O RESSORTS GÉNÉRAUX
force est sollicitée tour-à-tour par les passions et par la raison , et c'est en ce sens qu'on a dit avec fondement que la vie était un combat. La misère et la corruption sont le génie du mal, de même que le bien-être, l'égalité des mœurs, et la mesure dans les passions constituent le génie du bien. Éloigner la misère par le travail, et la corruption par de bonnes habitudes, telle est la tâche que l'homme doit s'imposer pour ne pas déroger à la dignité de son espèce , telle est aussi la direction où la famille et le pouvoir social doivent le maintenir , la première par ses exemples , et le second par ses institutions, ses doctrines et ses lois.
Si l'homme réduit à sa seule individualité ne sait pas se défendre contre les séductions du vice et les tentations du crime, si d'un autre côté l'action morale et conservatrice de la famille , si l'action réprimante de l'autorité publique sont également impuissantes pour l'affermir dans le droit chemin ou pour l'y faire rentrer, par quel moyen espéreraiton réussir à l'empêcher d'être vicieux ou criminel ! la société ne peut que subir les chances de son institution ; ces chances ne sont pas toutes favorables à son développement régulier , à sa prospérité , il en est qui sont nuisibles, il faut qu'elle les supporte comme on se soumet à une charge onéreuse, à une
servitude. L'éternel honneur de la civilisation est d'être indulgente envers l'homme vicieux en méprisant le vice, juste envers ceux qui par un sentiment forcené de cupidité et de dépravation portent atteinte à la propriété, à la vie d' autrui, et de se défier d'elle-même pour ne pas substituer la vengeance à la justice. Voilà la loi des peuples intelligens , moraux , libres et bien policés. Cette loi exclut la guérison radicale du vice et du crime, puisque le vice qui n'attente point à la morale publique n'est justiciable que de l'opinion, dont le blâme est impuissant lorsqu'il frappe sur un individu qui n'en ressent pas le déshonneur, et que la justice pénale, malgré ses rigueurs , ne se lasse pas d'espérer la réforme du délinquant et du criminel, lors même que le fait imputable est accompagné d'une récidive opiniâtre.
Des écrivains moralistes, navrés du spectacle de nos misères et de nos vices, ont prédit que la société serait conduite, par la force du mal moral qui l'agite, à porter un jour des lois contre le vice. Ces lois ont existé, et malgré l'excès de leur sévérité, elles n'ont pu déraciner le vice. En effet, sous nos anciens rois, les maisons qui servaient d'asile aux prostitués étaient démolies ; les prostituées étaient assujetties à un costume particulier, que l'on considérait comme une flétrissure , et elles étaient reléguées , parquées dans