CHAPITRE V
Des vagabonds. *— Vagabonds adultes. — Leur genre de vie, leurs babitudes. — Jeunes vagabonds.— Par quel degré, ils arrivent à l'état de vagabondage. — Appui mutuel qu'ils se prêtent pour vivre dans cet état. — Détails de mœurs à cet égard. — De ceux d'entre eux qui se livrent au vol. — Leur argot , leur organisation , les lieux qu'ils fréquentent de préférence, leurs babitudes désordonnées. — Vagabonds exerçant de petites industries dans les marchés, leur manière de vivre, circonstances particulières qui attestent que le vagabondage est une passion chez quelques-uns. — Vagabondage forcé, ses causes.
Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui n'ont ni domicile certain ni moyens de subsistance, et qui n'exercent habituellement ni métier, ni profession : celte définition est celle de la loi.
Ainsi que nous l'avons déjà observé , le vagabond est la personnification de toutes les classes de malfaiteurs. Mais dans son acception la plus restreinte il représente ces hommes qui, couverts des haillons de la misère, vivent dans une continuelle oisiveté, dépourvus de prévoyance, autant que d'énergie, et plongés dans une espèce de torpeur qui leur ôte jusqu'à l'ombre du caractère viril. C'est principalement dans les grands centres de population que pullulent ces êtres dégradés, cette végétation immonde; uni-
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quement préoccupésclu moment présent, ils affluent dans les halles et dans les marchés pour y gagner leur pain et leur pitance de chaque jour; ce gain est le prix de quelques commissions qu'ils font pour les marchandes et pour les acheteurs, et qui consistent dans le transport des denrées ou dans de faibles services qui leur rapportent toujours plus qu'ils ne valent; partout où la charité privée distribue des secours, on est sûr de les voir accourir, on peut même dire que cette charité si ingénieuse et si tendre, quand elle est sincère , s'empresse d'établir le lieu de ses distributions là même où ils ont coutume de se rassembler. C'est sur eux que le vénérable Champion , Y homme au petit manteau bleu, pour me servir de. l'appellation populaire , répand ses libéralités durant la saison rigoureuse. Autour d'une marmite au large ventre, abritée par un large parapluie, vient se grouper un essaim de ces malheureux vagabonds; munis chacun d'un bol et d'une cuiller appartenant à l'homme de la charité , ils reçoivent successsivement une ration de soupe qui se renouvelle en raison du nombre des consommateurs. Les distributions s'opèrent sous les yeux du bienfaiteur dont la présence suffit pour commander le respect et pour maintenir le bon ordre; ces hommes qui par une ferme volonté auraient pu s'élever au rang honoi. i3
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rable d'ouvrier, n'ont pas honte de descendre à la condition de mendiant déguisé , car , en réalité, ils ne sont que cela, ils ne demandent pas l'aumône publiquement , mais ils la reçoivent sous une forme de secours tolérée par l'autorité. C'est avec l'aide de ce secours que pendant l'hiver ils parviennent à trouver dans leur gain quotidien , de quoi se procurer un second repas et un gîte pour la nuit dans les garnis les plus sales et les plus décriés. En été, beaucoup d'entre eux couchent au grand air.
Le vagabondage, pour être bien compris, doit être observé principalement chez les mineurs. Ce sujet est trop intéressant par les rapports qui le lie aux principaux élémens de la classe dangereuse pour ne pas fixer notre attention particulière. Dans l'examen rapide que nous allons faire du vagabondage ainsi restreint, nous ne le séparerons pas de la mendicité et du vol, ses auxiliaires naturels.
Le sort de l'enfant du pauvre dépend de causes très diverses: il dépend de son naturel et de ses passions. Hobbes a dit que l'homme était un enfant robuste; on pourrait renverser la proposition et affirmer avec non moins de justesse que l'enfant est un homme débile; car, à vrai dire, il n'y a de différence entre l'un et l'autre que du plus au moins.
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C'est dans le premier âge que le naturel de l'homme se montre dans toute son infirmité. Lorsque l'enfant est indolent et paresseux, son caractère résiste au travail avec une opiniâtreté instinctive \ la discipline régulière et sévère de l'école est pour lui une entrave insupportable; livré à lui-même sur le pavé de Paris, exempt de surveillance en raison de la position de ses parens qu'un travail assidu retient hors du logis du matin jusqu'au soir, il parvient aisément à secouer le joug de cette discipline qui lui pèse; au lieu d'aller à l'école, il erre souvent dans les rues, sur les quais, sur les boulevards; attiré par les jeux des enfans de son âge, il se mêle parmi eux avec empressement ; il contracte leurs goûts et leurs habitudes , d'autant plus volontiers qu'ils sont dominés comme lui par une répugnance naturelle pour le travail ; enfin renvoyé de l'école à cause de ses absences continuelles, il est désormais acquis sans partage à l'oisiveté.
Cependant les parens ne tardent pas à s'apercevoir des habitudes vicieuses de leur enfant; cette circonstance les porte à s'enquérir de sa conduite à l'école, et ils apprennent que les mauvais exemples qu'il donnait l'en ont fait renvoyer. Il reçoit une rude correction; il fuit et ne rentre pas au logis. Les parens inquiets vont à sa recherche et ne par-