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CHAPITRE IV

Système aocien de détention dans les prisons françaises. Innorations intro* doites. — Altération dn caractère pénal de ces établissemens. — Alms di* vers attachés an régime fondé snr la vie commune. — Son iaflaesan par* niciense snr le détena an*dedans de la prison et an-dehors. — Remède inconi* plet apporté aux abus signalés. — filaison de réforme des jeunes déteoiiSa«* Mêmes défectuosités. — Comparaison de la condition des classée nécestt* tenses à celle des malfaiteurs et de celle des malfaiteurs Hbres à celle des détenus. — Du système pénitentiaire aux États-Unis* — AMwm séparée et îndiçidueîle (système de Philadelphie). — Rédusion /ondée smr U aknce avec travail en commun et isolement pendant la nuit (système d'Auhom).-» InconTéniens du système silendenz. — Examen de ses diTersee applieatîoBi en EuroprS— Avantages de la réclusion séparée, modifiée par Fosage dn droit de locomotion qu*on pourrait attribuer au détenu*— R^onse à plu* sieurs objections élevées contre le- système de la séparation îndKfidndle. (c)

L'étude des prisons est une de celles qui présentement occupent le plus les esprits dans le monde civilisé. Les philosophes et les gouvernemens, par Teffet d'un heureux accord , se donnent la main chez plusieurs peuples pour hâter les progrès de cette étude-

(x) Ce chapitre a reçu des additions considérablef.

DES PRISOirS FEAlfÇÀIS£S. ^65

intéressante et vraiment sociale, et rharroonie de leurs efforts semble garantir la solution prochaine des difficultés qui ont rendu l'opinion publique si long-temps flottante et incertaine sur le choix qu'elle devait se proposer parmi les systèmes de répression et de réforme discutés devant elle.

La discipline des prisons , après avoir été purgée, chez ces mêmes peuples , des traditions immorales et barbares du moyen âge, a été régie par des idées philanthropiques dont les conséquences ont été exagérées au préjudice de l'intimidation et de l'intérêt réel de la société. Les gouvernemens ne se sont inquiétés que des moyens d'assurer la détention du condamné, et d'alléger la charge de son entretien mise au compte de l'état. Us ont introduit par suite le travail dans les maisons de correction, et ils en ont réparti le produit entre les condamnés et l'administration, espérant que l'appât d'un certain bien-être dans le sein de leur captivité, et d'un pécule au moment de leur libération, inspirerait aux premiers le goût et l'habitude du travail, et les rendrait à la société, sinon tout-à-fait amendés, au moins aptes à gagner leur vie , et disposés à se soumettre à la loi commune qui est le travail. Les geôles ont été de la sorte transformées en roanuÊictures di8d][)linées avec une sévère rigueur, mais privées d'un caractère

(^^ XS9ILI «BU starrism siutrcfEux

pén^l ^suffisant pour rendre lenr'séjour haïssable »€t propre' par 'cela Toême , à * rattener les condamnés^à des'sentimens^bonnétes'et ^ une Tie régulière.

•Oét'état de choses a été en empirant jusqriSà' ce jour, surtout en France. Dorâtit; son^dernier et «ourt ministère, M. Gasparin, "chargé ^ do portefeuille de l'intérieur , a essayée par un notrveau> règlement de détruire les abus principaux qui infectaient nos fxiâi- £ons centrales de détention (i). Il y a prescrit , pour cet effet, le silence absolu , excepté daais < cer^iiiB cas relatifs aux exigences du travail; il a interdit, d'un autre coté, le débit et l'usage des liqueurs'fe^ inentées que les détenus avaient la faculté de'se procurera la cantine, et il a déterminé sous certaifies restrictions la nature et ^a quantité des èrlinaen^ *qui' pourraient 'leur être vendus. Enfin ,'îl a exigé que les fonds composant le tiers du produit du travail exécuté par ' les détenus et mis à Itur disposition potar adoucir leur captivité, fussent'déposés' au greffe de la maison et qo^aucnn prisotmîw cfe'^pèt'Tétiferfet'porlion hiK appaf'tenaiit que sur an mandat' du'direieteur.

' Ges'diverafes^nTesures sont dignes itféloges ,' en Tài- «oivdésfhitieiHiottd'dà tetrr auteur, à Texceptionfle

OKH6rifBiLl0iid''À' <yrgaimenleffeileiice<t)0mn6 MO <fe8épK«alii»fm«ialeentre'le&détetittswEe silence, en>4iiiiiiiiiaDt les^moonTé&iens de' la vie cofomune par Lo^r^nlMTes; qu'il apporte: aiia conmunktlJDns xmiles^ estâftpuissant néanmoins' ipour prévenir' sks uelationsYisueUeSy et c'est en quoi le régime inCroduit par M.Gasparin est' défectueux et caduc, et ne saurait étreadmis que comme palliatif^ ainsi que «ons aurons l'occasion de le démontrer , en examinant la théorie du silence comme système pénitentiaire. Au sanpluSy comme Tancien mode d'emprisonnement, BDsâgré: les réformes qu'il a subies,* conserve encore' des partisans > même parmi les directeurs des maiisaiis de détention y jfai pensé qu'il ne serait pas inutile d'en donner au public un aperçu rapide , afin derle» mettre en état de se prononcer, en pleine comiNumancettle cause ,.sur l'importante question du ré*gime^dies prisons.

'.Ay^Ê^^lai âoaise là exécution y 'dans les maisons centimes, ^douréglement conçuparM.'Gasparin, les dét^l»4i3^'ayMt droit à -un denier, despocbe, dont > ils potiMtent f disposer . librement ^ . l'espirit de » philanthrc^Q , et "d'industrie qui planait jsur toutes;les mai- (onsidai correction, y lôléirait desifcMiTBUnresfxjui excitaient les passions les plusgnissièresyietïdoii'? liaient ' lieu. souTtnt à deicoodamnâblesi^xirès^ét à

a 68 RiGIME DES HA.ISONS CENTRALES

de sales orgies. Les habitués des prisons , qui for* ment la majeure partie de leurs habitans, s'apercevaut que la pénalité inscrite dans les lois du pays, n'entraînait d'autre privation que celle de la liberté; qu'à l'aide du travail il leur était loisible de se procurer, malgré leur captivité, les jouissances sensuelles auxquelles ils pourvoyaient , avant leur emprisonnement, par la rapine et par le vol, avaient fini par Élire violence à leur paresse pour se livrer an travail , et ils avaient arrangé leur vie de manière à subir leur incarcération le plus doucement possible. C'est avec le denier de poche qu'ils ajoutaient à la nourriture peu savoureuse de la maison , des alimens agréables , et même recherchés ; que , dans certains établissemens , ils buvaient du vin jusqu'à l'ivresse, sauf dans ce cas, à payer leur intempérance de quelques jours de cachot , punition que, d'ailleurs , ils paraissaient peu redouter. Cest avec les mêmes ressources qu'ils parvenaient à satisfaire leur passion frénétique pour le jeu et de détestables ardeurs. Il est afiQigeant de penser que , parmi les em-* ploy es des prisons , il en est plusieurs , qui préparaient par leur entremise, ces intimités révoltantes^ et que dés sommes considérables étaient absorbées par cet infâme négoce.

Voilà un échantillon du régime ancien de nos

AVAHT l'application DU NOUVEAU SYSTÈME. 369

maisons centrales de détention. Si vous ajoutez à cela l'enseignement effronté de toutes les doctrines antisociales et du crime lui-même , vous aurez une peinture exacte des abus qui ont flétri le régime des prisons qu'une philanthropie inconsidérée et une fiscalité aveugle nous avaient imposées.

Ce régime n'avait pas seulement pour effet de fermer la porte an repentir chez les détenus qui débutent dans la carrière du crime , mais de développer en eux leà mauvaises passions qui les avaient ^rés, de les aigrir de plus en plus, et de faire sortir de la peine de nouveaux attentats, au lieu d'en &ire découler de meilleurs sentimens et le ferme dessein de rentrer dans les bornes du devoir. Le nouveau règlement, bien que les distributions intérieures des maisons centrales ne se prêtent pas^aisément à son observation rigoureuse, au moins, en ce qui concerne le silence , a dû mettre un terme aux discours pernicieux des docteurs d'immoralité que renferment principalement les maisons de cette catégorie, mais à coup sûr il ne réussira pas à empêcher les entretiens à voix basse, les saillies obscènes et immorales et les gestes déshonnétes, qui seront maintenant d'autant plus familiers aux détenus les plus corrompus , qu'ils auront moins d'occisions de répandre , parmi ^lenrs compagnons de

captivité, le poison deieorr.doQfrîp^ ^et.le cyoisnB. da. leurs passe-temps. li< par viendra^ epcore moinaii empêcher les. relations visuelles, des > condanmé»^ quoiqu'elles soient la^source d'un : gpcaud Jionabre^ de rechutes ou de récidives, lors de Félargissement de ceux qui ont accompli le temps de leur peine.

En effet, parmi les condamnés libénés, il n*j a guère que le petit non^re, dans l^ordre actuel d^ choses, qui songe, au moment de sa mise en liberté^ àse réconcilier avec la société par uneconduite^gU' lière et des habitudes laborieuses ;. tout le reste, imbu des idées corruptrices et malfaisantes qui 'Circulent dass les prisons , ne rentre dans le monde qu!ei>en-i nemiw Les premiers s'étudient à racbeter leurs torts antérieurs par 'de bons sentimens et par un travail soutenu; il n'est pas rare qu'ils aient le bonheur de s'unir à une éppuse honnête, et devenus pères, de famille, ils s'applaudissent secrètement de leur nouvelie condition, où ils trouvent tout à-Ja-fois .estime, sécurité et affection, mais exempts de crainte^ tant qu'Us. n'ont de rapports qu'avec* des gens debieoyib soBt exposés à) de terribles épreuves lorsqu'ils viennent à rencontrer quelques, camarades; de prison; li« bérés comme eux.

Si ceuxH^i ont eu la sagesse d'embrasseriune prof fessioQ utile et L'énergie* nécessaire pour persévérer*

dajcis.i:e. parti». l'occaiioD ^qui Lea met en pvésenee; les uns des. autres. ne.. peut que les. flatter et.lesxenor/ii gueilUr à leurs.propres yeuzy.car de.criminels <}ii'ils^ étaient, ils sont transformés en câtoyens estimableA;., mais quelle, situation^ quel trouble^ quel abioie pour un libéré honnête, lorsque .celui, qui l'aborde, n'a. pas. renoncé, à ses .anciens désordres , à ses :habli^ tudea de rapine,, et que le. travail lui est antipa^ thiqae. Sortis.du même lieu d'expiation, L'un ^'y est retivempé, tandis cpie lautre n'a fait qu'y ajouter des vices à ses vices. La direction . de., leurs idées doit donc être différente ainsi quaienr: langage. .L'un parlera travail, .bonheur domestique, repos, lorsque fautre ne parlera qu'indépendance, plaisirs des sens y coups de fortune; l'existence, obscure, mais tranquille, du libéré repentant, sera -traitée par le malfaiteur de chétive existence, de servage ^, peut* être de lâcheté ; il . étalera sur sa main quelques pièces d'argent, ou des pièces d'or, fruit d'un vol de la veille, et il piquera l'amour-propre de son ancien compagnon d'infortune en lui portant le défi d'en montrer autan t7aloux de le rabaisser à son niveau , il lui adressera des paroles amies, lui offrira des se-* cours pour l'attirer à lui ou dans la bande à laquelle il est affilié j enfin il mettra en œuvre tous. les artifices du mal pour ébranler ses bonnes résolutions^

^7^ INSUFFISANCE DU NOrVCAU RlÉGLEMEJilT;

Si l'ouvrier, si le père de famille, qui fut criminel avant de contracter le goût du travail et d'une vie paisible et modeste, pouvait compter sur l'intérêt, sur la pitié du public, lorsque après sa libération il a fait preuve de probité et d'obéissance aux lois, nul doute qu'il ne trouvât dans le bon vouloir de la société des forces suffisantes pour résister aux funestes insinuations d'un anden compagnon de capti^té endurci dans le mal ; mais quels ne doivent pas être la perplexité et le tourment du malheureux qui, fort d'une bonne conscience, depuis qu'il a payé sa dette de douleur, voit l'existence de sa famille et la sienne près d'être compromise par les révélations du libéré relaps que le hasard lui a fait reïicontrer. Il dépend de lui de prévenir ces révélations, en associant sa destinée à celle du bandit , dont les suggestions et les manœuvres ont eu pour but de l'engager dans ses sinistres projets; mais, en prenant ce parti, l'avenir de sa femme et de ses enfans est perdu. Cet avenir, comme le sien , sera désormais livré à toutes les chances de la loterie du crime.

Que si, au contraire, l'amour de la famille et la voix de la conscience l'emportent chez lui, il doit s'attendre à de pénibles anxiétés et peut-être à de cruelles humiliations. Le génie du mal, personnifié dans le misérable qui a vainement essayé de le se-

PREtîTES. 2^3

Aoii^, épiera toutes les occasions de le noirdr; il dénoncera au public ses méfaits passés et l'emprisonnement qu'il a subi pour les expier. Il le peindra comme un homme prenant les dehors de l'honnêteté pour mieux tromper les gens de bien; en un mot, il essaiera de soulever contre lui, s'il le peut, le mépris et la défiance du chef d'atelier qui l'emploie, dé ses compagnons de travail, des personnes qui habitent la même maison que lui, de telle sorte que honni et repoussé de toutes parts, il soit contraint, pour fournir à sa subsistance et à celle de sa famille, de se jeter de nouveau, malgré les meilleures intentions , dans la carrière du crime.

Il n'est pas jusqu'au prévenu relaxé qui ne soit exposé dans le monde, par suite de sa détention , à des incidens fâcheux et à des traverses résultant des confidences indiscrètes ou malveillantes d'un codétenu lil)éré de sa peine.

L'idée de séparer les enfans des hommes faits, dans la distribution des prisonniers, est une des améliorations les plus importantes qui aient été introduites par la nouvelle théorie des prisons.Chacun sent ce qu'il y avait d'imprévoyance et d'immoralité dans le vieux système de la réunion de tous les âges, qu'on a pris enfin le parti d'abandonner, notamment à Paris,

où le mal était le plus désastreux.

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