‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 4 sur 93 · DISTRIBUTION DES EXERCICES SCOLAIRES · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES EXERCICES SCOLAIRES

morale et religieuse. L'âge tendre de ces enfans^ qui flotte entre deux et sept ans , peut donner la mesure de leur éducation. Je ne connais rien de plus aimable et de plus intéressant que leurs exercices et leurs ébats. Soumis à une discipline parfaitement assortie à leur faible constitution , ils apprennent de bonne heure à obéir; ils passent du travail à la récréation, et de la récréation au travail, avec une égale facilité. La mobilité particulière à leur âge ne permettant pas aux maîtres et maîtresses d'asile de fixer long-temps leur attention sur le même exercice, ils la reportent d'un objet à un autre avec tant d'à-propos qu'ils l'occupent sans la fatiguer, jusqu'aux heures des repas ou de la récréation. Cette distribution bien entendue des exercices et du plaisir leur rend le séjour de l'asile très agréable. Il suffit de les voir dans la cour ou dans le préau pour en être convaincu. Il y a des asiles dans Paris qui ne contiennent pas moins de cent à cent cinquante en fans. Celui de la rue de l'Homme- Armé est un des plus nombreux et des plus remarquables, à cause de l'extrême indigence des parens qui y conduisent leurs enfans et de la diversité des cultes auxquels ils appartiennent. Il y a beaucoup de juifs mêlés aux chrétiens, et malgré les croyances contraires des familles, comme les notions religieuses qu'on y inculque aux enfans

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ont pour unique but la connaissance et Tamour de Dieu, aucune de ces croyances ne se trouve froissée.

L'instruction morale revêt quelquefois dans ces réunions d'enfans une forme dramatique : on en jugera par le trait suivant.

Vu enfant élevé dans l'asile que nous venons de citer, s'étant plaint un soir à sa mère qu'il avait été frappé par lamaitresse de l'établissement, sa sœur plus âgée, qui avait coutume de l'accompagner, fit le lendemain des représentations à ce sujet à l'institutrice, laquelle nia le fait et offrit d'amener l'enfant à convenir qu'il était inexact. La scène eut lieu en présence de la sœur qui resta cachée, afin de ne pas gêner les explications. La maîtresse, chérie de ses élèves, les intéressa vivement, en leur disant, qu'elle avait été affligée d'apprendre que l'un d'eux se fût permis un mensonge, tendant à l'accuser de l'avoir frappé, lorsqu'ils savaient tous que jamais elles n'avait eu recours à cette extrémité envers aucun d'eux ; que bien qu'elle eût été fort sensible à un pareil reproche , elle consentirait pourtant à pardonner au coupable, s'il avouait sincèrement sa faute; que s'il ne lui donnait pas cette satisfaction, il serait cause qu'elle abandonnerait Vasile, malgré le regret qu'elle aurait de se séparer de ses chers enfans. Ces paroles furent écoutées dans un profond silence. Tous

l^s yi^dge9 trahissaient: les émotion^ les pliis vives, lorsqu'un enfant se lève et déclare avec une angoisse qui se manifestait p^r des larmes, que c'était lui qui gvait tenu le propos rapporté à sa maîtresse, et que c'était, en effet, un mensonge dont il se repentait Cet aveu ^t les pleurs qui l'accompagnaient produisirent une impression profonde sur le jeune auditoire , qui bientôt fut ramené à des sentimens plus doux par les paroles pleines de tendresse de celle dont la menaci9 l'avait effrayé un moment. De telles leçons gravent dans les cœurs les préceptes de la morale en caractères indélébiles.

Les salles d'asile sont soumises à l'inspection d*un comité de dames qui a droit aux plus vives actions de grâces, parce que^ jusqu'au moment où l'administration municipale s'est chargée de la direction de ces établissemens , il a pourvu à leur entretien avec un zèle et une prévoyance qui ne se sont jamais démentis. Ce comité est désormais inséparable de l'institution des salles d'asile. En effet, qui, mieux que des mères de famille animées d'un dévQument volontaire et désintéressé , pouvait surveiller utilement un dépôt si délicat et si fragile; qui, mieux qu'elles, pouvait Tentourer de cette sollicitude et de ces attentions dont l'enfance a tant de besoin. Des inspecteurs ou des inspectrices salariées n'apporte*-

raient pas dans leurs fonctions cette énergiq inqra}^, cette charité douce et ardeiitei q^i est si ingénieuse, ai féconde chez les femmes » et qui les rend si h^r biles dans tous les offices de la bienfaisance, Nou^ ayons fait remarquer que la jeune population rasr semblée dans les asiles appartenait à la par^e la plus pauvre des classes laborieuses» Les dames chargées de son inspection occupent toutes , au contraire , une position élevée dans la société ; elles ont du loisir, de la fortune, ou tout ^u moins de Taisance. Leurs fonction3 ne se bornent pas à s*enr quérir de l'état intellectuel et moral (des asiles compris dans leur ressort ; elles reçoivent de la bouche des chefs d'établissement toutes les demandes qui peuvent tendre non*seuleroent à procurer des véte^ mens auxenfans les plus malheureux, mais encore à soutenir leurs parens par quelques secours. Il est de ces dames qui , entraînées par leur zèle charitable, ne dédaignent pas de porter elles«>mémes leurs pieuses offrandes aux êtres accablés dont elles surveillent les enfans , et qui, à la vue dWe pière ou dW père gisant malades sur quelques poignées de paille, ont éprouvé, après un vif saisissement, toutes les douceurs de la commisération, tout Tattendrissement de l'humanité; leurs paroles bienveillantes, plus encore que leurs libéralités, pénètrent jusqu'au

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cœur du malade , et adoucissent les privations qui l'environnent. Si quelque chose ennoblit le rang et la fortune j c'est assurément une telle conduite. Elle fait plus , elle donne à la personne qui la tient, le sentiment de sa propre estime, et l'encourage à la pratique du bien qui est le fond de toute morale et de toute religion.

Les salles d'asile sont une des institutions les plus utiles et les plus populaires de notre temps. Dans une grande partie des villesjndustrielies, où l'autorité municipale a eu la sagesse d'en établir, les ouvriers, après quelque hésitation, n'ont pas tardé à en reconnaître les avantages, et à y envoyer leurs enfans. Ces écoles ont produit d'autant plus de bien par rapport à ceux-ci, que beaucoup d'entre eux, employés dans les fabriques comme rattacheurs, ou à d'autres titres, se livraient forcément à des travaux prématurés, et que le séjour de l'asile, en favorisant le développement de leurs facultés morales et intellectuelles, fortifie en même temps leur santé, et les prépare de la sorte insensiblement à la vie laborieuse et pénible qu'ils doivent commencer plus tard. Si la bienfaisance publique peut s'appliquer avec succès à l'amélioration morale du peuple, c'est sans contredit, en aidant par son intervention active, par ses conseils, et au besoin par sos dons, ^à la

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multiplication et au soutien des salles d'asile. Une des questions les plus essentielles et les plus urgentes d'économie sociale, est celle qui concerne la fixation légale de l'âge auquel les enfans peuvent être employés dans les fabriques, sans dommage pour leur santé et pour leurs mœurs , ou tout au moins de manière que ce dommage se fasse sentir le moins possible. Cette question a une connexité manifeste avec l'institution des salles d'asile^ puisque celles-ci ont été créées spécialement dans la vue de préserver les enfans de périls analogues à ceux qu'ils courent dans les grands établissemens industriels, lorsqu'ils y sont admis de trop bonne heure ; et ce but n'intéresse pas seulement le sort de l'enfant du pauvre , mais celui de l'état lui-même, qui doit apporter la sollicitude la plus attentive dans la conservation des forces de la population, et dans l'intégrité de ses mœurs.

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