‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes (volume 2)Chapitre 57 sur 337 · RESSORTS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

RESSORTS GÉNÉRAUX

des rues qui n'étaient habitées que par elles. Malgré cet appareil de sévérité et d'avanie, le mal qu'on s'était flatté de détruire dans son germe, ne cessa pas de se montrer ; il acquit même plus d'intensité et de danger, puisque la prostitution clandestine prit la place de la prostitution publique, et trompa , de la sorte, la vigilance de l'autorité qui toléra plus tard ce qu'elle n'avait pu empêcher. Les tribus de sectaires qui ont jeté les fondemens de l'Amérique du nord déployèrent, dans l'origine de leur établissement, une sévérité implacable contre le vice. Les premiers actes de leur législation attestent la ferveur de leur piété , la pureté de leur vie; mais ils restèrent pour la plupart dans l'état de théories inapplicables, et aujourd'hui ils expliquent comme monumens historiques , l'ascendant soutenu des idées religieuses , dans un pays si peu fait en apparence pour les admettre et pour les respecter à cause de la forme de son gouvernement. Il existe encore dans ce pays , des dispositions législatives contre l'ivresse ; les sociétés de tempérance ont agi avec plus d'efficacité par le seul empire de la persuasion , contre l'abus du vin et des liqueurs fortes, que ces dispositions tombées en désuétude, et maintenues pour l'honneur de la morale , plutôt que comme moyens effectifs de répression.

Parlerai-je des peines portées contre le crime par, les lois de la vieille Europe ? La torture avec son affreux cortège était écrite dans toutes ces lois* non-seulement elle était appliquée, à titre de supplice , aux malheureux frappés d'une condamnation capitale ; mais elle était employée comme expédient et dans une certaine mesure, contre les accusés eux-mêmes pour leur arracher de prétendus aveux.

Certes, s'il était possible d'attendre delà terreur des peines la guérison absolue du crime , nul doute que cette guérison n'eût été opérée par cette législation barbare , mais non ! le crime, pas plus que le vice , ne s'est jamais lassé et ne se lassera jamais d'affliger l'humanité.

Quand on porte ses regards dans les profondeurs du passé et qu'on les arrête sur les deux derniers siècles , on est frappé des efforts qui ont été faits par la religion et par la saine philosophie pour corriger les vices delà nation; le dix-septième siècle surtout se recommande à l'admiration de la postérité par l'alliance sacrée de la morale religieuse et des lumières contre l'invasion du vice. Les efforts de ce dernier siècle, comparés à ceux des âges qui 1 ont précédé et qui l'ont suivi , ont quelque chose d'héroïque et de majestueux, et pourtant ce siècle si grave, si discipliné, ne put que restreindre, i. 18

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qu'amoindrir le foyer des maux qui ternissent notre civilisation comme ils ternissaient la sienne.

Si le siècle où la civilisation des mœurs eut contaminent le pas sur la civilisation des lumières , où le génie et la vertu enfantèrent tant de prodiges , n'a pas réussi à cicatricer la plaie sociale qui nous préoccupe, c'est qu'elle est incurable. L'histoire nous apprend, qu'en effet dans tous les temps et dans tous les lieux, cette plaie a résisté à tous les remèdes ; que les peuples les plus sages et les plus moraux sont ceux qui, dans l'impuissance de détruire complètement le mal dans son principe, ont opposé une forte digue à ses progrès , ou resserré son siège dans des limites plus étroites.

C'est sous ce point de vue purement pratique , que nous avons cru devoir envisager la question de l'amélioration morale de la classe vicieuse , dépravée et dangereuse. Diminuer le nombre des vicieux et des médians pour augmenter la masse des bons, dans son sens le plus large', tel est le but que doit se proposer l'homme d'état aussi bien que le moraliste. Cette manière de poser les termes du problème n'est ni ambitieuse ni tranchante ; elle ne tend pas sans doute à détruire le mal dans sa racine , chose moralement impossible et digne tout au plus de trouver place dans quelque utopie , mais elle tend à

lui disputer le terrain pied à pied, à préserver les bons de sa maligne influence, et à lui arracher par des efforts continuels ceux qu'un égarement passager ou une profonde dépravation a séparés de la société régulière. Que peut-on demander de plus à la puissance publique et à la morale? que peut-on demander de plus à la religion elle-même?

Les sciences politiques et les sciences morales ne peuvent espérer de régler les penchans de l'homme et de le rendre apte à la vie sociale, par la connaissance et la pratique des devoirs qu'elle impose, qu'en multipliant les moyens de travail, en unissant, par les liens d'une bienveillance et d'une solidarité commune, tous les agens de la production, et en donnant à l'emploi du salaire une direction sage et éclairée, c'est-à-dire conforme aux intérêts bien entendus de l'ouvrier à qui ce salaire doit profiter. Toutes ces choses sont, en effet, la fin et la consommation de l'économie politique et de la morale; mais les applications utiles et fécondes de celle-ci sont beaucoup plus difficiles à créer et à renouveler que les moyens de travail. L'ordre et la paix sont une source infaillible et intarissable de travail, outre que l'amour du bien-être le conseille, le soutient et l'alimente sans cesse. La morale n'a pour elle que la raison et la conscience; il faut que l'une et l'autre

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