POUR COMBATTRE LA PROSTITUTION
plier aussi les avantages qu'ils procurent à la société. La condition des prostituées est telle, qu'il est impossible de les mettre en rapport avec des associa* tioDS charitables, si ce n'est dans la prison et à Fhôpital. Là elles sont sous la main de l'administration ; et la surveillance continuelle dont elles sont l'objet ne permettrait pas de soupçonner les intentions des personnes bienfaisantes qui viendraient avec l'assentiment de l'autorité leur faire des exhortations propres à les arracher à la prostitution. QueUe inconvenance y aurait-il à leur recommander des habitudes d'ordre et d'économie, à combattre chez elles cette légèreté, cette insouciance, qui ne leur taât apprécier que le présent^ et leur ôte non-seulement l'espoir, mais la pensée de se préparer un avenir stable et tranquille? Donner aux habitudes d'une Mrsonne vicieuse une direction qui lui fournisse tu jour les moyens de sortir du vice, est-ce régulaiser le vice pour le perpétuer? Non, c'est le réguariser pour arriver en définitive à son extirpation.
Les dames de charité ne se proposent pas d'autre 3ut dans les visites qu'elles font aux prostituées dé- :enues à titre de punition. Leurs allocutions simples ^1 touchantes vont toujours au cœur de ces infortunées, qui admirent leur dévoûment désintéressé, et s'interdiraient la plus innocente raillerie sur leur
cop3fte I par uo. sentia>ettt •. ivvéai6\i\Àid de re^>aat« Qpi. pou vrajLt niétre pas «attawlii mu lisut . tes «détails que Par£nl-JDuchÂtelBti(i) dQiim à CQt égard dam. son (Ouirrage 4&ur la* prostiludonJ, Le jugQ]DCuœt«qii'Âl. pprte.da TinfluenceMUorale, de» Teligieafi€»> ccp^pa^ rée à celle des dan^&de charité^ est ^plein^d^iSen^^et de tacty et constate cette vérité trop.soun^Bt.méconinue, que la religion, en s'adressait à de&étnes corrompus, doit employer un aiUre^lang^get un autr^tOiOrfit d'autres formes qu^< ceujc. dont .elle fait . u$^^ .k>cs*> qu'elle parle aux fidèles rassemblés dans sesteo)ples« Une des causes qui ont le plus afîaibH l'action; du catholicisme sur les masses, et en: particulier, sur les hommes éclairés, c'est la multiplicité des pratiques et la longueur des offices. C'est aussi ce qui &it que , dans les prisons , la rdiigion opère si peu de bien. Les aumôniers ou plutôt les prélats qui les dirigent ne veulent pas dévier des traditions reçues: cela est orthodoxe , sans doute ; mais cela n!€sl; pas charitable, cela n'est ^pasccbrétien^t Le sentiment .religieux est une affection sympathique comme tous les sentimens qui. remiaent l'âme, comme >tou8 les instincts moraux.; il faut répondiîo à ses besoius
(i) De la prostitution dans la viUe de Paris, considérée sous le rapportée ^'hjigièaepmhUqu9j delamoraU^de Vadmnistratiom a*, édition, Paris id37» t. a. p. 546 et soi T.
Dpdîfiéft-^pM râge^ le «exe, Ih condition des per^ OAnasiy pottT réveiller, pour lé dé^rdiopper. Voilà HajjOfquoà le» proetiMiëes ont teujoara reçaa^r re-^ lOttiUiigRimoe^lés consentions; -qufc leur^ éMient>ap^ iPirtéeB paf le^ dattea!d6^diarMi!^ femme» como» UoSy comprenaBtt leurs'prennères'falblesses et TesK* r^inkemeat qui lesl avilit perdàes, tandis qu'elles ont CMijours montpé de réloignement pour les relî-^ îeuaes prenant leur point de départ et leur but aiia> Ufi» au tr^ monde que le monde 011 nous som«^ 10»^ et voulant les assujettir à des pratiques minuiauses^ui les fatiguaient sansJes rendre meilleuves^ 1 8$^ns offrir même quelque adoucissement à leurs- Mones* Yoilà pourquoi, froides en entendant là oesse et les instructions théologales de l-aumônier, lies éprouvent un extrême* plaisir à chanter des antiques écrits dans leur propre langue, et accessibles à leur intelligence. Tous; ceux qui ont observé îSrprisons sont frappés de la fausse route dans la* uelle marchent les chapelains, et sont affligés du ort que ceux-ci font involontairement à la religion. îous aurons Toccasion de reproduire cette remarjoe plus d'une fois.
Hors- de la prison et de l'hospice il y a deux claswis de personnes qui seraient à portée dé concourir utiknept à l'amélioration morale des prostituées :
a 56 INFLUENCE DES BliDECliDrS DU DISPENSAIRB
06 sont les médecins du dispensaire et les commis-
saires de police. Les premiers peuvent beaucoup sur les prostituées lorsqu'ils les traitent avec égard et bonté. Plusieurs d'entre eux sont dépositaires de secrets qui intéressent la réputation des familles les plus honnêtes. Les confidences qu'ils reçoivent, sans les provoquer^ sont dues à ce besoin d'estime et d'intérêt qui presse plus encore les créatures avilies parleurs désordres que le reste du public, lorsqu'elles se trouvent en rapport avec d'honnêtes gens occupés à leur faire du bien. Ne serait-il pas avantageux aux bonnes mœurs que l'administration engageât chacun des médecins du dispensaire d'user de son influence sur les femmes publiques pour les encourager à contracter des habitudes d'ordre et de prévoyance? Une circonstance choisie par eux avec à-propos pourrait rendre un semblable conseil salutaire et décisif pour le sort de celle à qui il serait adressé. Cette idée est neuve , je crois ; elle mérite d'être méditée par l'administration.
Les commissaires de police seraient aussi en position de développer chez les femmes publiques des penchans honnêtes ou du moins capables de balancer en elles ce nonchalotr et cette imprévoyance qui réduisent presque toujours ces malheureuses à la plus profonde misère, lorsque les progrès de l'âge
BT DES OOXlf ISSAJRES DE POUCE SUR LES PAOSTITUJ&ES. ^S'J
ne leur permettent plus d'exercer leur trop facile industrie. J'ai recueilli des £aits à cet égard qui constatent Futilité que Ton pourrait tirer de l'action morale des commissaires de police ^ sans que cette action affaiblit en rien le pouvoir de l'autorité centrale.
Le commissaire de police exerce une véritable magistrature. C'est un censeur populaire. Non-seulement il constate les contraventions et les délits commis dans la circonscription de son autorité, mais la loi lui confère le droit de faire arrêter les inculpés et de les déférer à l'autorité centrale de laquelle il relève. Indépendamment de ce double droit, qui est purement répressif, le commissaire de police est investi d'une sorte de patronage, et ce n'est pas la partie la moins puissante ni la moins utile de ses fonctions. Ce patronage il le tient de sa position , beaucoup plus que de la loi. Il est en rapport avec le caractère même de l'homme, et il ne vaut qu'en raison de la valeur morale de ce dernier. Alors même que le commissaire de police use de son action répressive, alors qu'il interroge le contrevenant ou le délinquant, il lui est loisible, d après le cours des choses, de mêler à ses interrogatoires des enseignemens moraux qui peuvent faire pénétrer d ms le cœur de l'inculpé des germes de repentir et d amendement.
U y a parmi le peuple une^ classe d'individus nouv ris dans des habitudes Tiolentes ou adounésiauvice^ qui forme pour ainsi dire la clientelle du commissaire de police* Il les punit et il les protègç selon les circonstances. II les gouverne dans sa petite spibère^ et. épargne ainsi à l'autorité centrale la connaissance d'une foule de petits débats , qui ^ sans être. des méfaits>ne laissent pas de troubler la paix^e la cité. L'action disciplinaire du commissaire de police a lieu de s'exercer tous les jours dans les quartiers habités, par la classe pauvre. Je connais tel de.ces fonctionnaires qui, durant un long exercice dans un ides faubourgs les plus populeux de Paris , s'était acquis sur la partie turbulente de ses administrés une. telle influence que, survenant au milieu d'une rixe-, et ordonnant au plus tapageur d'aller .subir.deu^< heures de détention au poste le plus voisin ,.il était obéi sur-le-champ sans avoir besoin d'employer la voie de la contrainte. Mais si ce même homme avait besoin plus tard de ses bons offices, il l'aidait avec bienveillance et il fortifiait par cela même son autorité sur son esprit.
En général ces tempéramens , outre qu'ils impriment de la dignité à la force publique, la consoli* dent sensiblement j^ parce qu'ils la font reposer sur la justice et la bonté, deux ressorts qui peuvent
boancoop pour maîtiise? fie» pâ99kMi9 populaires. Le commimaire de (police dont je viens de parlar, placé mamtenant auicoBtfe de la .prostitution, se* dirige r d'afHnèsi le rméiBAi esprit* Il est»séi^ère à l'égard des fiUeS'^publiques^ mais il sait aussi les protéger contrele» insultes et les mauvais traitemens. Ayant eu Toc* casiMi' d'interposer récemment son autorité pour fiHce/obtenir. à une fille la > réparation d'un outrage gravo^etoettefille s'étant contentée d^ane indemnité^ il la^détermina par de sages conseils à en déposer le montantàla^caisse d'épargnes. Comme elle éprouvait quelque appréhension à se présenter dans un lieu où ne^ se rendent ordinairement -que des personnes bien famées, il offrit de l'y accompagner, et il se conduisit avec tant d'égards et de discrétion envers elle^ que le dépôt se fit sans le moindre incident fâ* cheux, et que, par surcroît de bon sentiment, la déposante qui était tout^à-fait illettrée, quoique polie et agréable par Vélégance desies manières, prit l'engagement, sur les représentations «du commissaire, de fûre tous ses efforts pour apprendre à lire et à écrire.
Quand, sur cent prostituées, les commissaires de police et les médecins d u dispensairen'én amèneraient que dix à placer leurs économies à la caisse d'épargnes^ ne serait-ce pas uB'bie» réel? Neterait-^eepasun
a6o rxiuTÉ b'vn vestiaire
exemple d^ordre qui pourrait en faire naître d'autres dans cette classe de femmes. L'autorité centraient pourrait-elle pas donner à ses délégués et aux médecins qu'elle emploie des instructions conformes àces vues , sans se départir de la ligne de conduite qu'elle s'est tracée? Il n'y aurait, ce semble, dans cette manière d'agir, rien qui ne fût très raisonnable, très moral et très compatible avec l'attitude sévère que la préfecture de police tient à garder avec juste raison pour contenir les prostituées dans le devoir, et pour leur ùAve sentir toute la bassesse de leur condition.
Les filles de maisons, comme on sait, ne possèdent aucun vêtement qi^i leur appartienne; elles n'ont ni linge, ni bas, ni souliers , étant dans l'usage de se défaire, lorsqu'elles entrent dans une maison de prostitution, desvêtemens qui les couvrent, vêtemens presque toujours grossiers et de peu de valeur. Ce dénûment que les maîtresses de maisons ont jusqu'ici favorisé et même provoqué pour assu* jettir plus aisément les filles à leur volonté, est cause de débats continuels entre elles. En effet, il est des filles qui, à la suite d'une qu er elle avec les femmes qui les tyrannisent, disparaissent de la maison, emportant faute de bardes personnelles , les effets dont elles sont parées; cette soustraction est dénoncée à
DANS LES MAISONS DE TOLS1IA.KCE. 'a6l
ia police qui fait arrêter les filles auxquelles on les les impute, soit pour les obliger de restituer les effets qui ne leur appartiennent pas, soit pour les punir administrativement si leur soustraction a le caractère d'un vol. t.
Afin de mettre un terme à ces scandaleuses discussions, le commissaire de police dont nous avons déjà signalé la philanthropie et Thabileté , a eu la pensée de faire établir un vestiaire ou une roberie dans chaque maison de tolérance de son quartier , et il est parvenu à réaliser ce projet dans quelquesunes de ces maisons. Le vestiaire qu'il a introduit contient les bardes les plus indispensables à Fusage de chaque fille, de sorte que, lorsqu'elles veulent ^ quitter la maison , elles n'ont aucun prétexte pour emporter les effets de celle-ci : cette mesure me pa« raît utile autant que morale.
Quoiqu'elle soit de nature à profiter aux maîtres* ses de maison& non moins qu'aux filles, il est vrai^ semblable que son auteur aura de la peine à en gé • néraliser l'emploi. L'obstacle naîtra de la cupidité des maîtresses de maisons plus encore que de l'in^ souciance et de la dissipation des prostituées; je dis
la cupidité des maîtresses de maisons , parce que, bien qu'elles aient intérêt à conserver les toilettes de leurs filles, dont quelques-unes ont une valeur
qui A'e&t ^pa& moindre rie .600 franco p^ il Iqurimporte encore f davwtage 4e . mw^^nir oes. filles en eut de servitude ^.afiade^ouvoir^em Urer:piurtiyrle plus long-4;ex9ps {KJissîible. £t le «i<^en le plus sun pour ce^ effet , est d'entretenir en elles l'esprit ,d'wpffévoyance . et • 4e - 4ésordre ispii les ««ractérîse 1 Mjates par une suite. ^ceasaire^ des traditions. Gorruptpkes de leur, métier.
Les inspecteurs de. police ont leidroit et le 4AiK>ir d'arrêter les prostituées à des heures indues. ou lorsqu'elles portent atteinte à certaines disposition» «des réglemejis qui les régissent. D'après la- ruftieufr-^ publique, il semblerait que l'arfaitEaire préside qudquefois à ces arrestations, c'est-à-dire que plusieutfs filles, surprises en ocMQtvaventioa par^lesôuaspecteurs, parviendraient à 1 se 1 délivrer de leurs mains j à prix d'argent ou par des condescendances^ équivalentes, tandis. que d'aul»es^,dont.la:iautejiie serait pas plus grave , .m^is qui i u'auiriiieBl: > xd les moyens < de leur plaire, ni les. moyeosrdlacheter l'impunitéi de leur faute, subiraient, au» oon traîne,! toute la rigiueurdu réglen^ent.
Lie bruU de^ees tnaiifiactioBs illicites «st particulièrement répandu à SainteLazai^y^ lieu de détention des fiUespuniesiradmkiÎBtrativement : il 'a pris une teUejiiX)nM8taiioe ^ cpi^eo idôit ^mipposer- quUl. repose
TRA]!fSiraiO!rS''nXtCfnSS AVEC £S$"PHOSTITui£S.«2i63
sur des faits vrais. Je sais que l'administration a sévi plusieurs fois contre de semblables abus ; mais je crois que le contrôle qu'elle exerce sur les inspecteurs n'est ni assez direct ni assez sévère, et qu'il serait utile de l'organiser de manière à soumettre ces agens'à une surveillance plus efficace.
L'histoire de la prostitution , à Paris, écrite par Parent-Duchâtelet , renferme une série si considénable* d'essais. xmde projets discutés ,. maisy non sasiceptibles d*cxéçution , qti'il serait difficile et presque iiiifiMsikl& d'indiquer: en cette- matière une niesiire capitale qui n'ait été prévue et discutée par l'admiikifttralâou;'. Je bornerai: dotic mes propositions au petit nombre d'améliorations de détail que je viens d?éfioiicer.
a64 jLLTÉKATias on caeactèrb péital