‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 35 sur 337 · IO,6 MŒURS DES VAGABONDS · texte numérisé non relu

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viennent pas à le découvrir. Pour lui, il s'est associé tout-à-fait aux mauvais sujets qui l'ont corrompu , il connaît maintenant à fond les lois du vagabondage. Voici quelles sont ces lois. Les jeunes vagabonds, c'est-à-dire, les enfans de 7 à 16 ans qui mènent une vie errante et paresseuse, forment entre eux une espèce de corps dont les membres doivent se soutenir mutuellement pour échapper aux recherches des parens et des maîtres d'apprentissage. Les moins pervertis ou les plus timides mendient, fréquentent les marchés et les halles pour y offrir leurs services aux marchands et aux acheteurs; les autres commettent de petits vols. Tous s'adonnent au jeu avec passion. L'on cite de ces malheureux enfans qui se sont privés de manger pendant deux jours pour satisfaire ce goût fatal. Le spectacle a aussi pour eux le plus puissant attrait; ennemis de tout travail utile et sérieux, plongés quand ils sont à l'école dans une espèce de somnolence, ils ne se lassent pas au dehors de courir et de jouer; ils sillonnent Paris dans tous les sens; tout ce qui frappe leur curiosité les attire : le bruit, le tumulte, la sédition. Ceux qui se livrent au vol sont les dominateurs du corps , parce qu'ils en sont les principaux soutiens; c'est en partie à leurs dépens que vivent les nouvelles recrues et les timides; ils dépensent avec

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une profusion effrénée ; ils recherchent les voleurs d'un âge mûr afin de s'intruire de toutes les ruses du métier. Plusieurs sont fils de voleurs et ont été formés dès leur plus tendre jeunesse aux exercices du vol. L'un d'eux, à peine âgé de trois ans, savait déjà démonter une serrure, et plus tard lorsqu'il se mit à voler, il racontait le soir ses prouesses de la journée à son père qui trouvait un plaisir infâme dans l'audacieuse naïveté de ses récits. Les jeunes voleurs ont du reste le même argot que les voleurs consommés; ils montrent comme eux du penchant à s'associer pour l'exécution de leurs méfaits: on a constaté successivement l'existence de plusieurs bandes dont une était forte de dix-huit enfans de neuf à seize ans , et procédait avec un ensemble et une habileté peu communs. Les jeunes vagabonds dirigent principalement leurs tentatives contre les marchands étalagistes et contre les curieux qui se groupent sur les boulevards devant les petits spectacles et dans les passages devant les marchands de gravures.Tous les lieux de réunion publique sont du reste le théâtre habituel de leurs exploits, La vie de ces enfans est tellement désordonnée qu'ils passent souvent dans l'espace de quelques jours d'une aisance relative à un complet dénûment. Aussi, pendant la belle saison et lorsque ce dénûment se fait sentir, ils ont

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coutume de reposer la nuit, sur des bateaux, sous les arches des ponts, les piliers des halles, dans des barraques, dans des caves, sous des voitures, dans les carrières, sur les fours à plâtre , en un mot partout où ils peuvent trouver un abrij en hiver ils couchent dans les garnis les plus infimes.

Les vagabonds qui exercent de petites industries dans les marchés ou qui mendient furtivement, n'ont pas d'autres asiles tant que la douceur de la température le permet; ils sont même plus endurcis à dormir sur la pierre , parce qu'ils n'ont pas les mêmes ressources que ceux qui subsistent du produit de leurs rapines. On ne saurait donner trop d'éloges à l'indulgence que la police administrative montre envers les jeunes vagabonds, que ses rondes recueillent la nuit dans leurs retraites habituelles , et quelquefois au coin des bornes ou sous des embrasures de porte ; car tous ne sont pas aussi difficiles que ceux qui recherchent des barraques , des caves ou autres lieux couverts. Elle fait tout ce qui dépend d'elle pour réintégrer ces enfans dans leurs familles, quoique plusieurs y apportent de la répugnance et qu'ils aillent jusqu'à cacher leurs noms pour éviter tout rapprochement avec leurs parens ; il en est que l'on a pris en état de vagabondage dix fois, vingt fois , et l'administration comme les parens ne se

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sont lassés de compatir à leur faiblesse , que lorsqu'ils ont reconnu que l'indulgence ne pouvait rien sur eux , et que les rigueurs de la détention étaient nécessaires pour les corriger. Les archives de la société de patronage des jeunes libérés, où j'ai puisé tous ces détails , font foi qu'un de ces pauvres enfans a été pris et repris en état de vagabondage , à des heures indues , sur la voie publique , jusqu'à quarante fois. Il était toujours seul, et ce qui est digne de remarque, c'est que jamais aucun fait répréhensible, autre que celui d'une vie errante, n'a motivé son arrestation. Il n'est pas besoin de dire dans quel état de misère se trouvent les enfans maîtrisés par la passion du vagabondage , lorsqu'ils rentrent spontanément dans le sein de leur famille , ou qu'ils y sont ramenés par les voisins de leurs parens ou par la police ; ils n'ont plus ni bas , ni cravate, ni mouchoir, ni casquette , ni gilet; tout cela a été vendu pour apaiser la faim, ou pour jouer, ou pour aller au spectacle.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que du vagabondage libre , mais il est de nombreuses occurrences où le vagabondage est une situation forcée et même nécessaire : ainsi , un malheureux enfant est excédé de travail par ses parens ; il est retenu captif; il ne mange pas jusqu'à ce qu'il ait rempli sa tâche

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