‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 55 sur 337 · DES PRESERVATIFS CONTRE L INVASION DU VICE · texte numérisé non relu

DES PRESERVATIFS CONTRE L INVASION DU VICE

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Nature des maux décrits précédemment. — Ils sont inhérens à toute société. — Efforts des législateurs et des moralistes pour prévenir ces maux. — Réaction corruptrice de la société et quelquefois de la famille. — Nécessité de cultiver le sens moral. — Le vice et le crime ne sont pas susceptibles d'une guérison absolue. — Impuissance des lois répressives pour parvenir à cette guérison. — Le seul moyen au pouvoir de l'bomme pour résister au mal moral est d'opposer une forte barrière à ses progrès et d'en resserrer le siège de plus en plus. —Ressorts généraux à employer. — Préservatifs. •— Remèdes, (i)

Les maux déplorables que nous venons de décrire ne sont pas circonscrits dans un seul pays, dans une seule cité; ils apparaissent avec une intensité plus ou moins forte dans tous les pays, dans toutes les cités qui sont le centre d'une grande activité sociale et industrielle. Ils ne datent ni des temps anciens ni des temps modernes, ils remontent à l'origine des sociétéshumaines. Ces maux n'ont donc rien d'accidentel ni de transitoire. Ils sont inhérens à l'organisme social, comme les passions qui les engendrent sont inhérentes à l'homme.

Toutefois les législateurs et les moralistes se sont efforcés dans tous les temps d'opposer une barrière

(r) Ce chapitre a été remanié et augmenté.

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puissante à l'influence des principes délétères qui dépravent et affligent les peuples. Les uns ont travaillé à cette œuvre immense et vitale en établissant des peines contre les actes coupables qui nuisent à la société, les autres en faisant pénétrer dans l'esprit des masses les préceptes d'une saine morale et en essayant de leur donner des habitudes d'ordre, d'économie et de vertu. Le prêtre et le moraliste créent les bonnes mœurs par l'instruction et l'exemple , et le législateur les maintient par la crainte ; mais la société et souvent la famille détruisent leur ouvrage par de pernicieuses doctrines et par le relâchement ou la licence des mœurs. C'est cette réaction corruptrice et incessante, qui ébranle tant de sages résolutions, qui rend stériles tant de bonnes semences. Malgré l'écueil que les mœurs des enfans rencontrent parfois dans le sein même de la famille, c'est encore elle qui est la meilleure école, car heureusement les familles honnêtes et bien disciplinées sont les plus nombreuses dans toutes les classes, et le soin de leur propre réputation autant que l'intérêt de la morale tient constamment leur sollicitude en éveil, sur la conduite de ceux de leurs membres qui, par leur faiblesse ou leur inexpérience, sont les plus sujets à faillir.

Les instincts moraux de l'homme ont besoin d'à-

liment non moins que ses appétits. Plus le sens moral devient exquis par îa culture, plus il se développe et se perfectionne. C'est ce développement qui engendre les délicatesses de l'honneur, les alarmes naïves et quelquefois outrées de la conscience, et qui sous ce rapport rend les exigences des mœurs beaucoup plus inflexibles que les prescriptions des lois les plus sévères. Quelle force les gouvernemens ne puiseraient-ils pas dans le ressort moral, s'ils savaient le diriger ou seulement s'ils voulaient encourager son action! Mais ne sortons pas du sujet de ce chapitre. Après avoir décrit les principales variétés du vice et du crime, examinons s'ils sont l'un et l'autre susceptibles de guérison.

Est-il au pouvoir de l'homme d'extirper d'une manière absolue le vice dans le cœur de son semblable? Est-il en son pouvoir de purger la terre du crime qui l'épouvante et qui la désole ?

La question, ainsi posée , me paraîtrait insoluble , parce qu'elle est conçue en termes trop abstraits et incompatibles avec les facultés bornées que Dieu a départies à l'homme. On a considéré notre pèlerinage ici bas comme une épreuve; la vie humaine n'est, en effet, que cela; l'homme a été doué d'une liberté d'action qui le rend apte au bien comme au mal ; le libre arbitre est une force , mais cette

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