‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villesChapitre 89 sur 93 · II · texte numérisé non relu

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(c à celui qu'il avait remplacé, quelques résultats dont ou put (c s'applaudir. Il nous éloignait déjà si fort de l'ancien r^ime « que nous nous croyions près de la perfection. Mais on reconnut (C bientôt qu'il était loin de produire tout ce qu'il avait d'abord a promis. Le cbiffre des récidives se maintint; l'ordre obtenu ce n'était qu'extérieur ; les détenus qu'on croyait amendés étaient ce précisément ceux qui l'étaient le moins ; on résolut d'aviser <( à de nouveaux moyens.

« Le vice radical de notre début était facile à découvrir. Use « trouvait y avant tout, dans les communications plus ou moins a libres des détenus entre eux , pendant les récréations dans les a cours.

ce Ce fut en vue de prévenir ou d'arrêter la circulation des a mauvaises idées , aussi bien que pour rendre l'exercice en plem (C air plus salutaire à des hommes qui , pour la plupart , avaient ce échangé les travaux des champs contre ceux des ateliers d'une « prison , que nos préaux furent convertis en jardin , et que la a culture de la terre fut encouragée, par l'abandon que fit la maice son de la presque totalité du produit de cette culture, au profit a de ceux qui y consacreraient leurs heures de loisir. Mais un très a petit nombre profita de cette offre; le plus grand nombre préféra ce rester à ne rien faire, et causer^ comme parle passé, s'égayant ce aux récits qu'on se faisait par groupes,, ou aux projets qu'on <K tramait dans un coin.

ce Ces causeries ne pouvaient qu*être très difficilement surveilce lées et empêchées, dans nos vastes préaux^jardins. Les abus des ce anciennes cours se reproduisaient ici, avec d'autant plus de dancc ger, qu'on croyait y avoir apporté un meilleur remède. Mais on ec reconnut bientôt l'inefficacité de ce remède, et l'on s'occupa ce d'en rechercher un autre.

ce C'est alors qu'on songea, non pas encore à introduire la règle ce du silence absolu dans les cours (cette règle rencontrait encore

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a trop d'obstacles à vaincre, dans l'opinion publique et dans les « consciences timorées delà commission), mais à un moyen terme « le plus idéal qui se puisse concevoir. Donc, en i83a, on décida, <c que les prisonniers se promèneraient et causeraient, deux à ce deux seulement, à la file les uns des autres , avec prescription « d'une certaine distance entre chaque couple , et prohibition à <c chaque couple de causer avec celui qui le précéderait ou qui 1a ce suivrait. On alla plus loin ; on établit une espèce de rotation (c entre les détenus de chaque couple , de telle sorte , qu'au bout ce d'un certain temps , chaque prisonnier s'était entretenu avec <c tous ses camarades d'atelier , et avait ainsi distillé goutte à ce goutte pour tous ses camarades , pris chacun à tour de rôle , ce tout ce qu'il renfermait de venin dans son cœur. C'était , m once sieur, comme vous le voyez, moins qu'un remède au mal : c'était a un mal plus grand ajouté à tous les autres.

ce Toutefois , l'administration tira quelque profit de cet essai si ce fâcheux. Personnellement , il me valut une preuve nouvelle de ce ce dont je m'apercevais depuis long-temps , à savoir , c[ue tel ce prisonnier qui était parvenu à en imposer à l'administration , ce par de belles apparences de repentir, cachait, sous le masque ce dont il avait su se couvrir, la dépravation la plus profonde. Eu ce feignant^ à mon tour , d'être la dupe de cette hypocrisie , j'obce tins de quelques détenus dont j'étais sûr , la communication âfi ce ces dangereuses confidences faites dans le tète- à-tête desproce menades à deux. Pour le dire en passant , cette découverte n'a <e pas peu contribué à fortifier mon éloignementpour tout système ee de promotions d'une catégorie dans l'autre, bien convaincu que ce je suis que ce n'est qu'un mode d'importation de vices et d'inee famie plus ou moins dissimulés.

ce Aussitôt que la commission fut convaincue , à son tour, dea ce résultats déplorables de sa demi-mesure , elle en prit une autre ce qui devait nécessairement produire les mêmes effets. Elle défen-

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«dit; en effet, U rotation des prisonniers dans les files, mais a elle conserva la promenade à deux. Ainsi accouplés par «noraZ»tiiès, ou, comme vous le dites si bien , par immoralités de même a espèce , les détenus continuèrent quelque temps encore à dr- «c culer en rang dans les cours, avec la faculté de converser à voix a basse, chacun avec le compagnon qui lui avait été assigné.

a Tant il est vrai qu'il est difficile de se dépouiller des langes « de la routine et des préjugés.

« Cette nouvelle école, dont le souvenir me semble presque un a rêve aujourd'hui, ne fut pas plus inutile que la précédente au « progrès de la réforme. Elle amena à'eUe-^néme l'introduction a de la règle du silence absolu dans les préaux, règle dont l'ada ministralion avait eu tant de peine déjà à décider l'introduction « dans les ateliers. Le plus souvent , le compagnon de prome- « nade qu'on donnait à un détenu était précisément le compa« « gnon dont ce détenu voulait le moins. Aussi , qu'arrivait-il ? « C'est que la plupart des détenus se promenaient sans se parler, a ou se promenaient seuls, en silence , pendant des mois entiers. « Ils aimaient mieux se priver de cette communication de pensées « qu'on leur laissait libre, de ces entretiens innocens qu'on leur <c ménageait, et que^ dans le principe, on avait vèulu maintenir « comme une soupape de sûreté contre les dangers imaginaires « de la folie ou du désespoir , que de se prêter aux combinaisons « ambulatoires de l'administration. Dès^lors, tous les doutes cesce sèrent, et il fut universellement reconnu , même par les plus ce incrédules, que la règle du silence absolu , de jour et de nuit, a était une condition essentielle du système pénitentiaire.

ce Ce principe une fois adopté , l'administration mit autant de « fermeté k le maintenir qu'elle avait mis d'hésitation à le recon- « naître. Il fut donc ordonné que, pendant les heures de récréace tion, les détenus se promèneraient un à un, laissant quelcpies ce pas de dislance entre eux, et que le silence le plus absolu serait

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c< observé, aussi bien à la promenade et au réfectoire^ que dans <€ les ateliers et dans les cellules.

ce Mais y hélas ! cette règle du silence était une nouyelle décep^ ce tion qui attendait nos efforts et notre bonne volonté.

<( Nous ne tardâmes pas à découvrir que les détenus em- « ployaient mille ruses pour l'enfreindre^ et que la surveillance ce la plus active , les punitions les plus sévères étaient impuis- <c santés à en empêcher.

ce Nous reconnûmes aussi (|ue réunir des hommes en société ce pour leur interdire l'usage de la parole , était méconnaître les ce lois impérieuses de la nature humaine. Si vous reconnaissez ce que les communications sont dangereuses entre condamnés (et ce qui en douterait?) mettez-les dans l'impossibilité de se voir et ce de se lier ensemble ; construisez une prison pour chaque dé« ce tenu ; mais ne les réunissez pas dans des préaux et des ateliers ce communs^ pour les charger ensuite de coups de fouet , comme ce à Auburn^ ou les priver de nourriture ou les mettre au cachot, ce comme à Genève^ et cela, au moindre mot^ au moindre geste, ce au moindre signe ....

<e II en est de la prison comme de la société , il vaut mieux préce venir le mal que de le punir. Sous ce rapport y le système de <e Philadelphie est préventif, celui d'Auburn n'est que répressif; ce j'aurais presque ajouté qu'il est provocatif , car il fait naître des ce besoins et des désirs naturels à l'homme, pour punir celui qui ce succombe à la tentation provoquée d'y satisfaire.

« Dira-t-on qu*aucune communication grave et dangereuse « n'est à craindre, entre détenus, avec la règle rigoureuse et ince flexible du silence ? Ah ! monsieur, il faut être aveugle pour ce s'abuser soi-même ainsi ! Pour moi qui, par la nature de mes ce fonctions, suis appelé à sonder les consciences, et qui vis, depuis (( douze ans, au milieu des prisonniers comme au milieu de ma « famille, j'aurais mille choses à vous apprendre là-dessus. Sans

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a parler ici des communicatioiis matériellemeiit constatées, telles a que paroles ou gestes surpris , paroles écrites sur cuir, sur fer, a sur bois, sur papier, sur quelque matière que ce soit, par le a génie inventif du prisonnier ; sans parler non plus des moquea ries et des dédains qu'un fatal orgueil apporte et propage, en « dépit du silence, contre l'influence des exhortations et des en«

« couragemens du chapelain ; qui ne connaît les relations

a mystérieuses qui s'établissent entre deux âmes sympathiquestSi < une puissance irrésistible rapproche les cœurs de deux per- « sonnes yertueuses qui se comprennent^ mais que les lois de la « bienséance ou tel autre obstacle empêchent de s'entretenir ena semble par un échange de paroles ; s'il leur suffît de se voir « pour se deviner, pour s'entendre , pour se dire intellectuelle- « ment mille choses que la bouche serait impuissante à exprimer, « pensez tous, monsieur^ que cette puissance instinctive n'existe « pas, bien plus forte encore, dans ces âmes perdues et miséra- « blés qu'un même intérêt rapproche, qu'une même pensée du « mal anime, et qui se comprennent aussi ?

ce Quand je vois combien , avec la surveillance la plus continue. a avec le zèle le plus dévoué, la règle du silence est imparfaite chez a nous, ou la population si faible de notre prison ne se compose, «c en grande partie^ que de campagnards simples et grossiers, je <c me demande ce que serait cette règle, ce qu'elle pourrait être, « au milieu des Lacenaire, des Jadin, desFrechard et de tant d'auce très habiles qui composent la population de vos vastes maisons « centrales; et de vos vastes prisons de Paris !

« Est-ce à dire que les inconvéniens et l'insuffisance reconnue (c de la règle du silence nous aient fait abandonner cette règle à ce Lausanne, pour adopter celle de la séparation cellulaire de jour « et de nuit avec travail? Plût à Dieu que cela fût! Mais les distric( butions locales actuelles du pénitencier ne le permettent pas. « Plus tard, la chose sera possible, ainsi qu'il sufGtde vous en

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« convaincre en jetant les yeux sur le plan. En ce moment y nous (c faisons ce qu'il nous est possible de faire.

« Vous avez vu^ par l'inspection minutieuse que vous avez , <c faite de toutes les parties de la prison^ que nous n'avons qu'un a certain nombre de cellules, affectées spécialement à l'isolement « de jour et de nuit des détenus: ce sont les récidivistes qui ont « subi une année de détention^ et ceux que nous savons les plus <c pervers que nous sommes autorisés à soumettre à ce régime, ce depuis i834. Les autres continuent provisoirement à vivre sous « la règle inefficace d'Aubum ; aussi nos récidives se maintience nent-elles dans un statu quo désespérant; beureux encore et quand elles n'augmentent pas I Nous en verrions diminuer le ce nombre, je n'en doute pas , si la règle de Philadelphie était (c appropriée à notre pénitencier , avec les modifications qu'elle et comporte, et que nos localités et notre population exigent. En et attendant, nous l'appliquons fort imparfaitement à la classe de «condamnés dont je viens de vous parler; je dis imparfaiteet ment, car les détenus solitaires y jouissent tous les jours, sauf ce le dimanche, d'une promenade en plein air dans les cours ; ils <( y sont conduits par escouade de quatre ou six , et peuvent, «t comme les autres prisonniers, mais en leur absence, obtenir la « faveur de cultiver un carré de jardin; les dimanches et fêtes, ce ils sont conduits régulièrement à tous les offices qui se célècc brent à la chapelle (sauf quelques rares exceptions), et on ne ce leur interdit le service religieux en commun (pendant un mois ce ou deux) qu'à titre de punition : ils peuvent aussi, de leurs celcc lules^ entendre le mouvement et le bruit des ateliers, et, jusqu'à <c un certain point, saisir les paroles qui s'y prononcent. Enfin, ce une disposition du règlement donne à l'administration la face culte de faire cesser l'isolement lorsqu'elle le juge nécessaire , « ou utile; cette faculté a été commandée parla dimension trop ce petite de nos cellules, et par la crainte qu'un séjour trop pro-

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