CHAPITRE XVI
. Suite de cet état; ses dangers.
Ï suit de la démonstration établie plus haut, qu'il existe plus au monde de colonies et de marine que pour une seule puissance, qui est l'Angleterre.
Il faut partir de ce point, comme du pivot sur lequel roule toute, cette question, et avec lui tous les intérêts * monde commercial et colonial. La chose, comme on voit, vaut bien la peine d’être examinée. Que l’on prenne la peine de suivre cette déduction, on verra comment l'Angleterre s’y est pris pour serrer les mailles du filet dans lequel elle a enveloppe ‘e monde. Nous osons nous servir de cette figure, en demandant toutefois de nous la pardonner.
Le premier anneau de la chaîne est attaché à Hélygoland , et le second à Jersey. De là,
haut, et de qui est
| pivot t avec cial et it bien nne la a cOMrer les )ppé ‘e figure, onner.
ttaché
De là,
à # a cs A
l'Angleterre domine FElbe et le Wéser, ces deux grands débouchés de l'Allemagne; surveille le Sund, intimide la Suède, effraie le Danemarck, et pèse sur les côtes de Hollande
et.de France. Au centre de cette espèce de cir-
convallation s’éléve le Corps même de la puis- P P
sance anglaise, interposé entre le midi et le nord de l'Europe, Coupant la communication entre les deux grandes divisions de cette contrée, attendant tranquillement les téméraires qui, en osant braver les rivages , ne feraient que s'offrir eux-mêmes à ses vengeances. C’est cette singuliéreposition de l'Angleterre, excentrique à l’Europe, intermédiaire entre ses parties , forcées de passer sous les canons braqués depuis Plymouth jusqu'aux Dunes » Qui fait de la puis-
sance maritime de l'Angleterre le tyran des mers de l'Europe.
À Gibraltar, PAngleter la Méditerranée; à Malte ; centre ; à Corfou, eile a un œil sur lAdria-
tique, et l’autre sur la Grèce; au Cap de Bonne- Espérance, à l’Ile-de-F rance, elle tie de l'Inde; au Malabar,
re tient les clés de elle en occupe le
nt les routes à Ceylan, à la côte de
Coromandel , elle enserre, pour ainsi dire, dans ses bras l'opulente Asie, depuis l'Inde jusqu'aux sources du Gange; à Sainte-Hélène, elle est placée entre les mers d'Afrique et d’Amcrique; par la Nouvclle-Hollande, elle deviendra, quand il en sera temps , maîtresse dans la mer du Sud; à la Trinité, elle a un pied sur le continent espagnol; à Sainte Lucie, elle annule et bride la Martinique ; par Antigoa et la Barbade, elle surveille la Havane et Porto-Rico; enfin, par l'occupation du Canada et de Terre- Neuve, elle ferme cette longue chaîne de postes qu’elle a formés autour, du globe, pour le soumettre à sa domination et à son commerce, deux choses qu’elle ne sépare jamais, et pour lesquellés elle a établi partout des arsenaux et des comptoirs , double base de sa puissance.
Voilà l’état dans lequel un système profondément combiné, suivi sans distractions, favorisé par les immenses fautes que la France a faites depuis cent ans, par la torpeur habituelle de l'Espagne, ont amené le monde; état qui , par sa singularité, ne présente rien de correspondant dans lhistoire, soit ancienne, soit
ire , Inde ène, mé vien— ns la ur le mule Bar- R1CO ; erre- OStesS souerce, pour ux Ct ance.
ndéfavonce à tuelle qui, Drres- , Soit
DES COLONIES. 6g
moderne; état calculé sur les systèmes défensifs que quelques puissances de l’Europe avaient adoptés pour leurs frontières, et qui donne à l'Angleterreune doubleligne de possessions maritimes , derrière lesquelles elle peut également se défendre, et fondre sur des ennemis qui ne pourraient lu: rendre ses atiaques. Les traces de ce plan sont trop évidemment marquées dans le soin que l'Angleterre a pris de se placer en regard de tous les points fortifiés qui appartiennent à d’autre puissances, pour que l’on puisse s’y méprendre. Ainsi, elle-s’est établie à Sainte-Lucie, à l'Ile-de-France, à Ceylan, de manière à annuler tout ce qui peut leur être opposé.
Cet avantage de situation, étant fortifié par une immense supériorité de marine ,, de capitaux , de possessions colomiales, donne l’idée plutôt que la mesure des proportions colossales qu’a acquises l’Angleterre, proportions qui, dans l’ordre colonial, réduisent tout autour d’elle à l'état de nains ou de pygmées, et qui fait qu’on n’existe plus colonialement que sous sa tutelle, ou sous son bon plaisir.
7o DÉS COLONIES.
Il faut Ie dire à l'Europe, ét pour son bien il ne faut pas craindre d’exciter au milieu d'elle des terreurs salutaires, l’Europe est sous le joug de PAngleterre, et’ elle n’y est pas séule. Depuis vingt-cinq ans on s’est beaucoup élevé contre la suprématie de Ia France, contte le joug imposé par Napoléon : c'était la mode du temps. Il était dur ce joug, il faut le reconhaître, et plus morüfiant encore que dur ; mais, celui del Angleterre, revêtu d’apparénees moins. repoussantés, il ést vrai, est-il moins réel, estil moins dur, ést-1l plus facile à sééouér, touche t-il à moms d'intérêts? Assurément non.
On pouvait se réunir contre Napoléon, et le terrasser ; mais où se réunira-t-on contre lAngleterre, et par où là saisir? Qui à pris Dantzack , prendra-t-il Gibraltar ? Qui à fait comme d’ün coup de bagucttètoniber à la fois toutes les. forteresses françaises depuis Cattaro jusqu'à
Hambourg, féra-t-il également tomber toutés
les stations fortifiées et isolées de l'Angleterre, protégées par ses estadres présentes partout ? car il ne faut pas y méprendre, aujourd’hui la puissance des pavillons dépasse celle des ha-
bien.
l'ellé.
is le éule.
élevé re le le du cortmais.
1oins.
, 6sttounon.
et le PAn- Jantmme.
es les.
Si à DJutes.
ere, out ?
ui la ba-
taillons, et la naissance de Pamiral qui doit rémonter jusqu'au pont de Londres, ne suivra qu’à de longues distances d’années, et vraisemblablement de siècles, la mort du général qui mina le pont de Jéna.
La France possédait dans Saint-Domingue un trésor qui lui donnait la balance du commerce, par elle, celle de la richesse, et par celle-ci, celle de la puissance :car voilà échelle sur laquelle il faut calculer les degrés de la puissance moderne. Chez les Tärtares, elle existe dans les chevaux et dans les cavalier$; chez les Européens civilisés, elle se trouve dans le travail et dans la richesse. Saint-Domingue était aux autres colonies ce que le diamant est aux autres produits des entrailles dela terre; mais la France a perdu ce joyau, avecluisoncommerce, avec son commerce sa prépondérance; elle a cédé l'Ile-de-France, par conséquent elle n’est plus rien dans linde : car elle ne saurait plus eomment en prendre le chemin. EHe à remis Sante-Eucie, ct avec elle les clés de la Martinique; mais 1] y a plus, non-seulement Saint - Domingue n’est plus fructueux, mais il est hos-
na DES COLONIES.
tile. Là, dom'ne une autre population, dont tous les soins se rapportent à écarter les anciens possesseurs , et qui menace de répondre à toute attaque par la dévastation ou par l’incendie, qui crie sans cesse : Saint - Domingue aux Noirs, ou en cendres!
Cependant une nation telle que la nation française , dont la puissance est nécessaire à l’Europe entière, et le deviendra tous les jours davantage dans le nouvel état de l’Europe, après avoir possédé de riches colonies, et fleuri par elles, se réduira-t-elle toujours au spectacle désintéressé du bonheur que leur jouissance plénière procurera à l'Angleterre ? et ne serat-elle pas très-vivement affectée, et à tous les instans, par le sentiment et les effets de l'infériorité à laquelle une exhérédation complète de colonies la condamnera ?
Que l’on songe donc que la France est un pays peuplé de près de trente millions d’habitans ; que son génie, son sol et son soleil ne se sont pas séparés d'elle, avec les nouveaux membres qu’on lui a retranchés ; que si ce pays ne se fait plus remarquer sur la carte politique,
A éF # $ £s
dont s anndre linngue
ation ire à ours près | par tacle ance seras les nféplète
t un abi- 1e se 1CmMs ne ue,
ilen est absent, mais non pas effacé ; que les chances de la fortune pourront lui revenir encore , et que tel qui rit aujourd’hui de ses douleurs, dans d’autres temps pourra recourir à Son appui, et sera fort aise de retrouver la Frence au poste que la nature lui a assigne.
N'en doutons pas, la France politique ne restéra pas plus que la France civile dans l’état où l’ôn la voit : cet état n’est pas naturel, pas plus d’un côté que de l’autre , et quelques jours encore lui rendront ses esprits.
De son côté, l'Espagne passe du faîte de l’opulence coloniale au plus profond de l’abime, à un dépouillement complet. Chez elle , par ses colonies, hier tout était or, aujourd’hui, par leur perte, il n’y a plus que des lambeaux. Une mère repoussée par des enfans robustes , aC- Cusant sa décrépitude, son éloignement, sa faiblesse, son incapacité à les pourvoir, à les régir , à les défendre, s’épuise pour ramener à elle sa famille émancipée; et, dans cette lutte inégale, inutile, aveugle et prolongée, exterminant à la foisses enfans d'Amérique par ceux d'Europe, et faisant exterminer ceux de l’Eu-
rope par leurs frères d'Amérique, réunit dans. un seul acte le suicide et le parricide, sa dépopulation et sa ruine. Mais aussi quelle perte! le Mexique et le Pérou , l'Amérique du midi et l'Amérique du nord, l’expulsion depuis ledétroit de Magellan jusqu’à laCalifornie. Quels affronts! le pavillon, dé Castille est poursuivi sur toutes les mers par des pavillons que l'Océcan n'avait pas encore connus, que la feconnaissance d’aucun peuple n’a légitimés. Par un essor nouveau les vaisseaux d'Amérique, cin-+ glant vers les rivages de l'Europe, viennent ÿ braver l'Espagne : Buenos-A yres bloque Cadix, Carthagène d'Amérique effraie Carthagène.
d'Espagne, et le commerce interdit s’exile de lui-même des mers qu’infestent des essaims d’ennemis vomis contre lui par les ports mêmes dans lesquels il allait porter la vie, et d’où il rapportait Ja richesse. Désormais ces ports, long-temps fraternels, ne s’ouvriront plus pour l'Espagne que sous les titres que donne h réciprocité des intérêts, tonte supériorité entre eux ayant aticint son terme.
Le Portugal a plus fait encore : car, loin de
dans.
lépoerte!
midi 1s le Quels.
suivi
PO- COrIr un Cin-nt y dix, gène.
e de aims imes )ù 1} or'ts pour r'éCIntre:
n de:
SP QD Se Cd AR D D
côntinucr à avoir des colonies, c’est lai qui Pest devenu.
La Hollande, élevée en Knrope à un degré de puissance ct de titres sripérieurs à ceux qu’elle y avait possédés, a perdu dans ses colonies d'Asie, les seules qui vaillent la peine { d’être comptées, les possessions qui pouvaient servir à leur défense et à sa considération | propre. Désormais , elle n”ÿ a de sauve-gande que dans une obéissance passive à Angleterre ; Pombre d’une opposition l’y perdrait.
On voit, par cet ensemble des changemens survenus aux colonies , que Pétat de l'Europe, qui a avec lui une haïson intime, n’est pas moins affecté que l’état colonial lui-même. Les conséquences d’un pareil ordre, dominatenr pour lun , asservissant pour tous, source de richesses pour celui-ci, de ruine pour ceux-H, uennent de trop près aux intérêts généraux de PEurope , pour ne pas y exciter cet éréthisme de gêne et de douleur que produit tout état forcé, chez les nations comme chez les particuliers , et qui porte les unes comme les autres à s’en délivrer, avec l'énergie que prodait tou-
jours le sentiment de l'oppression. En effet, comment tolérer un ordre qui adjuge à un seul peuple tous les points offensifs, isolés, et inexpugnables du monde entier ? Le bon sens, la sûreté commune, ne dictent-ils pas que des points de cette nature ne peuvent appartenir à un seul contre tous; que c’est par là même que ces postes sont très-forts, qu'ils ne peuvent être l’apanage de ce qui est déjà fort et trop fort, sans qu'il en résulte une servitude générale; que la force du liep doit être compensée . par la faiblesse du propriétaire, et que de cette combinaison, mais d’elle seule, découle la sùreté générale? L'Europe ne souffrait pas de la domination de Malte par un ordre religieux et militaire, dont la tête était isolée comme ie rocher qui la supportait, et dont tous les membres, épars sur la surface de l’Europe , lui répondaient de l’usrge qu’ils feraient de Malte : mais qui lui répondra de l'abus qu’en pourrait faire l’Angleterre? La Hollande au Cap, la France dans l’île de son nom, ou bien encore à la Martinique, l'Espagne à la Trinité, ne génaient rien ni personne. Le hasard, qui seul
vent trop énénsée celte | SÛde la 1x et > ro- 1em-- 1 réalte :
rrait », la Core e yé- seul
avait présidé à cette distribution de propriétés, semblait avoir veillé aux libertés de l'Europe, et les avait servies mieux que ne l’a fait la politique. Si l’Europe sentait déjà le poids d’un Gibraltar, ne sera-t-elle pas écrasée par une chaîne de Gibraltar tendue autour du monde, qui en rend tous les habitans captifs dans une enceinte dont un seul géôlier tient la clé.
Oh ! que la haïne est aveugle dans ses distractions ! comme elle égare en fixant+tous les yeux sur un seul point ! Pendant vingt ans, on n’a vu que la France s’extravasant dans son voisisinage , frappant à droite et à gauche des trônes bien ou mal affermis, les remplaçant dans des plaines rases par des constructions mesquines et dépourvues d’ensemble ; et, pendant ce temps , l’Angleterre, laissant ou faisant prendre le change, livrant sa rivale à la clameur publique, s’avançait le trident à la main, s’affermissait sur les rivages des quatre parties du monde, et plaçait autour d’elles ses sentinelles et ses comptoirs. Un jour le monde s’est trouvé pris dans un filet caché sous l’apparence de secours offerts par la main habile qui en avait
78 DES COLONIFS.
formé le tissu, et dont elle a remis l: garde au véritable Neptune, le Neptune anglais. Tel st Pétat dans lequel on se trouve, état qui ne peut manquer d’engendrer de nouveaux troubles, et que l’on ne peut améliorer que par un ensemble de mesures qui donneront à lordre colonial une face nouvelle ; car l'ancienne
n'existe plus, où ne serait dans aucun rapport avec ce qui existe,
TN
EE CPAS
Hi Lt,
Le
zarde . Tel ui ne troutv un n'dre enne port