ACTION RÉSERVÉE A LA PRESSE
libres de bienfaisance. Elles font pour lui l'office de bouclier, de corps de bataille, à l'égard des associations illicites. Elles prennent sous leur tutelle, sous leur direction bienveillante et utile, les ouvriers laborieux, les instruisent de leurs devoirs en défendant leurs intérêts, et améliorent leur moral en même temps que leur condition. Le commerce que la bienfaisance établit entre le riche et le pauvre apprend aux diverses classes de la société à se connaître et à s'estimer. Le dévoûment volontaire et désintéressé du riche pour le pauvre touche ce dernier et l'affectionne à son bienfaiteur, de même que la frugalité du pauvre , les efforts continuels qu'il fait pour gagner sa vie, et sa résignation pendant les jours difficiles, inspirent au riche non-seulement un vif désir d'assister sa misère , mais un sentiment d'estime et de respect qui ôte au secours le caractère humiliant de l'aumône, et au travailleur malheureux les dehors bas et importuns qui déshonorent quelquefois l'indigence.
Si l'administration peut aider puissamment par ses prévisions et ses mesures au soulagement des crises périodiques et inévitables qui affectent l'industrie, la presse, par ses relations quotidiennes et de tous les momens avec les diverses classes de la population , n'est pas moins capable de servir l'in-
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dustrie par les faits qu'elle recueille, par ses vues d'amélioration et par ses avis.
La presse se divise en deux grandes sections : l'une représente la presse centrale, et l'autre la presse départementale. Outre ses propres correspondans, la presse centrale est utilement secondée par les journaux de département, qui observent et survg&ent les hommes comme les choses dans Féteodue de leur circonscription. Ces journaux s'éclairent mutuellement, par les nouvelles qu'ils contiennent, sur les localités non soumises à leur surveillance particulière; ils puisent dans la presse centrale les documens généraux. Ce flux et ce reflux perpétuels de faits et d'idées qui forment le mouvement et la vie de tous les organes de la presse, se manifeste dans tous les pays libres : c'est un des plus beaux attributs de la liberté civile.
Comment avec tant de moyens d'enquête, tant de sources de lumières, la presse s'est-elle abstenue jusqu'ici, d'aborder cet immense sujet de l'industrie? Nous l'avons dit, c'est qu'elle a subordonné cette dernière à la politique, tandis qu'elle devait s'établir immédiatement sur son domaine pour l'éclairer et le féconder.
Il est évident que le plan suivi par la presse ne répond à aucun des besoins des nombreux agens de
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l'industrie. Il comprend les principaux objets qui intéressent les sciences politiques, et en général, les arts de l'esprit ; mais les questions qui se rattachent à l'industrie considérée dans ses diverses branches, n'y sont touchées que par accident, et pour ainsi dire, par fantaisie. L'ouvrier et l'entrepreneur y chercheraient en vain, pour leur instruction industrielle, cette suite de dissertations lumineuses qui abondent outre mesure sur les sujets politiques. Ce n'est qu'en assignant à l'industrie une place déterminée et permanente dans les colonnes de la presse, que les écrivains dévoués aux intérêts populaires pourront concourir utilement au développement et à la prospérité de ces intérêts.
En reléguant dans les traités les discussions générales d'économie politique , qui ne résolvent jamais aucune difficulté positive , les journaux quotidiens devraient soumettre à leur examen les questions spéciales et usuelles qui naissent de l'exercice de chaque industrie. Cet examen aurait du prix , non-seulement pour le producteur de quelque rang qu'il fût , et pour le capitaliste , mais aussi pour le consommateur.
A une époque comme la nôtre, époque dont le travail est tout à-la-fois , le symbole et la gloire , on a lieu de s'étonner que la presse n'ait pas donné à
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l'industrie, la première place parmi les objets sur lesquels elle a coutume de s'exercer ; je prends ici le mot industrie dans son sens le plus étendu, c'est-à-dire comme une appellation qui embrasse l'agriculture , les manufactures et le commerce. Quel champ plus vaste et plus fécond, en effet, pour les journaux quotidiens, que ces matières importantes ! Ils pourraient éclairer l'autorité en publiant une foule de faits utiles, ■et s'éclairer à leur tour des publications périodiques faites par ses soins sur diverses branches de l'économie politique. Cet échange de lumières profiterait à tous les lecteurs des journaux, détruirait beaucoup de préjugés, et mettrait en circulation des idées positives et exactes sur les intérêts les plus vitaux de la population. Le producteur marcherait d'un pas plus sûr et plus hardi dans la voie de la production , le capitaliste placerait ses fonds avec plus de discernement et de sécurité, et la foule des consommateurs qui n'est autre que celle des travailleurs , serait moins exposée aux manœuvres immorales de la cupidité et de la fraude.
L'industrie manufacturière, comme moyen de travail, est sujette à des imperfections et à des intermittences , qu'aucune force humaine ne saurait maîtriser, parce qu'elles tiennent à sa nature : essayer de les guérir, ce serait tenter l'impossible. Les voies