CONCLUSION
Obligé par la nature de mon sujet de fouiller dans les replis les plus cachés et les plus fangeux de la société, et de mettre en relief les vices et les méfaits de tout genre qu'on y projette ou qui y fermentent, je n'ai pu m'empêcher de donner aux tableaux que j'ai esquissés, aux considérations que j'ai exposées, une forme ou une couleur à-la-fois triste et sévère.
L'homme moral a ses infirmités et ses plaies comme l'homme physique. L'écrivain moraliste? pouvant tirer ses inductions de données positives, mériterait bien peu de créance, si, avant d'indiquer des préservatifs et des remèdes contre les mauvaises passions qui altèrent et corrompent la nature morale de l'homme, il ne découvrait et ne sondait le mal pour en apprécier les caractères et en mesurer la profondeur, à l'imitation de l'anatomiste qui dépouille et qui scrute jusqu'aux veines les plus déliées de la partie malade , pour saisir les causes de l'affection, qu'il est chargé de décrire et qu'il peut être appelé à guérir.
Cependant, il y a autre chose, dans la nature morale de l'homme que des vices et des infirmités,
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ii y a de nobles instincts, des élans pleins de chaleur et de force vers le bonheur de l'humanité. Dans le vice, c'est le moi, la personnalité qui domine; dans la vertu, sous quelque forme qu'elle se produise, c'est l'abnégation de soi, le dévoûmenr, qui forme le ressort principal de l'acte vertueux. Quelque tristesse que le spectacle des misères humaines ait pu répandre dans mon âme, j'ai été assez heureux pour rencontrer sur ma route de nombreux sujets d'éloge en l'honneur de l'humanité. Il me serait facile d'en signaler dans tous les rangs de la société, mais c'est la classe pauvre qui m'a offert les exemples les plus rares et les plus touchans de bonté, d'amour et de fraternité. J'éprouve d'autant plus de satisfaction à proclamer ici sa prééminence , sous ce rapport, que le pauvre , quand il n'est pas laborieux et réglé, est plus près que tout autre du vice et du crime et qu'en étudiant les classes dangereuses, nous n'avons eu que trop d'occasion de nous convaincre que c'était lui qui en composait la partie la plus nombreuse. Ceci prouve que les qualités les plus nobles et les plus élevées peuvent se développer chez le pauvre comme chez le riche, et que ce n'est pas la pauvreté qui avilit, mais le vice. A aucune époque de nos annales, la France n'a été l'objet de plus de recherches, d'études et cle ré-