CHAPITRE XVII
Du changement des Métropoles en Cololonies, et des Colonies en Métropoles.
Üxs scène nouvelle s’est ouverte en Europe :
ce que les Hollandais se proposaient d’exécu- 4er, lorsque Louis XIV tonnait aux portes d'Amsterdam ; ce que Philippe V projetait , lorsque la fortune contraire semblait livrer l'Espagne à son rival; ce que le résolu et clairvoyant Pombalindiquait lorsque Lisbonne, englouti avec ses habitans, paraissait ne devoir plus reposer que sur un abîme ; ce que Charles IV, éclairé trop tard sur le sort qui lui était préparé, allait entreprendre, a été exécuté par le prince du Brésil, répondant à l'appel que son nom semblait lui faire. Il n’est plus en Europe, et c'est de lui qu'est venu l'exemple donné aux souverains de l’Europe de la quit-
ter pour l'Amérique , et de passer de la métropole dans la colonie, en intervertissant leurs rapports mutuels. Toutes les grandes translations d’Empire en ont changé la face.
Constantin perdit Rome en portant à Byzance le siége de l'empire romain. Il commença le Bas-Empire, pâle crépuscule de celui de Rome. Rome resta seule avec le Tibre et ses antiques divinités ; sa puissance et ses autels croulèrent à la fois, et son Jupiter ne put pas plus défendre le Capitole que le temple de la victoire : l'aigle romaine se refusa à passer sur l’Hellespont ; le Grec, sophiste et bigot, remplaca les vainqueurs de Marathon , les soldats de Macédoine ; des cloîtres le Portique et le Lycée : l'empire, livré à des querelles aussi vaines qu'inintelhgibles , tomba de toute part , et des cénobites bien pieux , mais bieu désœuvrés, disputant sur la lumière du Thabor, ne tardèrent pas à introduire Mahomet dans Sainte- Sophie. ,
Le passage du roi de Portugal au Brésil est un événement de la même nature, fait pour exercer la plus grande influence sur les desti-
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DES COLONIES,. 8t nées du monde. Le vaisseau qui l'a porté at Brésil , eût obtenu chez les anciens Grecs en core plus d’honneurs que celui qui porta Jason et ses Argonautes. Ce prince à donné le pre mier exemple du changément d’une colonie en métropole, séjour d’un souverain d’'Europe(1).Examinons sommairement quelles doi-
(1) Voyage de Mawe dans l’intérieur du Brésil; tome Ier,
Durant mon séjour à Saint-Paul, on apprit que le Prince Régent avait quitté Lisbonne , et s'était embarqué pour le Bresil, Cette nouvelle fut accueillie avec beaucoup de satisfaction par les Brésiliens > parce qu’ils considéraient que leur pays serait dorénavant habité par le souverain qui lui donnerait toute son attention ét le rendrait plus florissant, L’évêque de Saint-Paul ordonna des prières publiques , pour demander au Ciel de favoriser le voÿage de la famille royale , et de répandre ses bénédictions sur le nouvel empire brésilien. Dix jours après, on sut que Ja cour était arrivée à Bahia : la joie fut universelle ; on la manifesta par des actions de grâces, des processions, des feux de joie. La ville de San - Salvador offiit une somme de douze millions pour bâtir le palais, si le prince consentait à y fixer son séjour.
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vent être les suites de cette métamorphose, soit pour les deux pays, soit pour l'Europe. Ce changement est dans la nature des choses à l'égard de toute colonic plus grande , plus riche, et plus peuplée que la métropole. Il peut avoir lieu de deux manières : par force ou par choix. Ainsi, dans presque tous les cas spécifiés ci-dessus , le passde aux colonies était forcé : il était hibre et volontaire dans le plan de Pombal. On sent qu’une colonie , qui surpasse infiniment la métropole en richesses, en population, en étendue , renferme en ellemême un attrait puissant pour le souverain qui réside dans la métropole, et dont l'œil n’y rencontre que des objets de comparaison, qui le frappent oule blessent par leur infériorité avec ceux qu'il sait pouvoir rencontrer ailleurs. Le penchant irrésistible de l’homme vers son bienêtre, le porte sans cesse à le rechercher et à le saisir partout où il peut le découvrir. Dans ce cas, le souverain, habitant dela métropole ,sera toujours fortement attiré vers la colonie : par exemple, lesrois d'Espagne et de Portugal pourraient-ils, en comparant leurs états d'Europe