‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 21 sur 93 · EMPRESSEMENT DES ÉLÈVES. T · texte numérisé non relu

EMPRESSEMENT DES ÉLÈVES. T

cours avec un recueillement égal à celui de leurs plus jeunes camarades ; et Ton dirait que ces hommes rudes et laborieux trouvent, dans les exercices passagers et inuocens auxquels ils se livrent une diversion qui les arrache pour quelques momens à leur tâche pénible et journalière; ce sont des pères de famille, des jeunes gens en pleine possession de la vie, des hommes assiégés par toutes sortes de besoins, qui sortent un instant des tristes réalités de notre civilisation pour se plonger dans le monde moral, comme dans une eau pure et réparatrice.

Les instituteurs des écoles mutuelles réunissent aussi des adultes lé soir; mais leurs classes parais-

sent moins suivies que celles des frères. L'impulsion morale y est moins forte, quoique les instituteurs ne négligent pas les occasions de cultiver l'âme de leurs élèves.

Les cours de chant se rattachent aux amusemens publics; et c'est peut-être pour cela qu'on les a jugés avec moins de faveur, que les cours d'une application utile. On a dit qu'ils n'étaient pas en rapport avec la condition de ceux auxquels ils étaient destinés. Cette objection n'est pas concluante ; car les airs les plus brillans de nos opéras sont tous les jours colportés et chantés sur la voie publique. Ces airs appris par les ouvriers, jpour ainsi dire à la vo-

iio COURS DE chant;

lée, sont répétés par eux^ k l'eiivi, dans leurs ateliers et dans leurs modestes mansardes. Pourquoi leur interdire des chants notés et les accens harmonieux d'une composition savante^ quand on ne peut les empêcher de saisir et de rendre quelquefois avec goût, à Taide du seul instinct musical, des airs extraits des œuvres de nos meilleurs maîtres ? L'administration municipale marche dans une excellente voie; ne la contrarions pas. Elle n'est peut-être pas encore bien convaincue des effets moraux et civilement utiles de la subvention qu'elle a destinée à l'établissement des cours de chant, parce qu'on est malheureusement enclin à croire, dans les classes éclairées, que le peuple n'est pas fait pour sentir le charme des nobles amusemens, des émotions de l'âme, tandis que ces amusemens ont au contraire, pour lui, un irrésistible attrait, et qu'il est toujours prêt à s'y livrer avec ardeur : les faits le prouvent complètement. Je signale cette erreur, attendu que les meilleurs esprits n'en sont pas exempts, et qu'il serait. fâcheux de la laisser s'accréditer.

Les économistes et les administrateurs n'ont pas assez réfléchi sur la portée morale des amusemens public^, et en particulier, sur ceux qui peuvent convenir aux classes laborieuses. Les amusemens sont pourtant un besoin de tous les âges et de toutes

UBUR imLn:^ morale. m

les conditions. Plus l'homme est pauvre et sujet au travail^ plus il doit trouver de distraction et de délassement dans un amusement propre à émouvoir soa âmei à Téleveri en flattant aes sens. Le cœur hunuûn est si inquiet, si morose, si jaloux de ce qui le touche, il a tant de penchant à se faire le centre de tous ses sentimens et de toutes ses pensées , que rhomme le plus réellement heureux est celui qui trouve le plus souvent Toccasion de se détacher de sa propre personnalité pour arrêter sa pensée sur quelque chose qui ne soit pas lui. Intéressez son cœur par le récit d'une belle action , par des vers oa des chants qui expriment de nobles sentimens, qui peignent les tableaux aimables de la nature , et vous le verrez avide d'émotions, maîtrisé, et attendri par la force toute puissante des beaux arts. La musique, le plus séduisant , le plus pur de tous , est capable, plus qu^aucun autre, de plaire au peuple, et d'exciter tour-à-tour dans son âme des sentimens énergiques et délicats. Les monumens historiques de Tantiquité témoignent universellement de l'influence de cet art comme moyen de civilisation. Pourquoi rejetterions-nous ce moyen , lorsque les ressorts publics de la morale sont si a££aiblis parmi nous? Si les gouvernemens veulent s'affectionner les masses, il &ut qu'ils captivent leur confiance en leur procu-

lia couns ja^ chant;

rant autant qu'il est en eux, du travail, de l'instruction et du plaisir. Il faut qu'elles puissent dire aux factieux qui les sollicitent contre eux : nous avons notre part dans la distribution des jouissances sociales; cette part est en rapport avec la simplicité de nos goûts, avec le temps dont nous pouvons disposer; elle nous suffit, et bien loin de vouloir porter atteinte à un état social où nous tenons une place honorable, nous sommes prêts à le défendre contre toute espèce d'attaque.

On se récrie contre la grossièreté des amuseroens d'une partie des classes ouvrières, et quand les corps municipaux des cités les plus considérables du royaume s'efforcent de substituer à ces amusemens des habitudes plus décentes, et capables de satisfaire l'esprit sans le troubler, d'égayer l'imagination sans la souiller , ou épilogue sur le choix des amusemens faute de pouvoir en critiquer le but moral. Pour moi, je me plais à dire que l'administration a sagement compris les besoins des classes ouvrières; elle a pensé, avec raison, qu'il fallait à ces classes si intéressantes , autre chose que du travail. Elle a songé à occuper leurs loisirs d'une manière agréable et utile tout à-la-fbis , et elle a créé ce vaste et bel ensemble d'institutions scolaires , appropriées au sexe et à lage des élèves, institutions dont celle du

Page 1