SALAIRE DES OUVRIÈRES. PATRONAGE
C'est l'insuffisance du salaire qui entraîne tant d'ouvrières à chercher un supplément de ressources dans le concubinage ou dans la prostitution. C'est cette cause qui les sollicite à soustraire à leur profit, tout ou partie des résidus qui restent entre leurs mains après l'achèvement de l'objet fabriqué.
Si le patronage , comme nous en avons l'entière conviction, peut influer utilement sur le moralité et le bien-être des classes laborieuses , nul doute, qu'on ne trouvât un immense avantage à l'employer pour améliorer le sort si précaire des filles ou des femmes appartenant à ces classes.
Les chefs d'industrie, que nous avons désignés précédemment comme étant les patrons de ceux qu'ils emploient , traitent leurs ouvrières avec la même bonté et la même générosité que leurs ouvriers. Pourquoi leur exemple ne serait-il pas imité ? Il y a dans la condition des femmesun assujettissement, une infériorité qui pèse sur elles comme sur tout ce qui est faible et qui les réduit toujours, au-dessous de leur véritable valeur. Ce résultat fâcheux peut tenir aux préjugés d'un sexe envers l'autre, mais il tient aussi, il faut l'avouer, aux règles de l'industrie, laquelle ne marche qu'au gré de la concurrence des intérêts, concurrence qui met la femme aux prises avec elle-même, quelquefois à son propre détriment
3/j6 SALAIRE DES CHIFEONNIERS.
comme elle met l'homme en opposition avec son compétiteur sous l'influence des mêmes chances.
Parmi les travailleurs à la journée les chiffonniers sont, sans contredit, les plus infimes et les plus dépendans de leur salaire. Si quelque chose prouve que le travail est une loi inhérente à l'existence de la race humaine, c'est assurément la profession de chiffonnier. Quoi de plus humble, de plus ravalé dans une grande cité que cette profession ! le malheureux qui se résout à l'exercer fait preuve d'une probité bien méritoire et a toute raison de prétendre à l'estime publique. Cependant , le chiffonnier a aussi sa morte saison; c'est la saison des beaux jours, celle où les personnes riches vont à la campagne. Cette époque de Tannée est surtout funeste aux chiffonnières, dont plusieurs étant bien voulues, à cause de leur bonne humeur et de leurs facéties originales, des gens de service de ces mêmes personnes, sont assurées pendant le séjour de cellesci à la ville, d'une récolte journalière qui leur permet d'échapper plus ou moins aux éventualités de la concurrence.
Quand on réfléchit que les immondices entassés au coin des bornes de chaque maison, forment une branche de commerce qui fait vivre, à Paris, quatre mille individus, hommes, femmes , enfans, on serait