intérêts, mais à un moindre degré. Quoique l'on confonde en général les intérêts politiques avec les intérêts moraux, ceux-ci ont un caractère particulier, qui les rattache bien plus à l'ordre moral et religieux qu'à l'ordre politique.

Quelque jugement que l'on puisse porter de la direction passée de la presse, je crois que le moment est venu pour elle de s'attacher à l'étude et à la discussion des intérêts moraux proprement dits. La diffusion des lumières dans les rangs intermédiaires et inférieurs de la société réclame une autre tendance de la part des écrivains employés par la presse ; sans mettre en oubli les intérêts aujourd'hui privilégiés, celle-ci doit aider à la propagation des saines doctrines, en matière d'économie sociale; elle doit honorer les vertus de famille, la simplicité, l'ordre et la décence des mœurs ; elle doit montrer les difformités du vice pour le faire haïr et convaincre ses lecteurs que la vertu est non-seulement le signe certain d'une âme forte et élevée, mais que de plus elle est un bon calcul.

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Les faits qui pourraient motiver ces excursions de la presse sur le domaine de la morale ne lui manqueraient pas ; elle n'éprouverait malheureusement que l'embarras du choix. Le besoin que j'exprime est si vrai et si universellement senti qu'il a été constaté par plusieurs écrivains dans les journaux les plus accrédités. Fatigués comme leurs lecteurs de la domination usurpée par l'intérêt politique, rebutés par la controverse quotidienne à laquelle ils sont obligés de se livrer, ils cherchent avec empressement, quand l'occasion s'en présente, une diversion à la monotonie et à lapreté de leur tâche dans la rédaction de quelque article de haute littérature, de philosophie morale ou religieuse, et ces diversions ne sont pas moins attrayantes pour le public éclairé que pour les écrivains auxquels elles procurent un agréable délassement et des éloges mérités.

La part qui serait dévolue aux sciences morales, dans les exercices de la presse, ne demeurerait pas infructueuse. Elle profiterait à toutes les classes de lecteurs , dont elle redresserait les travers et épurerait les penchans , et elle ouvrirait aux écrivains un champ nouveau d'étude , d'émulation et de supériorité littéraire. A Dieu ne plaise que je veuille transformer le journaliste en prédicant ! Je veux ajouter à l'importance et à la popularité de son mi-

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