DE LA CLASSE PAWRE
Pendant les années iSaS, a4 et aS, où la constroctioa des maisons dans Paris prit un si grand déyeloppement, les capitalistes et les constructeurs ess yèrent dans certains quartiers très populeux de bâtir quelques habitations desjtinées i la classe laborieuse, mais comme ces habitations ne pouvaient servir en totalité à Fusage de cette classe , à cause de la cherté des premiers étages, il fidlut faire appel, pour la location de ces étages, à une autre classe de personnes qui , en raison de sa condition et de ses habitudes d'ordre et dé propreté, n'ayant aucuns points de rapport avec les locataires des étages élevés, ae jugea pas à propos d'occuper les mêmes maisons qu'eux.
Les habitations construites pour l'usage des clas« ses ouvrières ne remplirent donc pas entièrement le bat de leur destination et firent peser sur ceux qui en étaient propriétaires des non-valeurs considérables. La spéculation , avertie par les premières et coûteuses expériences qu'elle avait faites, abandonna ce mode de construction^ en rejetant le mauvais succès sur la difficulté de réunir sous le même toit des conditions et des fortunes trop différentes. Cette difficulté était grave en effet, et les constructeurs l'auraient peut-être évitée si, voulant, comme telle était leur intention, établir des loge- II. 9
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mm» pour les classes ouvrières et les artîsaii», ils avaient choisi les emplacemens de leurs construc* tioiis dam las quartiers éloignés du centre de Paris afin de les payer moins cher, et de faire refluer dan ces quartiers, par l'appât de logemens commodes e à bon marché, la partie si nombreuse de la popula tion ouvrière qui est entassée dans les petites rue^ des quartiers du centre.
De Tayeu même des constructeurs, de grande £autes ont été commises par eux dans la conception et l'exécution du plan de leurs entreprises^ aux épo* ques dont nous venons de parler; mais, quelles qui soient ces fsiutes, s'il fut une époque inopportune pour élever des bâtimens appropriés aux besoins d< la classe pauvre, ce fut sans contredit celle où toutes les puissances de la spéculation étaient dirigeai vers la construction par un entraînement aveugle, Cette concurrence extraordinaire, et qui tenait di l'enivrement, occasiona une augmentation toujonn croissante du prix des terrains, des matériaux et di la main-'d'œuvre ; augmentation hors de proportioi avec le produit locatif qu'il était raisonnable d'e8p4 rer. Or, dans cet état de choses, spéculer sur les logemens des classes ouvrières dont la solvabilité est toujours si chanceuse, c'était aller bénévolement au devant des difficultés et des hasards les plus pro-
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près à ruiner tout à-Ia-fois le capitaliste et le constraèteur; et c'est ce que réyènement ne tarda pas à confirmer.
Les temps les plus favorables k ces sortes de coDstructioni sont ceux où les terrains et les matériaux sont à bas prix ; et malgré ces avantages il serait encore douteux que des capitaux, ainsi em« ployés, rapportassent autant qu'un placement infecté à des constructions réservées aux classes aisées; les difficultés que les propriétaires éprouvent eo général dans le recouvrement des loyers qui leur sont dus par les classes ouvrières, les détourneront toujours fortement d'une semblable spéculation, indépendamment des autres risques qui y sont attachés.
Il serait' digne de la'philanthropie de tenter la solution de ce problème, en appelant les capitaux noA pas égoïstes, mais bienfaisans,au secours des dasses ouvrières. Je suis convaincu que la générosité française ne serait pas sourde à cet appel , et ^pi'il se rencontrerait des personnes riches ayant à cœur de concourir à une œuvre utile à leur intérêt autant qu'à leur considération ; car le but de cette œuvre ne serait pas seulement de procurer aux famiUes pattvïfes des logemens commode^ et* salubres, mais d'assurer «itx capitalistes un revenu net, ^al aux
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deux tiers au moins des produits ordinaires des maisons construites dans Paris. Telle est l'opinion de constructeurs habiles qui ont étudié les moyens de pourvoir à l'amélioration de la demeure des classes pauvres, à l'aide de la bienfaisance publique.
On pourrait an surplus organiser la gestion de ces immeubles de manière à rassurer complètement les bailleurs de fonds sur leur mise. Un comité de sur> veillance choisi parmi eux contrôlerait les actes de cette gestion et veillerait à l'entretien des bâtimens, ainsi qu'à la répartition des loyers après le prélèvement de toutes dépenses. Il y a dans les quartiers qui touchent à la circonférence de la ville, d'anciennes maisons conventuelles ou d'autresgrands bàtimens qu'on obtiendrait probablement à un prix raisonnable et qu'il serait aisé de convertir , à peu de frais, en habitations pour la population ouvrière. Ce mode de construction serait le plus économique de tous j et devrait fixer de préférence l'attention particulière des hommes bienfaisans^ qui seraient disposés à apporter leur tribut pour l'accomplissement de cette spéculation salutaire et toute nouvelle.
Les sociétés industrielles dont j'ai proposé l'organisation , en traitant de l'industrie , seraient parfaitement propres à multiplier les constructions d'habitations pour la classe ouvrière , si le gouver-
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nemeat les autorisait dans l'ordonnance royale contenant Tacte de leur institution à recevoir des legs àas ce but ; on £siit de semblables libéralités aux hospices pour le soulagement des pauvres malades ou infirmes, pourquoi n'en ferait-on pas aux sociétés industndles , afin de procurer aux pauvres valides et à leurs familles les avantages d'une habitation salubre et commode , moyennant un prix raisonnable? Ces avantages devraient être incontestables y afin d'ôter aux ouvriers économes et r^lés toute raison de préférer leurs réduits actuels aux nouvelles demeures qui leur seraient offertes. On sent que celles-ci j malgré la défaveur attachée parmi les classes pauvres à tout ce qui est nouveau ^ ne tarderaient pas à être vivement recherchées. Aussi voudrais-je que les préposés des sociétés n'ad« missent comme locataires, dans les maisons confiées à leur surveillance, que des ouvriers munis d'un certificat de moralité de conduite régulière signé par lin chef d'atelier et visé par le maire de la commune. Ce certificat devrait spécifier que Touvrier, chef de £âmiUe ou vivant avec une femme, est marié légitimement- Cette dernière condition éloignerait sans doute les individus qui se plaisent dans le concubinage, mais elle aurait aussi pour effet d'exciter desérîeiTsesréflexiôns dans l'esprit de ceux de cesindi-