‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 54 sur 93 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

a ^4 JEUNES détenus;

Malgré la supériorité incontestable du nouvel ordre de choses, l'état de promiscuité existant parmi les jeunes détenus est une cause active et permanente de licence et de dépravation ; tioh que cette licence ait pour objet de porter ouvertétiietit atteinte aux lois disciplinaires de k maisoil de réforme où ils sdht enfermés ^ mais {:larcë (Qu'elle él pour effet de corrompre les mœurâ et d'eicitei* à \i paresse. Le passage de l'ancien mode de détéiitiotl au nouveau est donc un progrès ; maiâ ce progrès , il ne faut pas se le dissimuler, est edcore Iditi Ati hUï que doit se proposer la réforme.

Le rapprochement des jeunes détenits dans \ëi cours paralyse l'influence salutaire du travail , des instructions et de la discipline. On travaille , on écorutë les exhortations bienveillantes et marales du directeur ^ de l'aumônier^ de l'instituteur ; triaîd pendàttt lé« W^ créations, les communications des enfaffd li^étantlre^ traintes par aucune entrave, les plus pervèrd inoculent leurs mauvais principes à ceux QUi lé Ébikt le moins. G'^st ainsi que le fojer de la cdrruption eêt entretenu perpétuelletnent , même parnii d^s étrM faibleè, dont plusieurs sont à peine sdrtl^ de là {iref^ mière enfance. Cette corruption est telle , tlhez quelques-uns, qu'ils pourraient le disputer âUx condamnés les plus cyniques et les plus éhontés. Sans

mCON.VKNIETTS DE LA VIE COMMUNE. 27 5

vouloir, je le répète, établir la moindre comparaison entre le système disciplinaire d'autrefois et celui qui est en vigueur aujourd'hui, je tiens à constater que nos maisons actuelles de réforme pèchent par la même cause que les lieux anciens de détentioti, et cette cause est la vie commune des détentis^ Elle est d'autant plus datigereusé ^ qu'elle agit , sur ces derniers , au^dehors comme aurdedans de l'établiôsèment pénal.

L'influence ^ hors de la maison de discipline^ des rapports créés entré les détenus parla vie commune, amène de fréquentes rechutes et tend à miner sans cesse la moralité des eniansdu peuple, qui jouissent, comme on sait, d'une liberté si préjudiciable à euxmêmes , à leurs parens , età ]a société tout entière-. Le jeune libéré, que le séjour du pénitencier n'a point corrigé , recherche des compagnons de paresse et de désordre^ non moins que le libéré adulte, c'est hh Jrai vicié et contagieux qui grossit insensiblemelit dans toutes les grandes villes ^ et qui tend à multiplier la population des malfaiteurs ^ sans autre impulsion que celle de ses propres vices-.

L'exacte conformité qui existe sous ce rapport

entre les deux classes de libérés que nous venôùs

de peindre^ nous a déterminés à les étudier du

même point de vue et à faire servir, autant que

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possible , à l'une et à l'autre ^ les moyens de correction et d'amendement que nous aurons l'oc* casion de proposer bientôt, en examinant les divers systèmes répressifs et pénitentiaires appliqués ou projetés, soit à l'étranger, soit en France.

Qu'il nous soit permis avant de commencer cet examen , de nous arrêter quelques moraens sur un £ait d'économie sociale, qui, à notre gré, devrait dominer la discipline de toutes les maisons de détention , et qui, pourtant, n'a pas été pesé j usqu'ici par l'administration. Je veux parler delà condition matérielle des classes nécessiteuses comparée à celledes malfaiteurs.

Quiconque a vu le pauvre dans sa demeure^ et le malfaiteur dans le lieu de sa captivité, ne saurait nier que le bien-être matériel du coupable ne l'emporte de beaucoup sur celui de l'honnête indigent. Cela est principalement vrai dans les maisons centrales et même dans les bagnes, où le détenu trouve, dépendamment de la propreté et de la salubrité, des avantages domestiques dont le pauvre ne jouit pas toujours, et dont la possession certaine serait pour lui le terme de ses souhaits. Ainsi le réclusionnaire couche seul dans un bon lit , tandis que l'indigent, quand il possède un lit complet, est obligé le plus souvent, s'il est père de famille, de le partager avec sa femme et ses enfans, à moins qu'il ne

COUPARÉE JL CEUX DES Bl^TENUS. tk'jn

sou/Tre que ceux-ci couchent sur la paille , sur des copeaux^ et^ ce qui n'est pas rare, sor une simple toile recouvrant le carreau de la chambre. Le dtftenu est chauffé pendant la saison rigoureuse; il a de bons vétemens, des bas, des souliers que l'on renouvelle dès qu'ils sont usés; il change de linge aussi souvent que les ouvriers les moins gênés, au lieu que l'indigent est souvent exposé au froid, faute de moyens de chauffage, travaille sans bas jusqu'aux premières gelées, n'est pas toujours suffisamment couvert ni chaussé, et n'a guère plus de deux chemises. En cas de maladie, son meilleur refuge est l'hôpital, où il n'est pas mieux que le malfaiteur dans l'infirmerie de la prison.

. Les forçats n'ont pas de lit complet ni séparé, excepté quand ils sont malades. Ils couchent habituellement sur des lits de camp, où chacun d'eux repose enveloppé d'une couverture de laine, avantage qui serait envié par plus d'un pauvre ouvrier. Ils sont chaudement vêtus l'hiver et entretenus proprement en toute saison ; ils ont de plus, l'avantage de travailler en plein air ; et l'on a dit avec fondement qu'à tout prendre, leur sort était moins pénible que celui des réclusionnaires.

Parlerai-je de la nourriture? Celle des détenus des nnaisons centrales et des bagnes est frugale et peu

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variée, sans dpute ; mais elle ne leur raapque jamais, tandis é|iie l'ouvrier, en ayapt ]a faculté d'obtenir avec son salaire des alimens meilleurs et plus savoureux que ceux des détenus, est exposé à des obômages et sujet à des charges domestiques qui le Goadamuent souvent à s^imposer des privations auxcelles le détenu n'est jamais réduit, tant quHl reste soumis à la discipline de la prison.

En opposant Tune k l'autre les situations respectives de Feuvrier et duinalÉaiteur, mon dessein n*est pas de montrer qu^il est nécessaire de les égaliser sous le rapport des privations. La société^ du moment qu^elle ôte à un individu sa liberté pour un temps plus ou moins long, à titre de châtiment, doit lui assurer des moyensrd'existence, puisqu'elle Vempèche 9 par la détentioù qu'elle lui fait subir, fie pourvoir lui-même à ses besoins avec le secours de ^ propre iiidu^t rie. J'ai eu seulement potir bat dé niëttrè en évidence le contraste affligeant qui existe chez nous entre le bien-être du pauvre honnête^ et celui du méchant : contraste qui, par la plus choquante des anotioatîes, fait pencher la balance au profit de ce dernier, dans le lieu même où il est détenu pour accomplir l'expiation de ses méfaits.

L'immoralité de ce contraste disparaîtrait, si l'on restituait à la peine de l'emprisonnement le carac*

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tér^ ^0 gmvité et d'intimidation qu'elle a perdu, ou plutôt §i on lui imprimait la terreur salutaire à laqufslle ré^istP la forme actuelle de nos prisons et de QP^ bagaeft* Cette réforme, en réduisant le malÊii-' teur 9U strict pécessaire, et en &isant peser sur lui ^ yéj[itàh\p cbâtimeat, aurait pour effet de fortifier h vé^îgn^tioQ du pauvre dans ses jours de détresse, 9k de Iq Qonvaiaoro que si la société fournit à la subsi^taime d|i coodamoé, c'est que celui-ci est l'esclave 43 }a peine qui lui a été infligée par là loi , et que çiitt^ peine emportant la perte de la liberté du coii* iffMûf ^t pon la perte de sa vie, la justice et 1- huma- BÎté commandent de lui assurer les moyens d^exister jusqu'au moment de sa libération.

Le rapprocl^ement que je viens d'établir entre la position matérielle du pauvre et celle du malfaiteur m'a paru indispensable pour donner une juste idée de la pénalité aptuelle de la séquestration dans les maisons centrales qu dans les bagnes. Les philanthropes et les écrivains qui étudient la théorie des prisons devraient mener cette étude de front avec celle de la vie intérieure des classes pauvres , pour ne rien hasarder d'imprudent ou de dangereux sur une matière si délicate et si importante, les rapports de ces deux études nous paraissent intimes , et si pendant l'exercice du confiieil général des priions,

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