‹ Des classes ouvrières en France, pendant l'année 1848Chapitre 5 sur 7 · RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Liberté y Égalité y Fraternité.

« Nous, soussignés, membres du comité du puits Grangette dit Basseville, numéro 5 , considérant qu’il est urgent de pourvoir au remplacement du gouverneur d’une manière légale , avons proposé et proposons :

« 1° Il existera dans chaque puits une manière de travailler différente. 2° Les travailleurs se connaissant tous, choisiront mieux celui qui doit les gouverner.

« En conséquence, après avoir mûrement examiné celui qui nous convenait le mieux , nous avons nommé les citoyens L. C. et N. en remplacement du citoyen E gouverneur de pré-

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sent -, et voulant nous conformer au youvernement actuel , nous les nommons seulement gouverneurs provisoires, donnant préférence à la compagnie de choisir celui des trois quelle voudra, et ferez justice.

« Demandons et sollicitons que le citoyen J. B., ouvrier, renvoyé pour avoir emporté du bois , soit reçu et remis en demeure dans notre puits, cette action étant de très-petite conséquence.

« Fait à Saint-Étienne, le 20 avril 1848.

« Signé : C., président , R., secrétaire. »

En voici une autre :

i Nous vous faisons connaître la ligne que se proposent de suivre les citoyens charbonniers de tous les puits , Hauteville , Basseville , ainsi que le puits Montmartre : Ils ne veulent entendre parler du renvoi d’aucun ouvrier, sous quelque prétexte que ce soit , et si on en venait à la Nécessité de renvoyer quelqu’un , nous demandons que les commis, les ingénieurs et autres agents de la Compagnie donnent l’exemple, en partant les premiers.

« Signé : D., président du puits numéro 3 ;

« Antoine C., secrétaire. »

i N’est-ce pas une curieuse importation de la politique dans l’industrie, queces gouvernements provisoires et ces présidents de puits , révolutionnairement nommés, sans parler des agents d’une compagnie congédiés parleurs ouvriers?

Ces deux pièces résument d’une manière expressive une situation bien grave, et retracent avec fidélité le véritable état des esprits dans la région que nous venons de parcourir. Ce sont les doctrines des associations socialistes lyonnaises , mises en pratique; c’est le trouble moral que nous signalions comme le caractère distinctif du malaise de cette grande cité. Nous le retrouvons jusque dans les habitudes fastueuses de ses ouvriers, dans leur séjour continuel au sein des clubs, et dans l’intolérance avec laquelle ils accueillent tout ce qui contrarie leurs idées.

Le plus grand malheur d’une pareille situation, c’est qu’elle sera sans remède pendant toute la durée de la génération actuelle. Il n’y a que l’expérience la plus dure qui ramène les hommes égarés par l’orgueil au sentiment de la justice et de la vérité. L’expérience se fait. L'industrie lyonnaise s’en va, traquée par la concurrence étrangère , mal soutenue par le

concours des ouvriers de la campagne, dont ceux de la ville ont tenté plus d’une fois d’incendier les métiers. Quel retour aux principes peut-on espérer d’une population livrée tout entière à l’action délétère des sociétés publiques ou secrètes, et qui campe sur les hauteurs de la Croix-Rousse comme jadis celle de Rome sur le mont Aventin? Cent clubs ouverts dans une/ ville de deux cent mille âmes , c’est plus qu’il/ n’en faut pour expliquer cent usines fermées ou pour faire fermer celles qui sont ouvertes. C’est le péril et la leçon du moment : sera-t-elle entendue?

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