‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 59 sur 93 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des cas où Tenfant peut être dctena dans une maison de correction. — Détails sûr le t>ëoltéacicr des jeunes détenus à Paris. — Effets àe la rcclosioft séparée appliquée dans ce pénitencier à nne partie des jetines détennt. — Avantages de ce régime sous le double rapport de la santé et du travaU iJadustriel. -— Des mises en liberté provisoire considérées comme ressort à employer dans la pratique du système de réclnsion individuelle* — Toél d'exécution. — Nouvelle méthode d'instruction élémentaire appropriée an régime de la séparation. — Instruction morale et religieuse ; explications à ce sujet* — La célébration dé là mesie n'est pas obligatoire à l'yard des détenus; usages de Téglise catholique dans des cas analogue». «— Distii^ bution de l'instruction professionnelle à une population de 5oo jeunes dé* tenus. — Des moyens de procurer l'exercice de la promenade à la même population, en l'accordant béparément et à tour de rôle à chaque individm — Choix des surveillans. — Examen de la question au point de vue laïque et au point de vne rebgieux. •— Des visiteurs officiels. — Motifs qui nous Soigneraient d'appuyer leur concours. — De Tinfluence morale que les employés supérieurs d'une prison de 5oo détenus pourraient exercer sur ceuxci. — Des colonies agricoles appliquées aux jeunes détenus comme établissemens disciplinaires. — Du patronage à exercer sur les jeunes libérés. ~- Motifs qui constatent l'utilité de cette institution. — Insuffisance des élémens actuels de la société de patronage de Paris. — Moyens de recrutement soit volontaire, soit forcé pour mettre le personnelle cette société en rapport avec les besoins de la libération provisoire ou définitive.

Parmi les méfaits qui sont l'objet de Faction pénale , il en est que le législateur a couverts d'une sorte d'indulgence , en raison de l'extrême jeunesse et de l'inexpérience des délinquans. Il a établi une

DANS TT9E illATSÔJf DE GORAfeti¥lÔ!f. ilà

gradation entre ces derniers rïiéfdits , dotit plusieurs ne sont même que des écarts , et il les â punift di« versement, selon qu'ils étaient plus ou moins gravés. La correclion dont Us 6ônt élisceptibleâ est ordonnée danft tous les cas par l'autorité judiciaire. MâtS quand il ne s'agit que de simple» éeartà , elle é^t prononcée sans eontradiction possible de la part du âiagistrat, sur la demande du père de famille , qui eti est l'arbitre souverain $ ai l^enfant est âgé de ttiôtnS de êei^e ans. Passé cet àgë ^ lé père ne petit qtié re» quérir la correction» Le président du tribunal d'àr« rondissement , qtii délivre l'ordre d'arrestation iAm' contrôle , dans le premier cad , peut le refuiiër ôU abréger le temps de la détention requise par le père ) lorsque l'enfant a plus de seite ans.

La détention par mesure de correction patertiellé, est une dernière eiitrémité à laquelle le ehê( dé fe-» mille tk recourà, en eas d'insuffisance de la dlstfpline domestique.

U est des cas, où la partie ptiblîque f provoque d'offiee la Correction de l'enfant arrêté , sous Tincutpatlob d'un délit, quand l'aecusé a moins de iieize ans< s'il est reconnu, dans ce eas, qu'il ait agi isâns discernement^ U âerà Acquitté, mais, en même tempâ, il

sera remis à ses parens par le tribunal, ou conduit dans une maison de correction pour y être élevé ou

3a4 PEiriTElfCIER DES JECMES DlÉTEIfUS, A PARIS.

détenu pendajit un certain nombre d'années, qui ne pourra excéder l'époque où il aura atteint sa vingtième année.

Ainsi, à l'égard des mineurs, les lois françaises ad* mettent deux sortes de moyens de correction: l'une, qui dérive de l'exercice de l'autorité paternelle , et qui participe de la magistrature domestique; l'autre , qui a sa source dans la justice ordinaire , et dont le père ne peut adoucir l'action que du consentement de l'administration, à la différence de ce quia lieu dans les cas où la détention est décidée par lui, sous l'autorité du président du tribunal compétent, ou ordonnée par ce dernier sur sa demande.

Une des mesures les plus louables et les plus salutaires de la réforme des prisons a été , ainsi que nous en avons déjà fait la remarque , de séparer les jeunes détenus des adultes. Cette mesure qui, de Ëiit, date de 1 833, en France (i),sauf en ce qui concerne les enfans delà correction paternelle, qui^ partout, et notamment à Paris , ont été soumis constamment a un régime spécial ; cette mesure, dis-je , n'a été réalisée d'une manière régulière que dans un petit nombre de grandes villes , au moyen de la construction ou de l'appropriation de maisons affectées à cette

(i) Circulaire du ministre des travaux publics, aux préfets, en date du 3 déoembre i83a.

PlhnTEirGIER DES JEUNES BéTENUS, A PARIS. 3a5

espèce particulière de détention. Paris est une des villes les mieux partagées sous ce rapport. Le pénitencier qu'on y a construit pour les jeunes détenus, ne remplit pas sans doute toutes les conditions qu'on aurait pu attendre d'un programme mieux entendu que celui d'après lequel il a été érigé ; mais, malgré ses imperfections, ^on ne saurait disconvenir qu'au moyen de quelques modifications de détail , il ne puisse être mis aisément en état d'assurer, selon le principe de la réclusion individuelle, l'éducation disciplinaire des jeunes délinquans , et même des enÊms qui y sont détenus par forme de correction paternelle.

Cet établissement , qui contient plus de cinq cents cellules , a été le théâtre de tant d'expériences propres à améliorer le régime moral des nombreux enfans qui y sont détenus , que le lecteur me saura gré peut-être de lui faire connaître , sinon la série entière de ces expériences , au moins celles qui se rapportent au mode de détention basé sur la séparation .

Les communications qui m'ont été faites à la préfecture de police , sur les résultats que ces dernières expériences ont produits, me mettront à portée de fournir des détails précis et circonstanciés , sur le système de la réclusion séparée appliquée aux en-

fepfi* J'éprouy§ d'autant plu* 4e satiftfiiçtion à p»^ Wiw (O^W ^ffor^ faits saqa bruit pw l'^dminia^ tf^itioi) ( ppur r^ndr^ c^ ay^tèinQ ^ppliogble aux \mnH dçt^nua , que je trouverai plu» d'una loia dans Hf^pn expp^é j Toi^ç^siq)) de faira rassortir le zèle parc sévér^nt et éclairé de M, Gabriel Pelessert , auteup d& i;e% divwsQ» ax{^éri0na^ , ^t que je doi9 la faveur ^«1^ «aWWV^mc^tiQDfi dont je vaifi rendre comptera rahlig9PiPt§ fmtr«iPMQ de ce c^^gistrat;» qui a eu la sAfies«9 4'fi¥pédmexit6r lem§ment, mais avec con^ 4t|inçQi j^u9n4 dautr$a itifatuési d'idées aystématiquesi épilQgM^iQD^ contre, 1^ principe de ees expé« riences , qu'ils ne connaissaient paa ûu qu^ls ne

VQul^ient fMs çonoaitre.

C'^t d^^Vfîer 1 83iS que data la mise en vigueur

da 1% récluf4on aéparée dans la maison dea jeunes

4fita^U«« Au Qommeneementy ce mode de détanûon

V(% ^t^ £ippUqué qu'auni enfans de la correctioq pa>

taruf^lf^s k f^^Uia de la hpièYeté du séjour que ces

dét^m fpQt dans la maison. Leur captivité n^excède guère en effet trois à quatre mois.

L'orgapistatiou n^atériaUa du quartier de la cor-

(x) Depuis que ceci a été écrit, M. le préfet de police a jugé à propos de rendra publics une grande partie [des reueignemens qui m'auraient été corn-

A VM PARTIE DES JEUNES DJÎTEmTS. 3^7

reotion paternelle , tel qu'il est en ce moment constitué, peut se résumer en peu de mots.

Au I ^ et au a"* étage d'une des ailes rayonnantes de la prison , existent, desservies par un corridor , deux rangées de cellules dans lesquelles sont enfér^ mes leseufans.Ges cellules construites dans la pensée dhin système de séparation pendant la nuit seulement, sont peut-être trop peu spacieuses (elles ont sept pieds et demi sur six pieds ) , mais on a remédié à cet inconvénient par une ventilation constante qui renouvelle l'air, autant qu'il est nécessaire. A la porte de chaque cellule est pratiquée une espèce de guichet, qui met le détenu dans quelque endroit de la cellule qu'il se place , sous les yeux des employés préposés à la surveillance. Des calorifères sont disposés de manière à maintenir pendant fhiver la température à lin degré modéré, et le soir toutes les cellules sont éclairées au moyen de lampes* Le coucher se compose d'un lit hamac , consistant en une toile tendue de la muraille à la cloison opposée et sur laquelle est posé un matelas, un traversin en laine, une couverture en été, deux en hiver , et une paire de draps changée tous les mois; une petite table, une chaise ou un tabouret, et quelques objets de propreté complètent cet ameublement. Le régime disciplinaire du même quartier n'est

3a8 RÉCLUSION SlSPARiE, APPUQVÉE

pas moins simple. L'enfant, dès qu'il y est admis, cesse d'être appelé par son nom de famille y on le désigne par le numéro de sa cellule. Il est astreint à garder le silence et à se livrer à une occupation constante qui est réglée par l'administration. Gomme le séjour des enfans de cette catégorie dans la maison est de courte durée et ne permettrait pas de leur apprendre un métier, on se contente de leur faire exécuter un travail , qui peut être enseigné en quelques séances , comme , par exemple, la confection de chaussons. Ce travail est interrompu à une heure fixe, par les exercices de l'instruction primaire. Des livres de morale et de piété sont mis à la disposition des élèves, et lorsque l'enfant a reçu un commencement d'instruction, il trouve dans le pénitencier les livres d'études qui peuvent lui être nécessaires. Le directeur, l'aumônier, l'instituteur et le médecin , font de fréquentes visites dans le quartier, et s'entretiennent chaque fois avec les enfans dont le nombre terme moyen ne monte pas au-delà de vingt-cinq à trente.

Les parens ont la faculté de voir leurs enfans détenus une fois la semaine. Cependant, l'administration, de concert avec M. le président du tribunal, a cru devoir interdire toutes relations entre les jeunes détenus et leur famille pendant les premiers quinze

A UmS PARTIE DES JEtJKES DETEBTUS. SlQ

jours de leur captivité, pour les mettre à portée d'apprécier la gravité de leurs fautes et de sentir l'amertuine d'une séquestration, qui a pour effet de les priver des témoignages affectueux et même de la vue de leurs parens les pi us proches ; cette séparation ainsi prolongée dès le début et dont le terme ne leur est pas indiqué , produit sur les enfans à ce qu'il parait , une impression profonde et salutaire, puisqu'elle peut faire naître le repentir dans leur âme et leur inspirer le dessein de se bien conduire.

Chaque jour si le temps le permet, un certain nombre d'enfa os est conduit à la promenade dans les chemins de ronde des pénitenciers ; cet exercice a lieu isolément, c!est-à-dire que les enfans appelés à en jouir, s'y livrent à tour de rôle, pendant une demiheure sous la surveillance d'un gardien. D'après la règle établie, chaque enfant peut sortir de sa cellule trois à quatre fois la semaine, selon que le temps est plus ou moins Êivorable et selon la force numérique de la population.

Le régime alimentaire est fixé ainsi qu'il suit :

Tous les jours | ^ ^'"^'^ '{? ^^ P^^", ^''' *^^^°^;

** I 2 onces de pam blaDc pour la soupe.

une soupe grasse aux légumes le matin.

Cinq fois la semaine { quarteron de viande de bœuf désossée

pour le diuef.

33ô itictusioir siPARiB, appliquiêb

Ile matin soupe maigre aux harioQU, pain ou riz, avec quelques léc^umes verts, fricassée des mêmes substances pour le dîner.

Le vestiaire se compose d'une veste et d*un pantalon de drap, pendant l'hiver, en toile, pendant Pété, et d'une chemise dont le détenu change toutes les semaines.

Telles sont les dispositions matérielles et le régime du quartier de la correction paternelle; voyons maintenant quels en ont été les résultats :

Sous l'influence de l'ancien mode de détention, c'est-à-dire, pendant que les enfans étaient exposés aux dangers de la vie commune, les récidives étaient dans les proportions de 3o sur i3o. Quinze mois après l'introduction de la réforme, et durant cet

intervalle de temps, on n*a compté que 7 récidives sur ^39 enfans détenus à la demande de leurs familles.

Ce premier résultat, qui est un indice non équivoque de l'efficacité du système cellulaire complet, par rapport à l'amendement des jeunes détenus, n'aurait aucone valeur, ou du moins le prix en serait singulièrement affaibli, si les craintes conçues par quelques personnes sur l'état sanitaire ou sur les facultés intellectuelles des enfans soumis à ce régime s'étaient réalisées. Mais, chose inespérée

A TINS pAUTi^ pfi4 ifcuKis piiTrana, 33 1

if^pm le& préjugé» ei^iatapa, 1m effets de Fiflole-

rmt fia ^ont produit» dan» un «ens diamétralement

opposé,

Pan^ 1^ dernier» moia de 1 838 et les premiera mois de 1 839» ^'^^ espèce d'épidémie a frappé sur k pénitencier, dont la population générale n'était pgs moindre glor» de Sooà 55q individus; 90 se »Qnt trpuvés ensemble k Tinfiriperie j or, on 0 oonataté q^e, pendant quç te maladie était à »pn période le p)p& élevé , lea enfan» mn en cellule dan» le quar*lier de h oorrection paternelle , ont été pour ainsi ijjre épi^rgné», puliqu'on n*en a eomptéque deux qui Oient été atteint» çt encore l'ont-il» été d'une manière fort légère- Au ipois df^. mai 1 339 p tandis que^ sur la pppulatipn »oumi»e k la vie commune» le nornbre les malade» était de 1 »ur 6 i/it , il ne s'en trouvait ^a un »eul sur 4a çn&n» plaeé» dan» h même quarts Â^r ni parmi 90 autrftfi cellule» dan» d'autres parties^ ie la maiaon* Ce» faits semblables répondent mien:^ ]U§ tous le» raisonnemens aux appréhensions les personnes^ qui seraient portées à attribuer au système de l'isolement une action pernicieuse lur la santé des prisonniers. L'épreuve faite sur des adolescens et sur des enfans est sans contredit la plu» décisive qu'il fut po»sible de tenter à eet égard.

33» AVANTAGES DE L^ISOtEMENT SOUS LE RAPPORT

Oa a souvent répété , que la solitude de la cellule favorisait le développement des habitudes vicieuses chez les individus adultes , et les adversaires du système de l'emprisonnement individuel se sont efforcés de propager cette assertion , qui lui est contraire, en se fondant sur des témoignages qu'il n'est pas permis de révoquer en doute, mais qui ne sont pas aussi concluans qu'on voudrait le faire croire; car ces témoignages se rapportent , en général , aux prisonniers les plus dépravés et les plus indiscipUnables des maisons centrales , prisonniers qui, heureusement , forment une très faible minorité. L'administration des prisons de Paris n'avait pu se défendre elle-même de quelque crainte à ce sujet, en appliquant dans l'origine le celtulage complet, aux enfans de la correction paternelle ; mais au bout de quelque temps d'expérience , elle reconnut que ses appréhensions n'avaient pas de fondement, et que l'isolement, loin d'exciter les mauvais penchans, les amortissait, au contraire, par le moyen du travail , de la lecture , de la promenade , des paroles bienveillantes des préposés de la maison ; si bien que des enfans sujets à ces désordres, et dont la santé s'épuisait dans la vie commune , avaient recouvré leurs forces, par le seul effet de la séquestration. La contagion des habitudes vicieuses est si

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