INSTRUCTION MORALE ET RELIGIEUSE
que l'exercice de vertus négatives; car le travail, quoique placé au rang des vertus, est plus encore une nécessité impérieuse de la vie humaine , un de ses ressorts organiques et fondamentaux, qu'une véritable vertu : il est indispensable de travailler, comme il est indispensable de respirer pour vivre. C'est surtout à des enfans que leurs vices plutôt que leurs méfaits ont conduits dans une maison de correction, qu'il est convenable de rendre facile la pratique des devoirs sociaux. Les exhortations morales que nous conseillons n'excluent pas, taiits^en faut, l'invocation de la protection divine. Cette invocation serait d'autant plus puissante sur l'esprit de l'enfant qu'on lui peindrait l'action de la divinité sous des couleurs plus aimables et telles qu'elles doivent appartenir à l'influence de l'être souverainement bon et indulgent. Nous concevons que le clergé ait à cœur de propager les idées et les habitudes religieuses parmi les classes hon* nétes de la population. A l'égard des condamnés, il est nécessaire avant tout, pour ne pas jeter des pêr rôles au vent, de cultiver en eux le sens moral, parce qu'il est perverti, et que dans notre société, bonne ou mauvaise, le langage qu'on parle communément en tous lieux est celui de la morale, le seul que tout homme qui prétend à l'estime soit inexcusable
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de ne pas mettre en action, et à plus forte raison de ne pas comprendre.
L'instruction professionnelle, à la différence des deux premières , ne comporte pas d'autre méthode que le mode d'enseignement individuel. Les essais tentés sous ce rapport dans la maison des jeunes détenus ont surpassé toutes les espérances , puisque les entrepreneurs attachés à cette maison sont unanimes pour réclamer la mise en cellule des enfans qu'ils emploient dans leurs ateliers.
Le nombre d'enfans qu'un contre-maître peut former et diriger comme apprenti , varie suivant la nature de la profession; il est des contre-maîtres qui n'occupent pas moins de trente-quatre enfans. Il est vrai de dire que dans l'état actuel de la réclusion séparée d'une partie des détenus, le métier qu'ils enseignent à leurs élèves est facile: telle est par exemple la fabrication des chaînes de sûreté ; d'autres chefs-ouvriers ne peuvent conduire que quatorze apprentis^ ainsi que cela se pratique pour la confection des tabatières; néanmoins dans les deux cas, la tâche du contre-maître n'offre aucune difficulté sérieuse et n'entraîne aucun effort extraordinaire. En général, et sauf certaines professions dont l'apprentissage est aisé, on compte que, dans le système delà séparation, il faudra un contre-maître pour dix enfans; chaque
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entrepreneur étant chargé du choix de ses contremaîtres et de la responsabUité de leur conduite , il est très important que Tautorité se montre vigilante et sévère sur cette partie du personnel et qu'elle ne mette les jeunes détenus en contact qu'avec des ouvriers moraux , et dignes de la confiance dont ils seront revêtus. Les conditions du marché de l'entreprise seront peut-être plus onéreuses pour l'administration, en raison des exigences du nouveau ré'^ gime sous ce rapport ; mais le surcroît de dépense que ces conditions pourront occasioner sera compensé par des garanties morales capables de contribuer efficacement à l'amendement des jeunes détenus. En exposant le mécanisme de la détention individuelle appliquée à une partie des enfans renfermés dans le pénitencier de Paris , nous avons fait voir avec quelle facilité ce mécanisme fonctionnait ^ au moyen de la promenade accordée aux uns trois fois la semaine, et aux autres une seule fois, en raison de leur position moins favorable et des difficultés momentanées du service. Comme il serait possible que le lecteur eût des doutes sur les moyens que possède l'administration d'étendre la promenade à toute la population de la maison, doutes que les adversaires du système de l'isolement s'efforcent de propager , nous aljons prouver par un calcul très simple que
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les appréhensions de nos adversaires n'ont pas le moindre fondement.
En effet si nous prenons pour point de départ le chiffre de 49^ enfans, posé comme étant la représentation la plus élevée de la population de la maison, et que nous défalquions de ce chiffre vingt enfans comme malades ou en punition, et trente autres enfans soumis à une détention continue, pendant un certain temps, à cause de leurs rechutes, au dehors, depuis leur libération, nous aurons journellement une population de 44^ enfans qui aura droit à la promenade; la durée de cette promenade étant fixée à une demi-heure et la journée étant évaluée à' vingt demi-heures, on pourra dans les huit cours ou emplacemens isolés du pénitencier, admettre simultanément à la promenade huit enfans par demiheure ou cent soixante enfans par jour, en telle sorte que dans l'espace de trois jours, tous les enfans auront joui de l'air libre et du droit de locomotion pendant une demi-heure. Ce roulement ainsi établi, il est évident que chaque enfant peut user de la faculté de se promener tous les trois jours.
Quant à l'exécution matérielle de la mesure, il serait facile de prévenir la rencontre des enfans du même corridor ou du même étage, allant à la promenade ou en revenant sous la conduite d'un sur-
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veillant , en ne faisant descendre un enfant dans la cour de sa division que lorsque le promeneur qu'il devrait reraplacer , serait rentré dans sa cellule. Il est une mesure de précaution que Ton pourrait ajouter à celle-ci^ a6n d'aller au-devant de tout mécompte: ce serait de couvrir d'un capuchon pendant le trajet la tête de chaque enfant, soit qu'il fût conduit à la promenade, soit qu'il fût ramené à sa cellule. Ce déguisement n'aurait rien , ce me semble, qui pût attrister son imagination, quand il en saurait le motif.
Je désirerais que l'on établît en saillie sur le mur extérieur des bâtimens bordant les cours afPectées à la promenade, un auvent qui régnerait tout le long de ce mur, et qui, en cas de pluie de quelques momens, permettrait au promeneur d'y chercher un abri pour continuer sa promenade. Cet abri serait indépendant des préaux qui serviraient de promenoirs pendant l'hiver ou même durant l'été, quand le temps serait mauvais. A cet égard , l'administration ne saurait montrer trop de prévoyance ni trop de sollicitude, afin de faire taire les soupçons et les rumeurs, dont probablement on ne serait pas avare pendant les premières années de l'application du système.
Enfin pour prévenir l'ennui que pourrait causer